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Des aberrations du secteur faunique

La chasse et la pêche sont des activités incroyablement populaires et lucratives pour le gouvernement et il est parfois difficile de comprendre certaines décisions.
Photos courtoisie La chasse et la pêche sont des activités incroyablement populaires et lucratives pour le gouvernement et il est parfois difficile de comprendre certaines décisions.

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Chaque jour, on découvre des situations inopportunes, fâcheuses et même douteuses sur la scène politique. Le monde de la chasse et de la pêche n’y échappe malheureusement pas.

Même si le secteur faunique a bien évolué au cours des dernières années, il demeure un des dossiers qui méritent d’être gardés à l’œil. J’ai demandé à Alain Cossette, directeur général de la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs depuis plus de 21 ans, de nous nommer certaines aberrations constatées sur la scène faunique au cours de son mandat et, lorsqu’applicable, des pistes de solutions proposées par la Fédération. Voici l’essentiel de ses propos :

Registre

C’est sans hésiter qu’il a débuté par l’implantation du Service d’immatriculation des armes à feu du Québec (communément appelé registre provincial des armes à feu). Pour lui, il est incompréhensible que le gouvernement provincial prenne une telle avenue, surtout après le fiasco vécu au fédéral. D’ailleurs, la Fédération a été une des organisations qui a permis d’obtenir l’abolition de ce registre fédéral en 2012. Il tient à affirmer que la Fédération s’investit sans relâche pour l’abolition de l’immatriculation des armes à feu sans restriction au Québec.

Règles et tarifs

Voilà presque 20 ans, la Fédération soulevait la problématique en devenir de l’accès aux plans d’eau. Les gouvernements se sont pourtant succédé sans intervenir. Il y a plusieurs années, un comité unissant le MFFP et le MAMOT a vu le jour après les pressions de la Fédération et on profitait de l’ouverture des schémas d’aménagement afin que soit inscrit un encadrement légal auquel les municipalités devraient se conformer. L’espoir est grand pour Alain Cossette, car la CAQ a fait savoir qu’elle allait remédier à la situation. Elle l’a d’ailleurs ajouté comme engagement électoral en diffusant un communiqué à ce sujet.

Il est aberrant de vouloir complexifier la réglementation à la pêche alors que les nouvelles générations considèrent la pêche comme une activité à pratiquer parmi tant d’autres. C’est sans compter que ces derniers n’ont absolument pas l’assiduité des générations précédentes et que, pour eux, le quota n’est pas le but ultime de la pêche. De plus, on a perdu plus de 80 000 pêcheurs après l’augmentation du coût de 42 % imposé au permis de pêche par le ministre Laurent Lessard en 2015. Maintenant que cette situation a été régularisée par le ministre Pierre Dufour, il va falloir mettre en branle plus d’actions pour ralentir cette baisse.

Chasse

Une aberration du milieu faunique réside dans le fait que la chasse à certaines espèces soit interdite alors que tous les éléments seraient en place pour permettre une récolte. Par exemple, pendant que les perchaudes constituent le repas de prédilection des cormorans, il n’y a toujours pas de chasse autorisée pour cette espèce. Des fonctionnaires sont payés pour faire de l’abattage contrôlé, et de surcroît, notre voisin l’Ontario s’apprête à ouvrir une chasse à cette espèce.

Alors que notre organisation cumule les refus à ses demandes d’ouverture de la chasse à certaines espèces, le gouvernement va même jusqu’à fermer complètement la chasse au caribou de la rivière aux Feuilles, alors que le troupeau avoisine les 200 000 bêtes. Le ministre de l’époque, Luc Blanchette, pensait revitaliser l’économie du Grand Nord en permettant la chasse au loup ; de la grande improvisation.

Pêche

L’abolition de l’utilisation de poissons-appâts vivants dans certaines zones demeure incompréhensible pour la Fédération. En associant cette mesure préventive à un envahissement potentiel de la carpe asiatique, on mélange les dossiers en plus de créer de la confusion au sein de la population.

Cette espèce de carpe ne retrouvera pas dans notre province les habitats nécessaires à sa survie. Alain Cossette rappelle qu’une bonne portion de l’eau du fleuve provient des Grands Lacs ; pourquoi donc ces juridictions permettent-elles encore la pêche avec des poissons-appâts ?

Alain Cossette reste optimiste à la suite du communiqué de la CAQ du 25 février 2018. « La décision du gouvernement libéral d’interdire la pêche aux poissons-appâts vivants partout au Québec est irréfléchie et a des impacts négatifs pour nos régions. J’espère au minimum le retour du poisson-appât mort durant la période estivale dans les zones où était permise, dans un passé pas si lointain, l’utilisation du poisson-appât vivant. »

La population de bar rayé du fleuve Saint-Laurent n’est toujours pas pêchée malgré son essor fulgurant. Un éminent biologiste spécialiste de cette espèce, monsieur Jean Robitaille, soulignait déjà, il y a plus de huit ans, qu’une pêche devrait être instaurée. L’aberration tient surtout du fait que le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) attribue toujours au bar rayé du fleuve le statut « d’espèce en voie de disparition » alors que les pêcheurs doivent régulièrement changer de site de pêche tellement leurs captures sont nombreuses.

Il est difficile de comprendre le refus du ministère d’autoriser une pêche à la perchaude dans le lac Saint-Pierre. Depuis des années, la Fédération demande au ministère d’ouvrir une pêche hivernale à la perchaude avec un quota adapté. La proposition n’est pas retenue alors qu’on laisse pourtant les cormorans puiser des tonnes de perchaudes dans cette région. L’ouverture de la pêche aiderait à la relève sans affecter la population actuelle de cette espèce.

En terminant, il faut se rappeler la saga et la prise de position du ministre Luc Blanchette d’obliger tous les résidents québécois à passer obligatoirement par une pourvoirie pour pêcher le saumon dans les zones 23 et 24. Ce dernier a oublié que la faune est un bien collectif ; il est allé plus loin en citant que ces utilisateurs du Nord québécois ne sont pas « une clientèle de Walmart ».