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«Marie-Camille» de France Lorrain: faire sa place dans un monde d’hommes

France Lorrain
Photo Martin Alarie France Lorrain

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Après avoir séduit plus de 75 000 lecteurs avec la série à succès La promesse des Gélinas, la pétillante France Lorrain propose cet automne à ses fans de découvrir le parcours inhabituel d’une héritière du clan Gélinas avec le roman Marie-Camille. Fille d’Édouard Gélinas, Marie-Camille quitte son village de Sainte-Cécile et entreprend une carrière inusitée à Montréal au début des années 1960.

Après quatre années d’études et de travail à temps partiel comme serveuse, un diplôme d’infirmière en poche, Marie-Camille réalise que le métier d’infirmière n’est pas fait pour elle et cherche d’autres avenues.

Avec son meilleur ami Gabriel Joseph, Juif séfarade né dans une famille très pratiquante, elle décide de s’inscrire au Collège des embaumeurs du Québec. L’institution offre une formation lui permettant de travailler dans un salon funéraire.

Comme première femme admise au Collège, il lui a fallu faire preuve de persévérance et avoir la couenne dure : elle subit les moqueries et les commentaires désobligeants de certains hommes qui fréquentent le même collège qu’elle ou pire, qui y enseignent.

À l’aube de la Révolution tranquille, Camille et ses amis cherchent à se faire une place dans la société québécoise.

Femme de tête

France Lorrain a adoré se plonger dans l’univers de Marie-Camille, une jeune femme de 26 ans qui est confrontée à quantité d’épreuves en s’installant à Montréal.

«C’est une histoire qui se tient en elle-même. J’avais envie de raconter celle de Marie-Camille, qui a un caractère et n’a pas toujours la langue dans sa poche», note la romancière, en entrevue.

Le meilleur ami de Marie-Camille est un Juif séfarade. «J’aime beaucoup intégrer des cultures différentes dans mes histoires. J’ai habité un bon bout de temps en Afrique, et pour moi, c’est essentiel d’avoir une ouverture face à l’autre dans mes histoires.»

L’amie de Marie-Camille, Alice, est un peu plus vieille. «Elle a 30 ans. Elle a eu un passé un peu moins douillet : elle n’a pas réussi à l’école et n’a pas confiance en elle. Elle se brûle les ailes assez souvent parce qu’elle expérimente beaucoup de choses et va vivre une grande épreuve dans ce tome.»

Métier non traditionnel

France Lorrain souhaitait que Marie-Camille puisse s’épanouir dans un métier non traditionnel. «J’ai fait des recherches. J’avais une gardienne, quand j’étais toute jeune, qui avait 15, 16 ans et qui m’avait dit qu’elle voulait devenir coroner. Je suis allée visiter un salon funéraire dans le coin de Joliette pour voir comment c’était.»

Son histoire est romancée – il a fallu attendre 1973 pour voir la première femme diplômée du Collège des embaumeurs.

«Ce n’est pas un roman qui est noir. Oui, mes personnages passent leurs journées dans un salon funéraire, mais les histoires vont au-delà de ça. C’est plus une histoire d’amour un peu secrète pour Marie-Camille, beaucoup d’histoires pour Alice, et Gabriel, qui demeure dans un milieu extrêmement fermé et vit de l’intimidation. J’avais envie d’exploiter tous ces thèmes dans ce premier tome.»

Marie-Camille n’a pas été la bienvenue au Collège. «On se moque d’elle. Les hommes s’imaginent qu’elle va perdre connaissance dès qu’il va y avoir un corps sur la table. Elle, au contraire, doit leur montrer qu’une femme, c’est pas ça : c’est fort et c’est capable d’en prendre.»

France Lorrain se laisse guider par les émotions pour écrire, dit-elle. «Pour que ce soit intéressant, je sais qu’on doit avoir une panoplie d’émotions et des relations humaines pour les personnages. C’est ça qui intéresse les gens et c’est ça qui me fait vibrer. J’ai beaucoup de facilité à vivre à travers mes personnages.»

  • France Lorrain est enseignante au primaire.
  • Elle a écrit les séries à succès La promesse des Gélinas, Au chant des marées et À l’ombre de la mine.
  • Son mari, Alain Fréchette, est illustrateur professionnel et signe toutes les couvertures de ses livres.

EXTRAIT

«Désireuse de s’aérer l’esprit pour éviter d’angoisser à l’idée de cette rencontre avec le directeur du Collège des embaumeurs, Marie-Camille décida de profiter de sa journée de congé au Pop Poulet pour aller marcher au parc La Fontaine. Elle adorait s’asseoir au bord de l’étang ou se promener au Jardin des Merveilles. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas pu profiter de trois jours de congé consécutifs. Si son patron était conciliant, elle n’était pas du genre à exagérer.»

– France Lorrain, Marie-Camille, tome 1

Guy Saint-Jean Éditeur