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La lutte, c’est la vie !

La lutte
Photo courtoisie La lutte
Mathieu Poulin, De ta mère, 340 pages

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À Saint-Henri, des travailleurs luttent pour vrai afin de faire valoir leurs droits : ils grimpent dans le ring et affrontent les coups ! Mais la lutte n’est-elle pas un sport « arrangé » ?... Bienvenue dans un roman jubilatoire qui va démêler ça !

Mathieu Poulin consacre son deuxième roman à une passion qu’on ne soupçonnerait pas chez un professeur de littérature, et dont on entend peu parler en général : la lutte. 

Oui, celle qui met en scène des personnages caricaturaux, aux combats à l’issue déterminée d’avance, et dont les coups tordus font jubiler le public qui en redemande. Qu’est-ce que la fiction pourrait rajouter à tant de théâtre ?

Eh bien, elle permet de faire voir à quel point ce qui se passe entre les câbles est une métaphore de la vie. Après tout, il n’y a pas que les fans de lutte qui se plaisent à croire des histoires invraisemblables...

Poulin nous fait entrer dans cet univers par la voix d’un sympathique narrateur, Étienne Renaud, lutteur professionnel qui y va d’un avertissement dès la première phrase : « Je n’ai jamais été doué pour le conflit. » Ça nous part délicieusement pour un monde de paradoxe !

Étienne était un doctorant promis à une brillante carrière de professeur qui a tout laissé tomber pour la lutte. Il s’est dès lors transformé en Professeur Douleur et son adversaire principal est le Gros Bon Sens – Jean-Claude dans la vraie vie. 

Chacun administre à l’autre des prises de sa spécialité. Le Professeur maîtrise le Power Poing, le Bourrage de crâne, l’Examen surprise; son opposant lui répond avec des manœuvres qui ont pour nom Opinion tranchée ou Argument marteau. Leur affrontement prend alors de toutes autres résonances !

Mais lors d’un combat mal planifié, Étienne se blesse sérieusement. En convalescence pendant des mois, il se retrouve sans revenus, alors même que son amoureuse, lutteuse elle aussi, tombe enceinte, sans compensation de la part de l’employeur. Il y a quelque chose de profondément injuste au royaume de la lutte !

Délirant

Étienne, à son propre étonnement, se retrouve donc au front pour créer un syndicat à la FLASH - la Fédération de lutte actuelle de Saint-Henri. Et ça va se passer dans le ring, puisque Luigi, le patron, y voit une sacrée bonne histoire à exploiter. Le public embarque à fond.

C’est surprenant, voire délirant, à la fois original et ancré dans la réalité. On ne s’ennuie pas – même si chaque camp notera quelques longueurs. Le néophyte trouvera répétitive la description minutieusement détaillée de chaque combat; les amateurs de lutte ne comprendront pas la nécessité d’expliquer intellectuellement ce sport d’émotions. C’est l’auteur qui se fait plaisir ici, à l’aise dans les deux univers !

Mais on ne lui en tiendra pas rigueur tant il y met de la couleur, de l’autodérision et joue habilement avec de véritables enjeux sociaux. On en sort convaincu : la lutte est un art, et le Professeur Douleur l’emporte haut la main !