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L’après-Pearl Harbor de James Ellroy

James Ellroy
Photo courtoisie, Philippe Matsas,Opale, Leemage James Ellroy

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L’écrivain américain James Ellroy nous offre la suite de Perfidia. Une autre bombe littéraire qu’il lâche avec le sourire.

Oui, il faut vraiment s’accrocher pour lire La tempête qui vient, le tout nouveau Ellroy. Parce qu’en plus de compter 700 pages particulièrement denses, on ne tardera pas à découvrir qu’il compte aussi près d’une centaine de personnages. Et que si ce n’est pas déjà fait, on a tout intérêt à entamer d’abord la lecture de Perfidia, le premier volet de ce second Quatuor de Los Angeles.

« L’idée générale était de faire 11 romans, explique James Ellroy, qu’on a pu avoir au téléphone pendant qu’il était de passage à Paris. Le premier Quatuor de Los Angeles [entamé avec Le dahlia noir et qui s’étend des années 1946 à 1958], la trilogie Underworld USA [qui s’étend des années 1958 à 1972] et maintenant ce deuxième Quatuor de Los Angeles, dont l’histoire commence le 6 décembre 1941. »

Une date qui n’a pas été choisie au hasard, puisque 24 heures plus tard, bam. Les forces japonaises attaquaient la base navale américaine de Pearl Harbor. « Je ne sais pas pourquoi mais depuis mon plus jeune âge, j’adore l’histoire, poursuit l’écrivain. Le passé m’intéresse infiniment plus que le présent et si j’ai tenu à remonter jusqu’à l’attaque de Pearl Harbor, c’est parce que j’aime aussi les drames à grand déploiement. Ensuite, à moi de me débrouiller pour relier tous les fils et faire en sorte que ces 11 romans puissent fusionner. Ce qui n’a pas été une récréation ! »

Un feu roulant d’action

Dans La tempête qui vient, les fans d’Ellroy auront ainsi le plaisir de retrouver de très vieilles connaissances. Comme le policier irlandais Dudley Smith, l’agent Lee Blanchard, le sergent Mike Breuning ou l’intrigante Kay Lake. Tous nettement plus jeunes, évidemment. Mais aussi tous déjà prêts à faire n’importe quoi pour obtenir ce qu’ils veulent, que ce soit pouvoir, argent, drogues ou sexe. Un autre genre de quatuor, qui marque l’essentiel de l’œuvre de James Ellroy.

Quant à l’intrigue, Ellroy poursuit exactement là où il nous avait laissés, soit à la toute fin décembre de l’année 1941. Même si trois semaines ont passé, l’attaque de Pearl Harbor continue de frapper très fort les esprits et gare à ceux qui ont du sang japonais dans les veines : la chasse aux Japs est officiellement ouverte et les rafles policières ne cessent de se multiplier dans tous les quartiers de L. A.

C’est dans ce contexte pour le moins houleux qu’à Griffith Park, un cadavre en état de décomposition avancée sera découvert à la suite d’un glissement de terrain. Et à voir la façon dont son cercueil de fortune a brûlé, tout porte à croire qu’il a été enterré là peu avant le grand incendie de 1933... et peu après le braquage d’un train chargé de lingots d’or.

Tenter de résumer la suite reviendrait à tenter de reconstituer un casse-tête de 500 000 pièces. Mais entre les combines de flics ripoux, l’accostage de sous-marins japonais près des côtes américaines, les réseaux de prostitution, les trafics de drogue, les groupes pronazis ou les femmes fatales, impossible de s’ennuyer !

Accrocher ses lecteurs

« Je savais exactement où j’allais parce qu’avant de commencer, j’avais déjà beaucoup plus qu’un schéma narratif complet : j’avais 450 pages très bien détaillées ! », souligne James Ellroy, un sourire dans la voix. Pour lui, les difficultés ont donc été ailleurs. Par exemple, trouver un juste équilibre entre les scènes qui se déroulent à L. A. et celles qui se déroulent en Basse-Californie, au Mexique. Ou encore, toujours exposer de nouveaux faits au moment idéal afin que les lecteurs ne puissent faire autrement que de continuer à lire.

« Avec ce livre très complexe, je tenais à leur offrir une expérience émotive particulière », ajoute-t-il. Mission réussie car à moins d’être constamment sur Wiki, il est toujours aussi difficile de deviner ce qui s’est réellement produit (comme l’incendie de Griffith Park) et ce qui relève totalement de la fiction. « Et non, ne me le demandez surtout pas, s’exclame James Ellroy. Parce que c’est une chose que je ne dis jamais. »

On a quand même osé une dernière question et bonne nouvelle, il est présentement en train de travailler sur le troisième volet de ce second quatuor ! Qu’on a du reste plutôt hâte de lire.

La tempête qui vient, James Ellroy, aux Éditions Rivages, 702 pages.
Photo courtoisie
La tempête qui vient, James Ellroy, aux Éditions Rivages, 702 pages.