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Les parties d’échecs de Ramsay

Marc Ramsay avec Saddridin Akhmedov
PHOTO COURTOISIE Marc Ramsay avec Saddridin Akhmedov

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 Marc Ramsay fait partie d’un club privé bien spécial : celui des grands entraineurs de boxe.  

 Ils sont une dizaine dans le monde et ils se connaissent tous. Ils se retrouvent dans les coins opposés du ring lors des grands combats. Abe Sanchez avec Golovkin, Teddy Atlas avec Gvozdyk, Freddie Roach avec Pacquiao, Stéphan Larouche avec Lucian Bute, Dominic Ingle avec Saunders, Robert McCraken avec Carl Froch...   

 Et ils se respectent.   

 Un des artisans méconnus de la boxe québécoise disait avoir des doutes sur le « génie » de Marc Ramsay. Selon lui, Ramsay ne s’adapte pas assez rapidement pendant les combats et perd trop souvent les premiers rounds. Qu’on pense à Alvarez contre Kovalev ou Beterbiev lors de sa victoire contre Oleksandr Gvozdyk. Dans les deux cas, les hommes de Ramsay tiraient de l’arrière dans les points après cinq ou six rounds.   

 TOUTE LA STRATÉGIE CONTRE GVOZDYK  

 À ces remarques, Ramsay a expliqué que rendu au sommet de la boxe, les entraineurs sont tous compétents et ont des boxeurs de très grand calibre : « Les gars devant moi connaissent leur métier et leur sport à la perfection. Ils ont étudié mes boxeurs comme j’ai étudié les leurs. C’est comme Nadal contre Federer. C’est rare qu’un des deux va gagner toutes les parties et tous les sets. C’est la même chose rendu en haut : c’est rare que tu vas gagner tous les rounds », de dire Ramsay.   

 Par exemple, contre Gvozdyk, Ramsay a noté au premier round que, pour éviter la droite de Beterbiev, son adversaire se déplaçait à gauche : « On a perdu le premier round, et j’ai demandé à Artur de sortir son crochet de gauche pour bloquer le déplacement. On a gagné le deuxième round. Mais Atlas s’est rendu compte de ce qu’on faisait et il a demandé à Gvozdyk de feinter pendant le troisième. Ils ont gagné le round. Au quatrième, Artur a attaqué au corps... », d’expliquer Ramsay.   

 Et on pourrait décortiquer ainsi tous les grands combats des dernières années...   

 ON VEUT L’ARGENT D’ADONIS   

 Même si les médias ont tenté de respecter la vie privée d’Adonis Stevenson et sa lutte colossale pour retrouver une vie normale, ça ne veut pas dire que la famille d’Adonis a arrêté de harceler l’ancien champion du monde.   

 Ça n’a jamais cessé. Devant la cour, alors que Stevenson a choisi sa conjointe Sissi God, et auprès des médias qu’on a voulu utiliser. Peut-être de bonne foi, on a tenté de salir Stevenson en dénonçant le rôle joué par Sissi God dans sa vie.   

 Cette fois, selon des sources, les avocats d’un média de Montréal tentent de faire rendre publics les documents confidentiels concernant les séquelles et l’état de santé de Stevenson. Il va sans dire que Stevenson, encore très fragile, et les émotions à fleur de peau, est bouleversé. Et le mot est faible.   

 Le grand recul d’Yves Ulysse   

 Yves Ulysse a perdu ses ceintures, jeudi soir, en Californie. Son promoteur, Camille Estephan, était très déçu et avait le visage sévère hier en répondant aux questions sur l’avenir d’Ulysse.   

 Perdre contre Ismael Barroso n’a rien de honteux. Barroso était mieux classé qu’Ulysse dans les super-légers. Il a livré une bataille, comme on pouvait s’y attendre. Du cœur, du cœur et encore du cœur.   

 Ulysse a été très technique. Il a évité de se faire toucher d’aplomb pendant tout le combat ou à peu près. Sauf que la finesse, c’est beau ; ne pas recevoir de coups, c’est un aspect de la boxe. Il a cependant trop souvent oublié que, des coups, il fallait aussi en donner pour gagner.   

 En fait, Yves Ulysse n’a que 31 ans et il n’est pas un boxeur usé. Mais le temps est venu de rebrasser les cartes et de trouver en lui l’œil du tigre. Autrement dit, de brillantes démonstrations de défense, ça peut satisfaire les puristes, mais ça ne fait pas gagner un combat en Californie un jeudi soir.   

 Il est à la croisée des chemins. J’ajouterais que ce n’est surtout pas le moment de se décourager. Il y a presque trois ans, Steven Butler se faisait dévisser par Brandon Cook en plein Centre Bell. Le 23, il se bat au Japon en championnat du monde.   

 KEAN : LE JOUR DE LA MARMOTTE  

 Siarhei Liakhovich est venu me saluer en quittant l’Astral, où avait lieu la pesée des boxeurs. On avait jasé un bon moment au Bonne Entente il y a plus d’un an. Le 6 octobre 2018. Ce soir-là, Liakhovich devait monter dans le ring après la brillante victoire de Simon Kean contre Dillon Carman et lui lancer un défi pour une finale à Rimouski quelques mois plus tard.   

 Liakhovich s’était ramassé au bar du Bonne Entente pour téter une bière, et le promoteur Camille Estaphan avait perdu sa finale de Rimouski.   

 Ça a pris 15 mois, et les deux hommes vont enfin livrer ce combat qu’on leur avait promis. Sauf que Simon Kean n’est plus l’invincible prédateur qu’il était le 5 octobre.   

 La boxe est cruelle et ne pardonne pas. Kean doit maintenant vaincre ce coriace adversaire juste pour se retrouver où il était il y a 18 mois. Et rebâtir sa réputation, sa crédibilité et sa confiance.   

 Je lui ai parlé hier. Je vais résumer mon feeling très rapidement : Simon Kean est nerveux, anxieux et inquiet.   

 Mais ce fut souvent le cas dans le passé. Et ce sont ces soirs d’angoisse qui l’ont poussé à donner ses meilleures performances. Espérons...