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Pearl Harbor: un autre 7 décembre

Pearl Harbor: un autre 7 décembre
AFP

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Il y a 78 ans, des avions japonais apparaissaient dans le ciel au-dessus de l'île d'Oahu et se dirigeaient vers Pearl Harbor.     

Deux heures après l’attaque lancée à 7h le matin on constatait les dégâts majeurs de ce qui était à l’époque l’attaque la plus meurtrière menée en sol américain. Si on pense surtout aux 2403 pertes de vie (dont 103 civils), on dénombre 1143 blessés et la perte temporaire ou permanente de 18 navires.    

J’ai eu l’opportunité de voyager plusieurs fois dans ma vie, autant pour des motifs personnels que professionnels. Comme je suis toujours intéressé par l’histoire, certains de mes voyages m’ont marqué plus que d’autres. Il y a deux ans je me rendais à Honolulu pour un petit séjour familial et avant le départ j’avais déjà annoncé que je considérais comme incontournable la visite de Pearl Harbor, l’endroit ne se situant qu’à une quinzaine de kilomètres de la ville. Personne au sein de mon petit clan n’a regretté cette expérience.    

Dès qu’on entre sur le site, on sent le poids de l’histoire, mais le grand moment d’émotion survient quand on visite le mémorial pour les marins du USS Arizona. Le mémorial est construit en 1962 et on l’installe tout juste au-dessus de l’épave qu’il chevauche. Quand on observe la surface de l’eau, il est encore possible de voir ce qu’on appelle parfois les «larmes de l’Arizona», des remontées de carburant qui proviennent du navire 78 ans après les événements.    

S’il est bien difficile de ne pas être ébranlé en pensant au sort des marins prisonniers du cuirassé au moment de l’attaque, le côté plus rationnel de l’historien reprend occasionnellement ses droits pour replacer l’attaque dans un contexte historique plus global. L’attaque japonaise du 7 décembre 1941 était soudaine, mais une confrontation directe entre le Japon et les États-Unis était à prévoir.    

Déjà pendant les années 1920, les États-Unis sentent leurs intérêts menacés par les conquêtes nipponnes en Asie orientale. Malgré quelques tentatives de dialogue, les tensions ne s’estomperont pas avant l’attaque de 1941, les Américains ayant même imposé un embargo pétrolier cinq mois avant.    

Évoquer l’attaque, c’est bien sûr rappeler l’entrée en guerre des États-Unis et le discours du président Franklin Delano Roosevelt. Plusieurs se souviennent d’un passage de l’allocution maintes fois repris depuis à l’effet que le 7 décembre demeurerait à jamais un jour d’infamie.     

Si les alliés des Américains comme Winston Churchill se réjouissent alors de l’entrée en guerre du géant américain, les citoyens des États-Unis dont les origines sont japonaises vivront les cruelles retombées du sentiment anti-japonais qui se développe. Dans ce contexte où se mêlent les craintes de trahison et d’espionnage, plus de 100 000 personnes furent surveillées dans des camps d’internement. Une mesure similaire sera appliquée par le Canada.     

Difficile de se souvenir de l’attaque japonaise sans rappeler aussi la fin de la guerre. Les bombardements américains d’Hiroshima et de Nagasaki représentent toujours les seules utilisations de l’arme nucléaire. Démonstration de force, ces bombardements assurent la victoire des États-Unis, mais ils sont également précurseurs de la guerre froide qui suivra.    

On débat encore parfois de l’utilisation faite par les États-Unis de l’arme nucléaire à ce moment. Le président Truman justifiait ce recours par la capitulation du Japon et le nombre de vies américaines épargnées. Si ce motif a parfois été remis en question, une chose est certaine, l’ère nucléaire venait de débuter.    

Se souvenir de Pearl Harbor et des retombées à court, moyen et long terme, c’est aussi terminer ma réflexion sur une note plus positive. Le président Barack Obama et le premier ministre Shinzo Abe ont posé des gestes concrets en 2016 pour commémorer l’attaque japonaise de 1941 et la réplique américaine de 1945. Abe a visité Pearl Harbor en décembre alors qu’Obama s’était présenté à Hiroshima en mai. Les deux hommes devenant au passage les premiers dirigeants de leur pays respectif à effectuer ces visites.    

En cette journée commémorative, je me permets de terminer cette entrée avec des citations des deux hommes lors de leur passage à Pearl Harbor. On y insiste sur le devoir de mémoire et la résilience. Shinzo Abe s’engageait alors au nom de son pays: «Nous ne devons jamais répéter les horreurs de la guerre. C’est l’engagement solennel pris par le peuple japonais.» Barack Obama le relançait avec un message d’espoir: «Même les blessures de guerre les plus profondes peuvent laisser la place à l’amitié et à une paix durable.»  

Je ne saurais dire combien de fois des hommes politiques et des dirigeants se sont engagés à nous préserver de la guerre tout en s’engageant à ne pas répéter les erreurs du passé, mais souhaitons que l’exemple des États-Unis et du Japon puisse fournir une leçon durable. La guerre est parfois inévitable, mais n’oublions pas qu’elle entraîne toujours des coûts élevés.