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«Remettre de l’argent dans les poches des Québécois»

François Legault s’est engagé à retourner aux contribuables 1,5 milliard perçus en trop par Hydro-Québec
Photo d'archives, Agence QMI François Legault s’est engagé à retourner aux contribuables 1,5 milliard perçus en trop par Hydro-Québec

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La CAQ s’est fait élire en promettant de « remettre de l’argent dans les poches des Québécois ».

François Legault s’est engagé à retourner aux contribuables 1,5 milliard perçus en trop par Hydro-Québec, qu’il assimilait à un vol. Après avoir tenté de reculer en début de mandat, on a demandé au ministre des Ressources naturelles Jonatan Julien de bricoler une solution.

Le plan est le suivant : les clients d’Hydro-Québec recevront 500 millions en remboursement. Ils seront contents et auront l’impression d’avoir fait une bonne affaire. Pour les cinq années suivantes, la hausse des tarifs sera limitée à l’inflation. Le gouvernement Legault affirme que cela représentera un manque à gagner de 1 milliard pour Hydro-Québec, ce qui constituera le reste du remboursement.

Sauf que depuis 2010, la hausse moyenne annuelle a été de 1,2 %, pour une inflation de 1,5 %. D’ici 2023, on anticipe qu’elle sera d’environ 2 %.

C’est donc dire que les Québécois risquent de payer plus pour leur électricité. Les experts sont unanimes : loin de représenter une économie de 1 milliard, la formule choisie par le gouvernement coûtera environ 500 millions de plus aux Québécois.

Le Parti libéral est contre. Québec solidaire et le Parti québécois sont contre. Les économistes sont contre. Les associations de consommateurs, le patronat et les syndicats sont contre. Même la FADOQ est contre.

Rien n’y fera. Le gouvernement de la Coalition avenir Québec adoptera aujourd’hui un projet de loi qui fera monter les tarifs d’électricité plus vite et elle le fera en suspendant les règles parlementaires.

Voilà comment la CAQ « remet de l’argent dans les poches des Québécois ».

Un gros cadeau

Depuis son arrivée au pouvoir, le gouvernement Legault a réalisé plusieurs promesses qui donnent de l’air à certaines catégories de contribuables.

Du nombre, il y a le retour aux tarifs uniques de garderie et l’augmentation des allocations familiales.

Pour justifier le milliard de dollars en trop-perçus qui ne sera jamais rendu, on s’appuie là-dessus : les autres promesses qui ont déjà été réalisées.

Dans son premier mandat, Jean Charest s’était expliqué de la même manière pour ne pas avoir rempli son engagement de diminuer les impôts de 5 milliards.

Sauf qu’il faut aussi voir dans « les poches » de qui le gouvernement Legault « remet de l’argent ». Une mesure fiscale dont on est très fier à la CAQ, c’est l’instauration d’un taux unique de taxation scolaire, une baisse totale de taxes de 800 millions. C’est tout un cadeau !

Sauf que les taxes scolaires, plus on a une grosse propriété, plus on en paye, plus cette décision nous profite. Cette offrande aux propriétaires de manoirs et de domaines comme la famille Desmarais sera donc absorbée par l’ensemble des contribuables, dont les locataires et les propriétaires de bungalows.

Qui aurait cru que c’est ainsi que la CAQ allait « remettre de l’argent dans les poches des Québécois » ?

« Flasher » à droite

Il faut aussi voir comment le gouvernement finance tous ses engagements. Dans le présent exercice financier, le fisc québécois percevra 1,9 milliard d’impôts de plus que l’an dernier. C’est normal, l’économie va bien, les revenus sont au rendez-vous.

Cela vient relativiser les 527 millions en abattements fiscaux annoncés par le ministre des Finances ces derniers jours. Mon collègue Michel Girard en parlait cette semaine : quand le gouvernement « remet de l’argent », c’est parce qu’il l’avait pris « dans les poches des Québécois ».

Le jeune gouvernement de la CAQ dépense déjà beaucoup plus qu’il ne l’avait prévu. On a par ailleurs appris hier que le marché de l’emploi a connu en novembre sa pire performance depuis longtemps.

Ça ne veut pas dire que ça va devenir une tendance, mais ça rappelle quand même que le gouvernement ne pourra pas toujours garder le pied enfoncé sur l’accélérateur de la dépense.

On le savait déjà, le gouvernement Legault a « flashé » à droite pour se faire élire et a tourné à gauche une fois au gouvernement. Ce n’est pas le passager social-démocrate qui va s’en plaindre, mais l’électorat de droite restera-t-il sur le siège arrière si le ciel s’assombrit ?

Après tout, on lui avait quand même promis de « remettre de l’argent dans la poche des Québécois »...