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«Né d’aucune femme» de Franck Bouysse: Rose, vendue par son père

Franck Bouysse
Photo courtoisie, Pierre Demarty Franck Bouysse

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Lauréat du Prix des libraires français 2019 et du Grand Prix des lectrices de Elle pour son nouveau roman, Né d’aucune femme, l’écrivain français Franck Bouysse explique qu’un flash, au retour d’une balade dans la forêt de son enfance, est à la naissance de ce roman d’exception. L’histoire terrifiante de Rose, une jeune fille vendue par son père, ne laisse personne indifférent.

«Rose est née lorsque je suis retourné vivre dans cette forêt, où se trouve le monastère, le terrain de jeu de mon enfance. J’ai acheté une petite maison, il y a quatre-cinq ans. Je me suis mis à la retaper, et toute mon enfance a rejailli à ce moment-là», explique-t-il en entrevue, à l’occasion d’une visite éclair au Québec.

Cette phrase toute simple est apparue soudainement : «Mon nom, c’est Rose. C’est comme ça que je m’appelle.» Franck Bouysse ajoute qu’il ne savait pas qui elle était. «Je savais juste qu’elle savait à peine lire et écrire. Qu’elle avait 14 ans. Et qu’elle voulait me raconter son histoire. Je l’ai suivie, mais je ne savais absolument pas ce que j’allais raconter.»

Dans le roman, on apprend comment Onésime vend sa fille de 14 ans, sans vergogne, à un triste sire. Rose, peinant pour apprendre à lire et écrire, raconte sa vie dans des carnets qui seront retrouvés plus tard, après qu’elle eut été enfermée dans un asile.

Intuitif

Le travail de l’écrivain a été très intuitif. «J’ai un rapport très organique, très sensuel, très charnel à l’écriture. Je découvre l’histoire en même temps qu’elle s’écrit. Les personnages me happent, me possèdent, et je les suis.»

L’histoire terrifiante de Rose a révolté l’auteur. «Je pensais que c’était le fruit de mon imagination... mais il se trouve que ça se pratiquait assez couramment, dans toute la France, et dans les pays étrangers. Un ami africain m’a dit qu’aujourd’hui, à Mayotte, ça se passe comme ça. C’est sordide. Ça aurait pu survenir au 17e siècle, au 19e siècle, mais malheureusement, c’est une affaire qui n’est pas réglée.»

Exercice très difficile

Comme homme, comme mari, comme père, il a trouvé l’exercice très difficile.

«À partir du moment où je me suis mis à écrire, je me suis interdit toute forme de censure. Même si les émotions me ravagent, me bousculent, me chamboulent, me bouleversent, j’y vais quand même.»

Il a eu le sentiment de peindre un tableau. «La même scène est vue à travers divers regards. Ce n’est pas vraiment choral, c’est polyphonique : il y a des voix à la première personne, des voix à la troisième personne. Gabriel, Edmond et Rose m’amènent leurs palettes de couleurs et je leur prends la main pour peindre les ombres.»

Heureusement, il y a de la lumière, à travers toute la noirceur que les humains peuvent subir et faire subir.

«Il y a plein d’éclats de lumière dans le récit. Ce qui est intéressant, quand on écrit, ce n’est pas de regarder les étoiles en plein jour, c’est de les regarder la nuit : elles brillent beaucoup plus, elles sont beaucoup plus jolies.»

  • √ Franck Bouysse a enseigné la biologie et l’horticulture avant de se consacrer à sa passion pour l’écriture.
  • √ Ses romans Grossir le ciel, Plateau et Glaise ont connu un grand succès et remporté plusieurs prix littéraires.
  • √ Né d’aucune femme a reçu le Prix des libraires français 2019 et le Grand Prix des lectrices de Elle.
  • √ Il se concentre maintenant sur l’écriture de son prochain livre.
Né d’aucune femme, Franck Bouysse, Éditions La Manufacture de livres, 334 pages
Photo courtoisie
Né d’aucune femme, Franck Bouysse, Éditions La Manufacture de livres, 334 pages