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Bâillon nostalgie

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La session parlementaire se termine encore par un bâillon. J’avoue que ça me plonge dans la nostalgie.

Quand je travaillais à l’Assemblée nationale, la suspension des règles parlementaires représentait un grand moment d’intensité. Le gouvernement, en gros, utilise sa majorité pour forcer les étapes de l’adoption d’une loi. S’ensuit un marathon où l’Assemblée fonctionnera tant que le vote final n’aura pas eu lieu. Nuit blanche, députés qui se reposent sur un canapé, plateaux de crudités du Costco et autres bretzels seront au menu. L’antichambre, salle mystérieuse qui sert de quartier général aux différents partis pendant les travaux, devient alors camps de base.

Longue nuit 

Vous vous rappelez la nuit que vous avez eue lorsque vous attendiez la réponse à votre première offre d’achat sur une propriété ? Moi, je l’ai passée dans l’antichambre de l’opposition officielle pendant un bâillon sur les conditions de travail des juristes de l’État. Ce fut très long.

Une autre fois, quelqu’un avait déterré une vieille règle permettant aux députés d’opposition de retarder les travaux en se levant chacun leur tour pour dire : « Monsieur le Président, j’aimerais inscrire ma dissidence. » Un député, feignant l’ivresse, avait quant à lui déclaré : « Monsieur le Président, j’aimerais une hypothèque sur ma résidence ! »

Un cœur qui bat 

Ces pratiques démocratiques sont étranges, mais elles s’inscrivent dans nos traditions. Par une nuit froide, alors qu’on débattait d’un projet de loi sur la langue d’enseignement, je quittais l’Assemblée avec un discours sous le bras. Je devais aller le glisser sous la porte de ma patronne qui prenait quelques heures de sommeil avant de le prononcer à l’aube. En marchant vers la vieille ville, j’entendais claquer le fleurdelisé du haut de la tour de l’Hôtel du Parlement.

Je me suis dit que derrière ces pierres illustres, il y avait quelque chose comme le cœur d’une nation qui battait. Je me trouve très chanceux d’avoir été témoin de ça.