/news/society
Navigation

Pensées suicidaires: «J’ai fait la paix avec ça», témoigne Matthieu Simard

Il y a 20 ans, l'auteur a tenté de s’enlever la vie

JM 1208 Témoignage
Photo Chantal Poirier En entrevue avec Le Journal, Matthieu Simard explique les raisons qui l’ont conduit à partager ce souvenir tragique sur Facebook.

Coup d'oeil sur cet article

L’auteur à succès Matthieu Simard a pris tout le monde par surprise la semaine dernière, alors qu’il révélait, dans un long statut publié sur sa page Facebook, avoir tenté de s’enlever la vie il y a 20 ans. Un secret qu’il avait, jusqu’à ce moment, gardé pour lui.  

Si le mois de novembre a la réputation d’être gris pour bien des gens, celui de 1999 l’a été particulièrement pour Matthieu Simard, auteur de plusieurs best-sellers, dont La tendresse attendra (Stanké) et Les écrivements (Alto), qui lui a valu le Prix littéraire France-Québec, ainsi que Ça sent la coupe, qui a été adapté au cinéma.   

«Il y a 20 ans aujourd’hui, le 28 novembre 1999 en matinée, j’ai pris le volant d’une Honda Civic couleur argent et je suis allé au Réno-Dépôt», écrivait-il la semaine dernière sur sa page Facebook. «J’y ai acheté du duct tape et un long tuyau de plastique flexible. Puis, je suis allé à la pharmacie et j’ai acheté des enveloppes pour y enfouir les lettres que j’allais écrire au cours de la journée, à chacun de mes amis, à ma famille.»   

C’est ainsi que débute sa longue confidence, partagée à près de 2000 reprises depuis sur Facebook.   

Matthieu Simard raconte ensuite comment, en n’épargnant aucun détail, il s’est enfermé dans sa voiture en marche dans le stationnement d’un centre commercial, en soirée. Il avait 25 ans. «J’ai eu mal à la gorge, aux poumons, c’était censé être indolore, ça ne l’était pas. J’ai eu mal jusqu’à ce que je perde connaissance», poursuit-il.   

Des agents de la sécurité publique qui passaient ont fait échouer sa tentative en fracassant la vitre de la voiture.    

Il s’est alors promis de ne plus jamais recommencer.   

«Vingt ans plus tard, je suis ici. En vie, d’abord. Chanceux de tout. Privilégié. Entouré de mille raisons de tenir ma petite promesse. Vingt ans plus tard, je pourrais difficilement être plus heureux», a-t-il également écrit.   

Semer l’espoir  

Matthieu Simard préfère garder pour lui la nature de la souffrance qui l’a mené à poser un tel geste, explique-t-il à l’autre bout du fil, en entrevue avec Le Journal. «Je m’étais posé la question, si j’en parle ou pas. Et à mes yeux, ce n’est pas important que j’explique publiquement pourquoi», a-t-il dit.    

Mais c’est pour semer cet espoir d’un bonheur prochain, ne serait-ce que dans la tête d’une seule personne, que l’auteur a choisi de lever le voile sur cet événement, pour la toute première fois. Il s’est senti capable de le faire parce qu’après deux décennies, il a «fait la paix» avec son geste.   

«L’aspect anniversaire de la chose, pour moi, personnellement, a une signification assez grande, confie-t-il. C’est un événement très, très important dans ma vie, que je considère comme un passage qui m’a permis d’être ce que je suis maintenant.»   

«Je me disais qu’il y avait peut-être des gens, à cette même période de l’année, où moi je ne filais pas pantoute, il y a 20 ans, qui avaient besoin d’entendre quelque chose comme ça, raconte-t-il. Je ne savais pas si ça aurait un impact, je souhaitais juste atteindre quelques personnes en leur disant: lâche pas, ça finit par aller mieux, même si on se le fait dire souvent et que c’est très dur d’y croire quand on ne va pas bien.»   

«Je ne prétends pas avoir un message gigantesque, ajoute le prolifique auteur, mais si au moins, de faire ça, ça donne une confiance, un petit coup de pouce pour aller chercher de l’aide, pour oser parler à quelqu’un, alors que c’est vraiment difficile de le faire, tant mieux.»   

Un message qui frappe  

La confidence est étonnante parce que Matthieu Simard a toujours été très discret sur sa vie personnelle. Il était loin de se douter que son message allait susciter autant de réactions.    

Depuis sa publication, l’écrivain a reçu des témoignages par dizaines, autant de gens qui sont passés par là, que d’autres qui sont en pleine période trouble.   

«Je suis très, très content que ce soit autant partagé, se réjouit l’auteur. Je ne soupçonnais pas l’impact que ça aurait, sinon, j’en aurais parlé bien plus tôt.»   

Son témoignage poignant est raconté en toute simplicité, de manière très imagée, en relatant des faits si précis qu’il nous fait revivre cette scène douloureuse dans nos têtes.   

«Moi, quand je pense à ça, ce que j’ai en tête, c’est ce que j’ai fait cette journée-là, quand j’étais sur le pilote automatique et que je n’étais plus là du tout, et que ma décision était prise, explique-t-il. Je trouve ça important de raconter comment ça se passe, parce que ça résonne plus fort, je crois, pour ceux qui seraient proches de ça.»   

Son œuvre influencée  

On apprend également, dans sa publication, que c’est à la suite de cette tentative que Matthieu Simard décidait de devenir écrivain, deux jours seulement après être sorti de l’hôpital. En 2004, il publie son premier roman, Échec amoureux et autres niaiseries.    

«C’est sûr que j’écrivais avant, mais par loisir, sans grand sérieux, juste parce que j’aimais bien écrire. Après, c’est devenu un besoin. C’est la première fois de ma vie où j’avais besoin d’écrire pour dire des choses, pour me faire du bien. C’est devenu mon mécanisme premier pour passer à travers les moments difficiles.»   

Dans les livres qui ont suivi, il explore les thèmes récurrents du deuil, de la mort, de la souffrance humaine. Il confie, avec le recul, que ce passage de sa vie a «forcément beaucoup teinté» son œuvre littéraire.   

«Évidemment que tout ce qui a mené à mon geste, le geste lui-même, et le fait de survivre à ça alors que théoriquement je n’aurais pas dû, c’est sûr que ç’a teinté toutes mes réflexions, relate-t-il. Comme le geste d’écrire était associé à ça, les réflexions se faisaient en ce sens-là aussi. Tout est relié.»   

Maintenant que le public est au courant, croit-il que la perception de ses œuvres, antérieures et futures, pourrait changer?   

«Peut-être. Cela dit, j’ai cette espèce de vision de mes œuvres qui est très détachée une fois qu’elles sont écrites. Elles ne m’appartiennent plus. Elles appartiennent au lecteur, et il en fait ce qu’il veut.»   

SI VOUS AVEZ BESOIN D’AIDE      

Ligne québécoise de prévention du suicide    

  • www.aqps.info  
  • 1 866 APPELLE (277-3553)           

Jeunesse, J'écoute   

 Tel-jeunes