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Un petit miracle d’animation

J'ai perdu mon corps
Photo courtoisie, Netflix Une scène du film J’ai perdu mon corps

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Révélé en mai dernier au Festival de Cannes, où il a remporté le Grand Prix de la Semaine de la critique, le film français J’ai perdu mon corps connaît actuellement un beau succès en France, où il a séduit à la fois le public et la critique. Le Journal s’est entretenu avec les créateurs de ce petit bijou d’animation, diffusé depuis quelques jours sur Netflix.

Jérémy Clapin a dû faire preuve d’énormément de patience et de détermination afin de pouvoir réaliser son premier long métrage, J’ai perdu mon corps. Le réalisateur français a mis plus de huit ans à mettre en images ce film d’animation adapté du roman Happy Hand, de l’auteur Guillaume Laurant (le scénariste du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain). 

Mais le jeu en a valu la chandelle. Grâce notamment à son prix remporté à Cannes en mai dernier, J’ai perdu mon corps a été lancé récemment sur plus de 200 écrans en France et acheté par Netflix, ce qui lui permet aujourd’hui d’être accessible au public partout dans le monde. Une carrière internationale inespérée pour un film qui a été si long et difficile à produire. 

« Pour dire les choses franchement, personne ne croyait en notre film au départ », confie au Journal le producteur de J’ai perdu mon corps, Marc du Pontavice. « C’est toujours très compliqué de financer des films d’animation d’auteur qui s’adressent à un public adulte. C’est un créneau très difficile à percer. Le film est donc arrivé à Cannes en étant totalement inconnu et en quelques jours, il a acquis une exposition et une notoriété inouïes. Le contrat avec Netflix est notamment arrivé par la suite. »

Il faut dire que la proposition était singulière. J’ai perdu mon corps met en scène une main tranchée qui, après avoir été abandonnée dans une salle de dissection, décide de traverser Paris pour tenter de retrouver son corps, lequel appartient à un jeune homme solitaire qui n’a pas eu beaucoup de chance dans la vie.

C’est d’abord Marc du Pontavice qui a eu l’idée de porter à l’écran le roman de Guillaume Laurant. En tentant de trouver le réalisateur idéal pour le projet, il est tombé sur les courts métrages d’animation de Jérémy Clapin. « J’ai trouvé une parenté thématique très forte entre le livre de Guillaume et les films de Jérémy », note-t-il. 

« Je suis immédiatement tombé amoureux du concept, souligne quant à lui Jérémy Clapin. J’ai aimé cette étrangeté et cette infusion de fantastique dans le réel qui permettait d’ouvrir la porte à des thématiques plus difficiles à aborder dans le cinéma. »

La naissance d’un nouvel être

Tant pour ce qui touche au scénario que sur le plan technique, la réalisation de J’ai perdu mon corps comportait bon nombre d’obstacles et de pièges à éviter. Un des premiers défis de Jérémy Clapin a été de trouver la bonne façon de donner vie au personnage d’une main tranchée. 

« L’image d’une main coupée peut être associée à un tas de choses dans l’imaginaire au cinéma, à cause notamment du personnage de La Chose dans La Famille Addams, souligne Clapin. La première chose à faire était donc d’essayer de réinventer cela. Il fallait avoir conscience de ce qu’il fallait ne plus reproduire et ce qu’il fallait apporter de nouveau. »

« La façon de bouger de la main était très importante. Il ne fallait pas que ça soit trop comique et il ne fallait pas que ce soit trop effrayant non plus. Il fallait que ça paraisse naturel. En gros, il fallait qu’on ait l’impression d’assister à la naissance d’un nouvel être, un peu animal et un peu humain, et qu’on apprenne à marcher avec lui et à voir le monde avec lui. »

Mais même si ce personnage frappe l’imaginaire, il n’est pas le vrai héros du long métrage, selon Jérémy Clapet : « Le film prend radicalement le point de vue d’une main, ce qui n’est pratiquement jamais arrivé dans l’histoire du cinéma. Mais en fait, le film ne parle pas de la main tranchée. Il parle du reste du corps, et surtout de l’individu derrière cela. C’est ça qui est intéressant. »

J’ai perdu mon corps sera présenté à la Cinémathèque québécoise dimanche à 12 h 45 dans le cadre des 18es Sommets du cinéma d’animation. Le film est aussi diffusé sur Netflix.