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Une église, envers et contre tous

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C’est un coup de gueule auquel on fera référence dans les livres d’histoire américaine: Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants — deuxième dans la ligne de succession, tout juste derrière le vice-président — qui s’offusque, en pleine tourmente de destitution du président Trump, qu’on puisse croire qu’elle le déteste. «En tant que catholique, je suis offensée que vous utilisiez le mot “haine” dans une phrase me concernant.»  

Et elle ajoute: «Je ne déteste personne. J’ai été élevée avec un cœur rempli d’amour et je prie toujours pour le président. Je prie pour le président tout le temps.» Vous en voulez une autre, une différence entre les Américains et nous? En voici une! Un responsable politique ou autre, québécois ou canadien, qui en appelle à son catholicisme et qui avoue publiquement qu'il prie pour un rival? Chez nous, la simple idée en est carrément rendue gênante.  

AU CŒUR DU POUVOIR POLITIQUE  

Ce n’est pas la première fois que je relève dans cette chronique à quel point l’appartenance religieuse continue de faire partie, sinon du quotidien, tout au moins de l’hebdomadaire de nos voisins du Sud. Et les catholiques, qui ont longtemps été victimes de discrimination, occupent aujourd’hui plus de 30% des sièges à la Chambre et se retrouvent parmi les sénateurs les plus influents (Joe Manchin de la Virginie-Occidentale; Tim Kaine, le colistier d’Hillary Clinton à la dernière élection présidentielle; le Floridien Marco Rubio).  

C’est encore plus flagrant à la Cour suprême où six des neuf juges sont catholiques (en incluant Neil Gorsuch, élevé catholique, devenu épiscopalien), dont Brett Kavanaugh que plusieurs se plaisent à diaboliser, mais qui est régulièrement lecteur à son église, ici à Washington, le Sanctuaire du Très-Saint-Sacrement. Bref, nous nous désintéressons de l’Église catholique, mais elle maintient une influence partout dans le monde. Et elle est en pleine ébullition.  

DES RÉTICENCES AU CHANGEMENT  

Parmi les secousses qui ébranlent l’église de Rome, la toute dernière a grandement approfondi l’écart qui s’est créé entre les camps conservateur et moderne. Le synode des évêques sur l’Amazonie en octobre a ouvertement considéré l’ordination de prêtres mariés et de diacres féminins pour les communautés isolées. Or, comme l’a constaté le correspondant de l’Associated Press, l’idée a été applaudie jusqu’au fond de l’Allemagne catholique.  

Le pape François.
Photo AFP
Le pape François.

On est clairement à court de vocations en Occident, ce qui n’a pourtant pas l’air d’inquiéter les traditionalistes autour du pape François. Notre propre cardinal, Marc Ouellet, tout juste avant le synode, s’est assuré de faire entendre son point de vue en publiant un livre en faveur d’une «vision renouvelée du célibat sacerdotal». Il faut dire qu’on n’en est pas à un tracas près au Vatican.  

Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES

ÇA VA COÛTER CHER  

Pratiquement chaque semaine, le Washington Post publie un nouveau compte rendu d’abus sexuels de la part de prêtres catholiques, comme il y a 10 jours où les excès de Michael Bransfield, prêtre à la retraite, ont scandalisé les lecteurs.  

Bransfield vivait de façon extravagante à la tête du diocèse de Virginie-Occidentale, dépensant des millions de dollars de l’église pour ses activités personnelles, ainsi qu’en cadeaux à d’autres prêtres aux États-Unis et au Vatican, notamment à un religieux impliqué dans une décision sur une plainte d’abus sexuel contre lui.  

Le Post souligne d’ailleurs que l’affaire a été ultimement transmise au cardinal Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques. Aucune action n’a apparemment été prise. C’est un cas, mais ce n’est pas le seul.  

Une dizaine d’États américains viennent d’abolir les limites de temps pour dénoncer des cas d’agression sexuelle. Le déluge de poursuites escomptées, selon l’Associated Press, pourrait atteindre 5000 nouvelles plaintes avec des paiements pouvant dépasser quatre milliards de dollars! Le pape François souhaite que son église soit celle des pauvres et des démunis. À ce rythme-là, ça ne tardera pas.  

L’Église catholique en recul...  

Aux États-Unis...    

  • 31% des catholiques américains considèrent l’honnêteté du clergé comme «élevée» ou «très élevée». (En baisse de 18 points entre 2017 et 2018)  
  • 44% ont confiance en leur église. (En baisse de 8 points)  
  • 52% voient malgré tout la religion comme importante dans leur vie.    

(Source : Gallup, janvier 2019)  

... comme, par exemple, en Belgique...   

  • 11,8% de baptêmes  
  • 4,3% de confirmations  
  • 13,9% de mariages religieux  
  • 16,8% de participation aux messes    

(Source : Rapport 2019, Église catholique belge)  

Tous les chrétiens y passent  

En 2018, 65% des Américains se disaient chrétiens contre 77% en 2009.
26% s’identifient comme athées, agnostiques ou «rien du tout» contre 17% en 2009.  

43% des adultes américains se disent protestants
(51% en 2009) et 20% catholiques (23%).  

(Source : Pew Research Center, 2019)