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Jean-Talon et ses contradictions

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Les politiciens sont parfois prompts à attribuer une victoire électorale à un projet en particulier, réflexe qu’a eu la semaine dernière le ministre François Bonnardel avec le troisième lien, mais qui cependant n’a rien à voir avec la réalité.

Le ministre des Transports s’est empressé de voir dans le gain caquiste à l’élection partielle de lundi «un appui important» que les gens de Jean-Talon ont donné au tunnel Québec-Lévis.

Or, je serais bien curieuse de sonder les citoyens de ladite circonscription à ce sujet. Je suis prête à parier gros qu’ils n’en ont rien à cirer d’un tunnel dans l’est qui permettra d’aller à Lévis, et qui, ce faisant, ne changera rien pour la très grande majorité d’entre eux.

Puis, le territoire de Jean-Talon est situé presque entièrement dans le comté fédéral de Louis-Hébert, remporté haut la main par le libéral Joël Lightbound. Or, contrairement aux conservateurs, le PLC a maintes fois fait savoir qu’on préfère attendre les études avant de donner un appui, ou pas, au fameux troisième lien.

Mauvais calcul

Pour les mêmes raisons évoquées plus haut, Québec solidaire a fait un bien mauvais calcul en faisant du troisième lien l’enjeu dans l’urne.

Le parti a aussi nettement surestimé ses chances dans ce comté à forte tradition libérale, où certaines idées trop extrêmes des solidaires ont le potentiel de rebuter bien des électeurs. Mais ça, c’est une autre histoire.

Vote contradictoire

Le résultat du vote s’avère par ailleurs contradictoire à plusieurs autres égards. La CAQ s’est plutôt alignée derrière les conservateurs, tout au long de la campagne électorale fédérale.

Au contraire du chef conservateur, la position du PLC sur la loi 21, si chère à la CAQ, est ainsi demeurée très floue. Justin Trudeau, qui est reconnu pour son obsession multiculturaliste à tous égards, n’a jamais voulu dire s’il entendait la contester. Il n’a pas non plus précisé s’il entendait appuyer ou pas les contestataires.

Le PLC est aussi reconnu pour ses interventions dans les compétences provinciales, ce qui persiste sous Trudeau. Au contraire, le premier ministre François Legault souhaite que soient étendus les pouvoirs du Québec, notamment en matière d’immigration.

Bien malin qui saurait déterminer avec exactitude ce qui se cache derrière un résultat électoral, en cette ère où les électeurs sont des plus difficiles à suivre.

Il serait toutefois beaucoup plus logique de croire que les électeurs de Jean-Talon estiment que les caquistes font un bon travail dans l’ensemble, depuis 2018. Qu’ils leur inspirent davantage confiance que les libéraux, qui en ont pour des années à se reconstruire.