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Le combat de l’année mais des questions

Malgré sa victoire, David Lemieux a fait une entrée difficile chez les super-moyens

Gala Eye of the Tiger Management
Photo Martin Chevalier

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C’est pas compliqué. David Lemieux et MaksymBursak ont livré le meilleur combat de l’année. Les deux hommes ont puisé dans tout ce qu’ils avaient de force et de courage pour finir leur duel debout.   

Bursak aurait pu gagner 94-93. On aurait pu avoir un combat nul à 94-94 ou 95-95. Mais deux juges ont donné le combat à David Lemieux à 94-93 et c’est très bien ainsi. Lemieux a terminé en force le combat et a gagné les derniers rounds en dominant Bursak.Après toutes les entrevues, Lemieux quittait le Centre Bell et passait tout près de la salle de presse. Un ami lui a lancé :  

– Dur métier que la boxe !  

– Oui, surtout quand on boxe stupide, a lancé Lemieux.  

– Tu devrais bien plus parler de ton cœur et de ton courage, a répondu l’ami...  

Lemieux a hoché de la tête. Sans doute que les deux avaient raison. Lemieux ne s’était pas battu selon les plans préparés avec son entraîneur Marc Ramsay. Mais une fois plongé dans la guerre, fallait bien survivre. Et tenter de gagner.  

En faisant ce qu’il fait bien. En chassant sa proie et en frappant lourdement au corps. Rien de raffiné. Au cœur et au courage.  

DE LA ROUILLE  

L’équipe formée par Lemieux, son promoteur, Camille Estephan, et Marc Ramsay a pris de longs moments pendant la nuit pour discuter de tout ce qui s’était passé. Et, surtout, pour parler de l’avenir.  

On le savait. Les boxeurs de 168 livres sont plus gros, plus forts et plus résistants. Certains coups auraient envoyé au sol un poids moyen. Mais Bursak savait s’accrocher à Lemieux pour ne pas tomber. Tellement qu’entre deux rounds, Marc Ramsay a lancé à son boxeur : « Quand il s’accroche, câlisse-le à terre. Il va comprendre. »   

Tant Lemieux que son entraîneur et son promoteur ont parlé beaucoup de rouille. C’est une excuse valable. Le dernier combat de Lemieux remontait à septembre 2018. Mais on oublie que Lemieux s’était battu pendant 2 minutes et 30 secondes.  

UN CŒUR DE LION  

Avant, fallait remonter à Québec en mai. Avec de longs arrêts pour soigner des blessures et changer de catégorie de poids, on comprend que Lemieux n’était pas très en fight shape.   

Mais si on oublie les raisons et les excuses, il reste les questions. David Lemieux est un gros 160 livres, mais il est un petit 168. Ça demeure la principale question.   

Camille Estephan, qui s’est rongé les ongles et les sangs pendant toute sa finale, demeure catégorique : « Le prochain combat de David aura lieu à 168 livres. Nous allons poursuivre l’expérience. Mais toutes les options sont sur la table », de dire le promoteur.  

Il y a des questions, c’est certain. Mais on a eu quelques réponses samedi soir. David Lemieux a un cœur de lion. Et les 5542 spectateurs ont eu droit à un spectacle poignant et enlevé.   

En fait, toute la carte a été d’une qualité qu’on avait oubliée. De bons boxeurs, de solides adversaires et une ambiance du tonnerre.  

Jacques Aubé, le grand patron d’evenko, avait un large sourire après la soirée. Il adore présenter de la boxe au Centre Bell. Quand ça marche bien, on dirait que l’endroit devient magique...  

20 M$ US pour Makhmudov  

Le pauvre Samuel Peter a été terrassé par les puissants coups d’Arslanbek Makhmudov dès le premier round.
Photo Martin Chevalier
Le pauvre Samuel Peter a été terrassé par les puissants coups d’Arslanbek Makhmudov dès le premier round.

Camille Estephan a assommé les journalistes encore éveillés dans la nuit d’hier quand il a fait connaître son intention d’allonger 20 millions de dollars américains pour convaincre le vainqueur du prochain duel entre Deontay Wilder et Tyson Fury à Las Vegas en février prochain. Disons qu’on n’est pas habitués au Québec de voir un promoteur confirmer qu’il est prêt à aller jouer dans les grandes lignes de la boxe internationale.  

« C’est un no-brainer, ça va de soi », de dire Estephan hier après-midi.  

« Les revenus sont là. La télévision internationale et américaine va apporter le gros des revenus. Si on ajoute les revenus nationaux de télévision, PunchingGrace, la vente des billets, les commandites, on peut investir en ayant de fortes chances de faire des profits », d’ajouter Estephan.  

NÉGOCIATIONS À VENIR  

Les télés, avec le groupe d’Al Haymon, sont Showtime ou Fox. D’ailleurs, Estephan entend se rendre à Las Vegas avec Arslanbek Makhmudov dans la semaine du combat en février 2020 pour rencontrer les gens de Haymon et entreprendre les négociations.   

« On a un poids lourd qui est rendu dans cette catégorie. Comment voulez-vous lui trouver des adversaires ? On pensait que Samuel Peter, qui s’est battu trois fois en championnat avec les frères Klitschko, pourrait forcer Makhmudov à faire plusieurs rounds, mais il est trop fort », de dire Estephan.  

Il ajoute : « J’en ai déjà parlé à Don Majesky [un matchmaker de New York qui connaît tout le monde dans la boxe)]pendant la soirée. Le processus va s’enclencher. »  

RAMSAY : AU MOINS DEUX COMBATS  

Comme la plupart des entraîneurs, Marc Ramsay aimerait avoir encore du temps avec Makhmudov. Encore quatre ou cinq combats.  

« Mais si Camille va de l’avant avec son plan, ça ne pourrait pas avoir lieu avant septembre prochain. Ça me donnerait encore deux combats pour préparer Arslanbek. Il arriverait au championnat à son 12e combat. C’était le compte avec Artur Beterbiev et il était fin prêt. La différence, c’est que Makhmudov n’a pas eu besoin de vraiment boxer pour gagner. Il est tellement puissant qu’il détruit ses adversaires. Mais au niveau des plus grands, c’est plus complexe », de dire Ramsay.   

Il s’agit évidemment d’avoir les reins assez solides pour allonger les premiers millions pour entamer les négociations. Mais pour jouer dans les ligues majeures, il faut être prêt à prendre le risque.  

« Un pour cent des boxeurs génèrent 90 pour cent des revenus. Faut être là », de dire Estephan.  

Butler accueilli au Japon  

Si Steven Butler se demandait ce qu’il allait faire au Japon, il a eu une réponse en mettant les pieds sur le sol de l’empereur. Une douzaine de journalistes l’attendaient à l’aéroport pour lui parler de son combat de Championnat du monde du 23 décembre contre Ryota Murata. Butler aura maintenant deux semaines pour s’adapter au décalage horaire et pour mesurer l’ampleur de la tâche qui l’attend. Murata au Japon, c’est gros.  

Et quand t’es gros au Japon...  

CLAVEL : L’HONNEUR DE LA BOXE FÉMININE  

Les gens se sont levés spontanément pour acclamer Kim Clavel après sa victoire samedi soir. Une ovation spontanée et méritée.  

Clavel a fait une brillante démonstration qu’un combat de boxe féminine peut être enlevant. Et être de la vraie boxe.  

Il faut évidemment trouver des adversaires de bon calibre et accepter de s’engager à fond dans le combat.  

C’était émouvant de voir ce groupe de femmes unies dans la bataille et la victoire. C’est un peu la victoire de Danielle Bouchard. Elle qui a tant labouré le terrain pour préparer la récolte des Dicaire, Clavel et Beaudoin...  

DES NOUVELLES DE PATRY   

Stéphane Patry, le président de TKO, va plutôt bien malgré les manœuvres douteuses de certains ennemis dont il soutient être victime.  

Patry confirme qu’il a subi une embolie pulmonaire il y a quelques mois qui a complètement chamboulé les activités de son entreprise de promotion de combats d’arts martiaux mixtes.  

« J’ai surtout réalisé que je ne pouvais continuer à vouloir tout faire tout seul dans la compagnie. Sinon, j’allais encore me retrouver sur le carreau. C’est simple, tant que je n’aurai pas complété la restructuration de TKO, je n’organiserai pas d’autres galas. Mais je travaille fort et les choses progressent », de dire Patry lors d’un entretien hier.  

Il est bien conscient que certains personnages du milieu de la boxe tentent d’avoir sa peau.  

« On fait courir toutes sortes de bruits, mais ce sont des fabulations », dit-il.  

Il conclut en disant qu’il a maintenant repris le bâton du pèlerin.