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Les véganes contre-attaquent

Seriez-vous prêts à payer plus cher pour de la viande élevée de façon éthique?

porcherie saint-hyacinthe
Captures d'écran, Facebook

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Des activistes véganes ont occupé une porcherie de Saint-Hyacinthe en fin de semaine pour dénoncer les mauvais traitements des porcs qu’on y élève en batterie. Durant sept heures, 11 militants masqués se sont assis par terre devant les bêtes, qu’on élève, seules, dans des cages exiguës. L’objectif de ce coup d’éclat était simple : tenter d’exposer le mauvais traitement qu’on leur réserve.  

On pourrait croire qu’il est difficile d’entrer dans une porcherie, que ces lieux sont gardés à l’abri des regards indiscrets ou des possibles foyers d’infection. Eh bien non. Cassey Phaneuf, porte-parole du groupe d’activistes Direct Action Everywhere, est parmi les militants qui sont entrés par effraction dans la porcherie avant d’être arrêtés. Cassey m’a confié qu’ils avaient juste eu à ouvrir la porte d’entrée pour ensuite aller se promener sans être inquiétés pendant de longues heures et récolter des images choquantes.  

  

  

Vous rappelez-vous des membres de PETA qui, cet été se sont installé devant la tour Eiffel et on fait mine de cuire un faux chien sur le barbecue? L’initiative était accompagnée d’un slogan du type «le mangeriez-vous?». Par cette action, on voulait montrer qu’il y a une hiérarchisation du statut des animaux. En clair, on voulait nous faire réaliser que c’est la même chose manger un chien ou un cochon. Pourtant, dans plusieurs cultures, on refuse de manger les animaux de compagnie. Ça avait choqué bien des gens, car le stunt était assez graphique.   

Ce type de geste militant, certes, frappe l’imaginaire. Sauf qu’à chaque fois qu’un groupe pose un geste de la sorte, je me demande si c’est vraiment ce type d’action qui va amener la population à ne plus consommer de produits d’origine animale.   

Et c’est sans oublier tous les scandales de désinformations de différents groupes qui militent pour les droits des animaux, PETA en tête de liste, dont la véracité des images a parfois été remise en doute (images prises hors contexte, dans d’autres pays etc). Cela n’aide en rien à la crédibilité du mouvement.   

Je vais vous raconter une petite histoire. Une fois, je suis passée à l’émission Curieux Bégin. Les autres invitées étaient Janette Bertrand et Guylaine Tremblay. Madame Bertrand avait décidé de nous parler de son amour pour la tête-fromager, un genre de terrine faite à base de tête de porc. L’accessoiriste du plateau avait cru bon de décorer la table avec une tête de cochon. Rétrospectivement, je comprends que pour certaines âmes sensibles, cela peut être choquant. Et pour une personne végane, ce sont des images très difficiles à voir. Je le conçois, ça. Très bien.   

Suite à la diffusion de l’émission, j’ai reçu moult messages d’insultes et de haine par rapport à la tête de porc. J’ai même reçu des menaces de mort et une personne avec qui j’ai été au secondaire m’a écrit sur Facebook pour me dire qu’on devrait me retirer la garde de mes enfants puisque je suis une meurtrière. J’ai été ébranlée et j’ai trouvé ça violent à recevoir.   

Est-ce que c’est moi ou ce n’est pas en traitant les gens d’assassins et en les faisant se sentir comme les pires personnes de la terre que le mouvement végane va rallier du monde à sa cause? Quand on se fait insulter et dire qu’on est moralement «inférieurs», on cesse d’écouter.   

Je sais que tous les véganes ne sont pas comme ça, mais malheureusement, dans les médias, c’est ce type de discours qui ressort trop souvent et ça invalide le mouvement aux yeux de la population. C’est dommage parce que je suis convaincue que si on avait conscience de ce qui se passe dans les porcheries et autres élevages industriels de notre province, on mangerait et consommerait moins de produits d’origine animale, voire plus du tout.   

Le mouvement végane devrait miser sur l’éducation de la population plutôt que sur les actions démagogues et sensationnalistes qui ont pour effet de faire parler d’eux à court terme, mais qui, sur le long terme, n’ont pas grand effet sauf celui de faire passer ceux qui le composent pour une gang d’idéalistes un peu trop vindicatifs.   

Plusieurs personnes n’ont pas conscience de la réalité de l’élevage de masse. Un filet de porc, ça ne vient pas dans une barquette en styromousse. Un poulet, ça ne nait pas emballé sous vide. Je parie qu’on serait même prêt à payer plus pour consommer de la viande élevée de façon plus éthique.   

Mais si demain, on se mettait à manger tout le monde la même chose, on aura aussi un problème environnemental, non? Rien n’est simple. Et rien n’est noir ou blanc. Le discours végane devrait intégrer des nuances et accepter que tout le monde n’est pas rendu à la même place nécessairement.   

Évidemment, l’association des éleveurs de porcs du Québec a dénoncé l’action menée par les militants de Direct Action Everywhere en fin de semaine. Son président a dit qu’il y aurait pu y avoir des conséquences néfastes sur les animaux : «introduction de maladies potentiellement mortelles en plus de leur causer un énorme stress.» Ça ne va pas à l’encontre des valeurs véganes, ça? Comme quoi on a tous nos paradoxes.