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Les contorsionnistes à la défense de Trump

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Les deux chefs d’accusation déposés mardi contre Donald Trump sont tellement clairs que les républicains devront faire d’impressionnantes contorsions pour l’acquitter.

L’acte d’accusation contre Donald Trump est manifeste, et la preuve solide : il a abusé de son pouvoir en compromettant la sécurité des États-Unis pour solliciter l’aide électorale d’un gouvernement étranger, et il a entravé le travail du Congrès en imposant des obstacles sans précédent à ses enquêtes.

Il est toutefois évident que les représentants républicains à la Chambre formeront un bloc compact pour rejeter ces accusations, et que la grande majorité des ­sénateurs républicains feront de même pour l’acquitter.

Pour former ce bloc compact, il faudra faire bien des contorsions.

Croire Trump

L’une d’elles, que font les défenseurs de Trump, est de prendre pour du « cash » la version ­édulcorée des faits qu’il colporte.

Il est pourtant bien démontré que l’annonce d’une enquête compromettant Joe Biden était le but principal de ses interactions avec le président ukrainien. Il l’a dit lui-même. Son chef de cabinet et plusieurs témoins assermentés l’ont confirmé.

Pour croire Trump quand il prétend avoir eu comme priorité la lutte à la corruption, il faut ignorer qu’il a congédié l’ambassadrice en Ukraine, réputée pour son engagement dans la lutte anticorruption, et qu’il a réduit les budgets affectés à cette lutte.

Il faut aussi ignorer les preuves qu’on a devant soi pour accorder foi à un homme qui a émis un nombre incalculable de mensonges et de faussetés depuis le début de son mandat.

Sur les entraves au Congrès, ­selon les républicains, le ­président ne fait que défendre les ­prérogatives de l’exécutif, et il faudrait ­attendre que les tribunaux tranchent sur ses actions.

Or, comment peut-on plaider la bonne foi quand la Maison-Blanche refuse systématiquement toute collaboration avec les enquêtes du Congrès ?

S’en remettre aux tribunaux étirerait l’enquête bien au-delà de la prochaine élection, alors que l’équipe de Trump continue de solliciter impunément de l’aide étrangère en vue de l’élection de 2020.

Il faut sérieusement faire preuve de dénégation pour trouver ça raisonnable.

Bénéfice du doute ?

Malgré ces entraves, la preuve contre Donald Trump est considérable. Ceux de ses partisans qui ne nient pas carrément les faits persistent néanmoins à dire que c’est insuffisant, et qu’il faut lui accorder le bénéfice du doute.

Le mérite-t-il ? Sa fondation vient d’être démantelée pour multiples fraudes. Il est l’objet de multiples allégations crédibles d’agressions sexuelles. On ne compte plus ses associés qui sont en prison. Son ancien avocat y est pour un crime – crime dont Trump était complice. Surtout, il a ouvertement ­sollicité des interventions étrangères contre ses opposants politiques dans le passé et a affirmé qu’il recommencerait volontiers. Quant aux entraves passées à la justice, le rapport Mueller en fournit une copieuse liste.

Pour accorder le bénéfice du doute dans de telles circonstances, il faut être prêt à faire d’impressionnantes manœuvres. Les ­défenseurs de Trump n’ont certes pas fini de nous impressionner.