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Les Mexicains nous passent un sapin chinois

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En ce lendemain de signature du nouvel Accord de libre-échange Canada–États-Unis–Mexique, l’industrie québécoise de l’aluminium se retrouve dans le camp des grands perdants.

C’est au profit du Mexique que notre dynamique industrie de l’aluminium, avec ses 7500 emplois dans les alumineries et 17 000 autres emplois dans la transformation de l’aluminium, va perdre des plumes au fil des prochaines années.

L’Accord devait obliger les constructeurs automobiles américains à utiliser un quota minimum de 70 % d’aluminium nord-américain dans la fabrication des automobiles.

Le hic ? Le Mexique, qui ne produit pas une once d’aluminium, a refusé qu’une définition de la règle d’origine concernant l’aluminium nord-américain soit incluse dans l’Accord.

Quel problème cela nous cause-t-il ? Le Mexique, explique Jean Simard, PDG de l’Association de l’aluminium du Canada, pourra continuer d’importer à sa guise de l’aluminium en provenance de la Chine, le transformer au Mexique et, par la suite, le vendre aux constructeurs automobiles américains en faisant croire qu’il s’agit d’aluminium mexicain, donc nord-américain en vertu du nouvel Accord de libre-échange.

« L’avantage ainsi conféré au Mexique en fait, dit-il, ni plus ni moins la cour arrière de la Chine pour disposer des produits de sa surcapacité, engendrant du fait même la délocalisation progressive des transformateurs nord-américains vers le Mexique. »

Le Québec, en tant que principal producteur d’aluminium nord-américain (avec ses 60 % de la capacité nord-américaine), va ainsi se faire injustement concurrencer par l’aluminium « chinois » du Mexique.

C’est évidemment contraire à l’esprit même du nouvel Accord, lequel vise notamment à contrer l’envahisseur chinois en sol nord-américain.

Rouvrir l'accord ?

Est-il possible de rouvrir l’Accord en vue de protéger adéquatement nos alumineries contre l’aluminium « chinois » du Mexique ?

Oubliez cette option ! Les Américains et les Mexicains ne voudront pas. Ni le gouvernement Trudeau qui trouve l’Accord d’autant profitable pour nos alumineries qu’il abolit les tarifs américains sur nos exportations d’aluminium.

Et pour faire ratifier l’Accord par la Chambre des communes, le gouvernement minoritaire va sans aucun doute obtenir l’appui d’un des partis de l’opposition pour sceller l’entente.

Jusqu’à présent, seul le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a clairement menacé de voter contre la ratification de l’Accord si on ne protégeait pas mieux les travailleurs du secteur de l’aluminium. « Si quelqu’un pense que le Bloc va voter en faveur d’un traité qui sacrifie l’aluminium québécois, ce sera non », a-t-il déclaré.

Que faire ?

Pour assurer sa survie, notre industrie de l’aluminium devra trouver le moyen de surveiller de près les importations (sous toutes ses formes) d’aluminium chinois par le Mexique. Simple question de pouvoir démontrer aux autorités chargées de faire respecter le nouvel Accord de libre-échange que le Mexique triche en servant de porte d’entrée aux Chinois pour déverser leurs surplus d’aluminium en territoire nord-américain.

Autre urgence : pour augmenter leur niveau de productivité et de compétitivité, les alumineries québécoises doivent se moderniser. Pour ce faire, elles souhaitent que les gouvernements d’Ottawa et du Québec les aident financièrement à passer de la parole aux actes.