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Survivante d'un carnage familial: «Encore la même histoire et on ne fait rien!»

Survivante d'un carnage familial: «Encore la même histoire et on ne fait rien!»
PHOTO AGENCE QMI, MAXIME DELAND

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En lisant la manchette relatant les possibles meurtres intrafamiliaux commis dans l’est de Montréal, je connaissais la suite sans l’avoir lue: violence conjugale suivie d’une séparation, puis, finalement, carnage!   

Mon intuition était juste. Mais c’était lugubrement si facile à prévoir. Dans les cas de meurtres intrafamiliaux, le pattern se répète si souvent.   

En 2012, j’ai travaillé plusieurs mois avec six mamans dont les ex ont assassiné les enfants. Dans tous les récits de vie de ces femmes meurtries jusqu’au plus profond de leur âme, le scénario précédant le meurtre était le même: une relation caractérisée par la possession de l’autre, de la violence conjugale, parfois psychologique, financière, sexuelle ou physique. Certaines fois, toutes les sortes de violence cohabitaient. Tous les meurtriers sont passés à l’acte après que la femme eut rompu. La rupture, la perte de contrôle sur l’autre, a été la bombe nucléaire qui a détruit tout ce qui pouvait rester de sensé à l’intérieur de ces hommes, au point de tuer la chair de leur chair.  

«Quand allons-nous protéger les femmes et les enfants?»   

Après avoir parcouru les articles complets, qui font référence à l'atroce sort réservé aux deux gamins de Pointe-aux-Trembles, âgés de 2 et 4 ans, ainsi qu’à leur maman de 43 ans, vraisemblablement tués par le papa qui s’est ensuite suicidé, j’ai téléphoné à Marie-Paule McInnis.  

Marie-Paule est une rescapée qui a témoigné dans mon documentaire sur les filicides Les Survivantes. En 1996, ses deux enfants, Jérôme, 6 ans, et Justin, 2 ans, ont été assassinés par leur père, qui s’est suicidé par la suite.  

Au cours des dernières années, j’ai trop souvent téléphoné à Marie-Paule pour savoir comment elle allait à la suite de drames impliquant la découverte d’enfants et de femmes tués par l’ex-conjoint. Chaque fois que des meurtres aussi abominables se produisent, celles qui ont déjà vécu une telle horreur sont irrémédiablement transportées dans leur propre drame, car l’histoire se répète sans cesse. Cet automne seulement, deux horribles tueries semblables se sont produites à Montréal. Quatre enfants ont été sauvagement tués.  

Lors de chacune de nos conversations, Marie-Paule pose toujours la même question: «Quand allons-nous protéger les enfants et les femmes? On connaît le pattern, les facteurs de dangerosité, et on ne fait rien pour prévenir le pire.»  

Ne pas s’approcher à moins de 100 mètres   

Selon certaines informations, le présumé meurtrier (il faut encore parler de «présumé meurtrier», car l’enquête n’est pas terminée) avait été accusé de voies de fait armées contre la mère et ses enfants. Accusations dont il a été acquitté la semaine dernière...   

Dans le procès-verbal du dernier passage en cour de l’homme, il est écrit noir sur blanc que: «La victime a et avait des raisons de craindre pour sa sécurité.» Au cours des deux dernières années, les policiers se sont rendus cinq ou six fois au domicile du couple pour des disputes familiales.   

Malgré toutes ces indications qui laissaient présager le pire, qu’avons-nous fait pour protéger cette femme et ces enfants? On a demandé à l’homme de garder la paix, de ne pas posséder d’arme et de ne pas s’approcher à moins de 100 mètres de la victime?  

Autant dire rien!  

Assez de sang a coulé  

Sérieusement, dans quel monde de licornes vivons-nous pour penser qu’un homme visiblement troublé, sans doute très souffrant et désespéré, va se contenir avec de telles mesures?  

On connaît le scénario, les facteurs de risque et les conséquences funestes lorsqu’on ne fait rien. Il est grand temps que l’on réfléchisse aux meilleurs moyens réels de protéger les femmes et les enfants susceptibles d’être victimes d’homicides familiaux, et que l’on protège aussi d’eux-mêmes ces hommes qui, visiblement, ont terriblement besoin d’aide.  

«Ça fait des années que je m’épuise, que je me débats sur la place publique, que je rencontre des élus pour réclamer plus de protection pour les familles en danger. Quand l’horreur se produit, tout le monde est empathique, mais, après, plus rien. Ça n’a pas d’allure!» souligne Marie-Paule.   

Une chose est certaine, avec tous ces drames qui se répètent, on ne peut pas dire qu’on ne le savait pas!