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Un travail de fin de session bâclé

Un travail de fin de session bâclé
Photo Simon Clark

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« On va en faire, des changements, mais ça va déranger, je vous le garantis. Plus tu arranges, plus ça dérange ! » - Jean-François Roberge

Ainsi, selon le ministre de l’Éducation, la résistance aux changements est proportionnelle à la qualité de ses initiatives. Si tel est le cas, son projet de loi « mammouth » représente un chef-d’œuvre. 

En cette fin de session, Marc St-Pierre et moi avons donc décidé de faire une critique de l’aventure.

Pseudo-experts

À la suite de la commission parlementaire sur le projet de loi 40, force est de constater que le ministre ne possède rien de sérieux pour soutenir ses idées. 

Lors de la séance du 19 novembre, il a déposé son projet de loi pour une adoption de principe. Nous avons écouté son intervention à l’Assemblée nationale. 

Afin de convaincre l’auditoire du bien-fondé de sa réforme, monsieur Roberge a sorti l’artillerie lourde. Il a fait un appel sans équivoque à sa cavalerie « d’experts » venue à la rescousse de son projet de loi.

Et qui sont les références de notre « arrangeur » en chef ?

Des chercheurs ? Non.

Des experts en éducation ? Non.

Monsieur Roberge cite, le plus sérieusement du monde, une série de chroniqueurs qu’il a préalablement sélectionnée.

Bref, cet ex-enseignant ne s’impose même pas la rigueur que nous exigeons de nos propres élèves dans leurs travaux de recherche ou la préparation d’un texte d’opinion.

Citations sélectives

La rareté des appuis crédibles à son projet explique probablement aussi pourquoi le ministre Roberge cite hors contexte des gens crédibles.

L’auteur du livre Et si on réinventait l’école ? ne réinvente certainement pas la politique avec des agissements de la sorte. 

Le Directeur général des élections dit que la disparition de la démocratie scolaire est une erreur et qu’il faut la maintenir et l’améliorer, pas l’abolir. La réaction du ministre ? Il cite hors contexte deux opinions du DGE pouvant faire croire aux gens que celui-ci supporte sa réforme. 

Il a usé du même stratagème avec le mémoire de l’Institut du Nouveau monde. 

De son côté, l’Association des comités de parents anglophones, victime d’un subterfuge semblable, a dénoncé dans un communiqué de presse la stratégie de désinformation du ministre et dû réaffirmer son opposition sans équivoque au projet de loi 40.

Enfin, le ministre nous casse les oreilles avec ceux qui connaissent les élèves par leurs noms, alors que ceux qui, justement, connaissent davantage ces élèves par leurs noms (professionnels, personnel de soutien, enseignants) s’affichent ouvertement contre le PL 40.

Le rôle des parents

Si le ministre de l’Éducation avait trouvé une seule recherche assez rigoureuse sur laquelle appuyer sa réforme, il y a longtemps qu’il nous aurait donné sa leçon. 

La seule « recherche » qu’il a citée est celle qu’avait jointe à son mémoire la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ) et qui témoigne du fait que l’engagement parental contribue à la réussite. Dans le mémoire déposé par la FCPQ, on a inséré un article qui, aux dires du président de cette fédération, établit des liens explicites entre la participation des parents et la réussite éducative.

En fait, ce que le ministre et le président de la FCPQ nous soumettent n’est pas une recherche, mais un résumé d’une recension d’écrits. On y cite quelques auteurs qui ont écrit sur les différentes formes de participation parentale, notamment Joyce Epstein. 

Si, de façon générale, il est vrai que la participation des parents est associée à une meilleure réussite, de façon plus spécifique, c’est l’implication des parents à la maison et dans des relations de qualité avec les enseignants de leurs enfants qui font véritablement une différence. 

La participation à la gouvernance scolaire a un effet négligeable sur le fait que les élèves réussissent ou non.  

Donc, prétendre que les informations contenues dans ce document démontrent le bien-fondé du projet de loi 40 et ses effets sur la réussite, c’est faire dire aux chercheurs des choses qu’ils n’ont jamais dites. 

Mais c’est bien ce qu’ont fait la Fédération des comités de parents et le ministre Roberge. 

Vivement l’INEÉ

Dans son Plan de valorisation de la profession enseignante, monsieur Roberge nous informe que la CAQ appuie la création d’un Institut national d’excellence en éducation (INEÉ). 

Dommage que cette bonne idée soit disparue de sa liste des priorités. Les prémisses sur lesquelles s’appuie la réforme Roberge, les arguments et citations qu’il nous sert ne résisteraient pas à l’analyse d’un Institut d’excellence en éducation. 

Cela, le ministre et son entourage le savent sûrement.

D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si sa réforme de structures ne fasse pas partie du Plan stratégique 2019-2023 de son ministère. 

La réforme de la gouvernance n’est rien d’autre qu’un moyen « orphelin » qui n’est relié à aucun objectif d’amélioration de la réussite, et qui donc, ne sera soumis à aucune évaluation formelle. C’est terrible. On viendra ensuite nous parler de Gestion axée sur les résultats...

Quelles leçons peut-on tirer de toute cette histoire ?

À quoi bon mesurer les effets de nos décisions sur les taux de réussite ? À quoi bon questionner les experts lorsqu’il est possible de confronter nos idées en sélectionnant des opinions lues dans les journaux ?

Bof !

Si un doute survient, il suffira de consulter le Facebook du grand boss afin d’être convaincu du bien-fondé de notre chef-d’oeuvre.