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Les frères Desmarais précipitent leur départ de chez Power

Les investisseurs accueillent bien le changement de garde au sein du conglomérat montréalais

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Pour la première fois depuis 1968, la famille Desmarais ne sera pas aux commandes de Power Corporation. Après des années de rendements décevants, André Desmarais et Paul Desmarais Jr partent à la retraite, ce qui permettra au conglomérat de réorienter sa stratégie.  

En 2016, les deux frères avaient confié au Wall Street Journal qu’ils prévoyaient prendre leur retraite à 68 ans, soit l’âge qu’avait leur père, Paul, quand il leur a cédé les rênes de Power, en 1996. Ils céderont finalement leurs postes à l’âge de 63 et de 65 ans.    

La décision des Desmarais d’abandonner leurs postes à la direction est un « gros bouleversement pour une organisation statique », a estimé dans une note l’analyste John Aiken, de Barclays Capital.    

Les investisseurs ont bien réagi au changement de garde, qui sera accompagné d’une hausse importante du dividende : l’action de Power Corporation a grimpé de 7,9 % tandis que celle de sa principale filiale, la Financière Power, a bondi de 9,9 %.     

En 2017, André Desmarais s’était absenté de la direction de l’entreprise pendant un peu plus de huit mois en raison d’un problème cardiaque.     

Or, « M. Desmarais est en pleine santé et continuera d’assumer son rôle de président délégué du conseil », a assuré vendredi Stéphane Lemay, le porte-parole de Power Corporation.     

Le communiqué publié vendredi ne fait aucune mention des héritiers Paul Desmarais III et Olivier Desmarais, fils des deux co-chefs de la direction. Tous deux âgés de 37 ans, les cousins font partie de la haute direction de Power depuis 2017.    

Bauer à vendre  

Même s’il a insisté sur la « continuité », le futur PDG de Power Corporation, Jeffrey Orr, a dévoilé vendredi un premier changement de cap : Power se retirera des secteurs non financiers et vendra ses intérêts dans Lumenpulse (éclairage), Lion (bus électriques) et Bauer (hockey).     

« La stratégie chez Power n’en est plus une d’essayer de se diversifier à l’extérieur des services financiers », a indiqué le futur grand patron de la nouvelle entreprise réorganisée.     

« Ça fait longtemps que [les frères Desmarais] auraient dû quitter », a réagi pour sa part l’investisseur militant Graeme Roustan, un ancien PDG de Bauer.    

Power Corporation n’a toutefois pas l’intention de rompre son alliance avec le groupe Frère de Belgique, avec qui elle est actionnaire de multinationales européennes comme le cimentier LafargeHolcim, le distillateur Pernod Ricard et l’équipementier Adidas.    

– Avec la collaboration de Philippe Orfali  

Les actionnaires auraient mieux fait d’investir ailleurs  

Power Corporation s’est targuée, vendredi, d’avoir surpassé le rendement annualisé de l’indice composé S&P/TSX pendant les 23 ans du règne des frères Desmarais (11,7 % contre 7,7 %).Or, le conglomérat montréalais a bien moins progressé que l’indice des services financiers de la Bourse de Toronto (voir graphique ci-dessus). Au cours des dix dernières années, Power a également tiré de l’arrière en Bourse, comparativement à tous les grands assureurs de personnes, dont Manuvie, Sun Life et l’Industrielle Alliance.    

Avec l’annonce, toujours vendredi, de la fusion de Power Corporation avec sa principale filiale (la Financière Power), le groupe espère faire tourner le vent. « Simplifier notre structure permettra de mieux comprendre l’entreprise et de l’évaluer adéquatement », a avancé le futur PDG, Jeffrey Orr. Power s’attend à réaliser des économies annuelles de 65 M$ avec le retrait de la Financière Power de la Bourse. « Nous passons de trois PDG à un », a noté M. Orr.    

Des activités étonnantes  

DOMAINE SAGARD  

Photo Didier Debusschère

Le domaine évalué à plus de 50 millions $ est comparé à Versailles, mais s’inspire plutôt de la villa Foscari (La Malcontenta) en Italie. Sagard, propriété charlevoisienne de la famille Desmarais depuis des décennies, a accueilli au fil du temps les présidents Bush père et fils, Bill Clinton et bien d’autres personnalités publiques venus s’y reposer... ou y brasser des affaires.     

FANATIQUE DE LA FORMULE 1 ?  

En 2018, André Desmarais s’est associé à un groupe d’investisseurs dirigé par Lawrence Stroll, le père du pilote québécois Lance Stroll, pour racheter l’écurie de Formule 1 Force India, alors menacée de faillite. L’organisation a depuis été renommée Racing Point F1 Team. Stroll, un homme d’affaires prospère dont la fortune est évaluée à 2 milliards $, a fait sa marque dans l’industrie de la mode.    

PASSION POURVOIRIES  

Photo Courtoisie

En 2016, André Desmarais a aussi acheté une participation dans une des plus prestigieuses pourvoiries du Québec, le gîte Helen Falls sur la rivière George. Près de Lachute, il est actionnaire du Domaine de la faune des Laurentides, un club de chasse qui produit son propre gibier : des cerfs rouges et des wapitis aux panaches énormes. À leur domaine de Sagard, les Desmarais font aussi l’élevage de faisans pour la chasse.     

DES LÉGUMES BIOS 

Photo Courtoisie, la Ferme des Quatre-Temps

Depuis quatre ans, André Desmarais effectue un retour à la terre. Le multimilliardaire a investi dans la Ferme des Quatre-Temps à Hemmingford en Montérégie et à Port-au-Persil dans Charlevoix, où l’on produit des dizaines de légumes biologiques, du bœuf, du porc et de l’agneau, ainsi que des œufs de poules en liberté.      

Dossiers chauds  

LAFARGE ET LA SYRIE 

Photo AFP

Le cimentier Lafarge, où siège Paul Desmarais Jr, est mis en examen par la justice française pour « financement du terrorisme ». On le soupçonne d’avoir financé des groupes comme l’État islamique pour maintenir les activités de son usine en Syrie.    

MARC BIBEAU 

L’ex-argentier libéral et ami de Jean Charest, Marc Bibeau, mêlé aux enquêtes de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), est membre du c.a. de la Financière Power depuis 2009. Le nom de Marc Bibeau apparaît souvent dans le rapport de la commission Charbonneau. Malgré ses démêlés avec la justice, il est un « dirigeant très fort », selon les mots du PDG de Power Corporation, Jeffrey Orr.    

GROUPE CAPITALES MÉDIAS  

Photo Pierre-Paul Poulin

Les retraités du Groupe Capitales Médias, qui vont perdre 30 % de leur pension, sont en colère contre les Desmarais. Ils se demandent pourquoi l’ex-patron qu’ils ont recruté, Martin Cauchon, a pu avoir une rémunération de 500 000 $ par an alors que le groupe creusait des dettes de 27 M$.     

GROUPE BRUXELLES LAMBERT (GBL)  

Photo AFP

Le Groupe Bruxelles Lambert (GBL) du défunt milliardaire belge Albert Frère, grand ami des Desmarais, codétenu par Power, a multiplié les investissements controversés dans les hydrocarbures. En septembre dernier, elle a investi dans Cepsa. Durant plus de 20 ans, GBL a détenu des titres de Total.    

PARADIS FISCAUX  

André Desmarais a été membre du c.a. de la firme chinoise CITIC Pacific citée dans l’affaire des Panama Papers. Power Corporation fut actionnaire de cette société liée aux paradis fiscaux. Les filiales de Power en assurance, comme la Great-West, la Canada-Vie ou la London Life, ont des filiales aux Bermudes et à la Barbade depuis de nombreuses années.    

Quelques dates         

  • 1925 : Fondation de Power Corporation    
  • 1968 : Paul Desmarais prend le contrôle de l’entreprise     
  • 1984 : Fondation de la Financière Power    
  • 1996 : Paul Desmarais cède la direction de Power à ses fils André et Paul Jr    
  • 2007 : Acquisition de Putnam Investments aux États-Unis    
  • 2013 : Mort de Paul Desmarais    
  • 2019 : Power et ses filiales rachètent pour 5 milliards $ d’actions afin de stimuler le titre        

DE PLUS EN PLUS RICHES    

  • La famille Desmarais valait plus de 8 milliards $, en 2018, contre 4,5 milliards $ cinq ans plus tôt, selon le magazine Canadian Business  
  • Les Desmarais contrôlent Power Corporation par le biais d’une fiducie familiale administrée par Paul Desmarais Jr, André Desmarais, Sophie Desmarais, Michel Plessis-Bélair et Guy Fortin     
  • La famille réinjectera une centaine de millions de dollars dans Power pour en conserver le contrôle à l’issue de la restructuration        

André Desmarais   

  • Retraite : 1,8 M$/année    
  • Actions : 544 M$        

Paul Desmarais Jr   

  • Retraite : 1,8 M$/année    
  • Actions : 525 M$