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Il manque de refuges pour femmes

femme violentée
Photo Chantal Poirier Florence, dans une résidence pour victimes de violence conjugale, ne peut être identifiée pour assurer sa sécurité.

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Les centres d'hébergement pour victimes de violence conjugale du Québec n'ont jamais dû refuser autant de personnes en détresse, faute de moyens. Ils lancent un cri du coeur pour que tous les femmes et enfants dans le besoin soient protégés. 

« Est-ce qu’un jour on apprendra que la femme qui nous a appelés [et qu’on n’a pas pu aider], il lui est arrivé quelque chose ? C’est ma plus grande crainte », lance Sabrina Lemeltier, directrice générale de la maison d’hébergement La Dauphinelle.   

Cet appel à l’aide lancé par plusieurs organismes est d’autant plus criant au lendemain du meurtre d’une mère et de ses deux enfants à Montréal, vraisemblablement par le père de famille.     

Chaque année, une douzaine de femmes se font assassiner par leur conjoint ou par leur ex-conjoint au Québec, a déploré jeudi Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes.     

Ce qui inquiète aussi les intervenants, c’est que des milliers de femmes en crise et leurs enfants n’ont pas pu trouver refuge dans une des maisons d’hébergement du Québec lorsqu’elles ont appelé à l’aide.     

En 2018-2019, la Fédération a dû refuser 15 000 femmes par manque d’espace dans ses 36 maisons d’hébergement. C’est bien plus que les 10 000 de l’année précédente.      

Pour sa part, le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale n’a pas aidé 3600 femmes et 2500 enfants en 2018-2019. C’est 61 % de plus qu’en 2015.      

SOS Violence conjugale n’a pas de maisons d’hébergement, mais dirige les femmes vers les bonnes ressources. En 2018-2019, l’organisme a demandé à 2805 femmes de rappeler plus tard, faute de place.       

Florence (nom fictif pour la protéger) a eu plus de chance. Après avoir eu peur pour sa vie et celle de ses enfants, elle a communiqué avec SOS Violence conjugale, puis avec une maison d’hébergement.     

Après quelques semaines en maison d’hébergement, Florence va mieux. Elle réalise qu’une femme a le droit de sortir, de s’habiller comme elle le souhaite, d’avoir des amis, de sourire aux gens dans la rue...     

Elle espère même faire un retour sur les bancs d’école.     

Hausse fulgurante des demandes  

« Après plus d’une décennie de grande stabilité, le nombre de demandes reçues par ligne téléphonique pour violence conjugale a augmenté de façon fulgurante cette année [2018-2019 avec 28 682 appels] », lit-on dans le rapport annuel de SOS Violence conjugale.     

« Pour nous, c’est très positif [cette hausse. Il n’y a pas nécessairement plus de violence, mais les victimes] demandent de l’aide. C’est génial. Mais il y a l’autre côté de la médaille. On a besoin de ressources pour protéger ces femmes », explique Amélie Bois de SOS Violence conjugale.     

Celles qui se présentent dans les centres d’hébergement avec leurs enfants « sont en danger » et « il n’y a pas d’autres services » vers lesquels elles peuvent se tourner, rappelle Mme Monastesse.      

Ces organismes dénoncent le manque de ressources des maisons d’hébergement. Ils se tournent vers le gouvernement du Québec, qui fournit une bonne partie de leur financement.       

Il y a quelques semaines, Manon Monastesse a réclamé 28 M$ supplémentaires à la ministre de la Santé pour être en mesure de combler les « besoins de base » dans ses 36 maisons d’hébergement de la province.      

Ça lui a sauvé la vie  

Florence, elle, a reçu des menaces de mort de son mari. Sans famille autour d’elle, elle estime que sans la maison d’hébergement, elle serait peut-être enterrée aux côtés de ses enfants.     

« Il m’a dit : “si tu me quittes je vais te tuer, toi, je vais tuer mes enfants, et après je vais me tuer moi-même”. Lorsqu’il m’a dit ça, je me suis dit que c’était assez, je dois me sauver et sauver mes enfants », pleure-t-elle.     

Tout a basculé avec l’arrivée de leur premier enfant, il y a trois ans.     

« Il me criait les pires choses au monde. J’étais une pute, une salope, je ne faisais rien de bien, se rappelle la mère de famille. Que moi, j’étais là juste pour faire à manger et garder les enfants, et que lui était beaucoup plus important que moi. Je ne pouvais pas pleurer, je ne pouvais pas bouger, si je pleurais, j’étais conne. Si moi je disais que je n’aimais pas ça, j’étais encore une pute. Tout était de ma faute. »     

– Avec Jean-Philippe Daoust, Agence QMI  

Des chiffres inquiétants  

662 personnes ont été victimes d’homicide familial au Canada entre 2010 et 2018, la majorité étant des femmes ;      

19 000 infractions sont commises chaque année dans un contexte conjugal au Québec ;      

en 2018-2019, les 43 maisons d’aide et d’hébergement du Regroupement ont hébergé près de 2800 femmes et 2200 enfants.  

*Source Initiative canadienne sur la prévention des homicides familiaux, La Dauphinelle, Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale  

Les refuges   

  • 10 Maisons indépendantes      
  • 10 Maisons autochtones      
  • 43 Regroupements des maisons d'hébergement     
  • 36 Fédération des maisons d'hébergement          

Si vous avez besoin d’aide  

SOS Violence conjugale
www.sosviolenceconjugale.ca
1 800 363-9010     

Centre d’aide aux victimes d’acte criminel
www.cavac.qc.ca
1 866 le CAVAC (532-2822)    

Ligne québécoise de prévention du suicide
www.aqps.info
1 866 APPELL E (277-3553)