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«Je suis nostalgique et je l 'assume!» - Mario Tessier

«Je suis nostalgique et je l 'assume!» - Mario Tessier
Photo ANNIE T. ROUSSEL

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C’est par un après-midi pluvieux d’automne que Mario débarque chez moi. Il arrive souriant et calme. J’ai fait sa connaissance au tout début de ma carrière, il y a déjà plus de 20 ans; je l’avais d’ailleurs interviewé pour un magazine. Ce n’est pas compliqué avec Mario. Il désire du vrai, de la simplicité, et s’il est là, c’est parce qu’il en a envie... et nous aussi!

D’entrée de jeu, Mario remarque la musique. «Toi aussi, tu aimes le jazz? Tu connais George Porter Jr.?» Il prend les commandes de ma tablette et met son album du moment. «J’adore la musique! J’écoute toujours de la musique.» L’humoriste et animateur roule sa bosse depuis près de 30 ans. En fait, il a reçu sa première paie d’humoriste il y a 27 ans. Il travaillait dans un bar de la Montérégie où il organisait des soirées d’humour avec José Gaudet. «J’ai de merveilleux souvenirs de cette période. On allait chercher des gros noms — je pense notamment à Anthony Kavanagh —, ce qui nous permettait de faire de la scène. C’est là où tout a commencé. C’est là où j’ai eu ma première paie... en dessous de la table!»

Il éclate de rire. C’est aussi là qu’il a développé son amour de la scène. «J’adore tout ce que je fais, la radio, la télé, mais avec la scène, il y a ce petit quelque chose qui fait vibrer le gamin en moi! Sur les planches, j’ai le même entrain, la même volonté que lorsque j’ai commencé, il y a 27 ans...»

Un brin de nostalgie

Le parcours de Mario, qui a 48 ans, est impressionnant: on se souvient tous des Grandes Gueules, un mégasuccès radiophonique réalisé avec son ami José Gaudet. L’émission, diffusée à travers le Québec, comptait 1,2 million d’auditeurs. Comme il le dit si bien, c’était malade! «C’était complètement fou! Mais tu vois, à ce moment-là, j’étais sur mon X et j’aurais aimé le savoir pour le savourer davantage. On travaillait comme des fous, sans compter. On adorait faire ça, mais je ne sais pas si je l’appréciais comme je le ferais aujourd’hui...»

Un silence s’installe. «Le temps passe vite. On n’est pas toujours conscient de ce qu’on est en train de vivre. Je regarde mon amie, Mariana (Mazza) et je lui dis: ¨Mariana, profite de ce moment-là, de ce qui se passe de beau dans ta vie et dans ta carrière. Le moment où c’est toi la saveur du mois, où les gens te découvrent, veulent te connaître et aller te voir, ben c’est ça, ton moment! Souvent, on ne le réalise pas, et puis ça passe... et ça ne reviendra pas comme ça.¨ J’aimerais pouvoir dire ça au jeune Mario.»

Finalement, Mario serait-il un peu nostalgique?

Il s’exclame: «Oh! que oui! J’aime me rappeler comment c’était avant, les souvenirs de la vie, de ma jeunesse... Je suis nostalgique et je m’assume totalement!»

La passion avant tout

Sur l’autoroute de l’humour, on peut vite être dépassé tant les humoristes sont très nombreux et talentueux. Mario ne tient donc rien pour acquis et souhaite toujours se renouveler. Depuis un an et demi, il travaille sur son nouveau spectacle, «Transparent». Il avait besoin de retrouver la scène, mais ça demande beaucoup de sacrifices et d’énergie.

«Il faut être jeune pour ça. Je fais un métier de jeune. Ça demande beaucoup de ¨drive¨ et d’implication. Je suis allé faire des soirées d’humour, des présences sur scène de 45 minutes pour un verre de vin ou un club sandwich! Comme dans le temps. Je fais ça parce que j’aime ça!»

Un nouveau spectacle

Dans ce spectacle, tout a été fignolé, et la machine est prête: il ne reste plus qu’à lâcher prise. «En fait, ça ne m’appartient plus. J’espère que les gens vont l’aimer. Moi, je l’aime et j’ai hâte. Mais tu sais, faire de l’humour a changé depuis quelques années. Avant, on riait de tout et de rien, sans trop analyser toute l’affaire qui vient autour. Maintenant, il faut faire attention, car l’arrivée des réseaux sociaux a changé la donne.»

D’un autre côté, grâce à son expérience, il possède l’art de la spontanéité, de récupérer un moment pour en créer un autre, ce qui constitue une corde précieuse à son arc. «Je vais m’amuser sur scène et avec le public. Le public m’accompagne et m’encourage, j’aime échanger avec lui. Quand on me dit que je suis le même à la télé, à la radio, dans un show ou dans la vraie vie, c’est le plus beau des compliments pour moi. Ça me touche beaucoup. Je ne fais pas de différence entre le Mario Tessier privé et le Mario Tessier public. Je suis tout ça dans la même personne. Je crois que c’est ce qui fait l’unicité d’un artiste, d’un être humain.»

La femme de sa vie

La plus belle personne qu’il connaît, c’est Dominique, qu’il décrit comme étant son «ancrage». Avec elle, il ne compte pas les années, car ils sont bien ensemble, dans les hauts comme dans les bas. «On s’aime, tout simplement! C’est une vraie belle personne, intègre, honnête. Elle est belle de partout. Avec le temps, on se connaît, on se comprend. On chemine ensemble tout en étant bien dans notre tête et notre coeur.»

Il prend une bouchée, une gorgée de vin. Il choisit un autre album pour l’ambiance. Il me jase de son bonheur de recevoir sa famille — avec de la musique, bien sûr! — autour d’un bon repas. «Être entouré de ma famille, de mes amis, ça me rend heureux. Je n’ai plus envie de faire quelque chose que je ne veux pas. Mes moments libres, je les consacre à ceux qui me nourrissent. En vieillissant, j’ai fait du ménage autour de moi. Je m’écoute plus. Je suis capable de dire non. Je m’entoure des bonnes personnes et je fais les choses dont j’ai envie.»

Un homme de famille

Quand il a fait la rencontre de Dominique, il y a 21 ans, celle-ci était maman de Naomie, dont le papa était décédé. Il a adopté la petite. C’est pour lui une évidence que Naomie est sa fille. Ensuite, Jade et Maéva sont venues compléter le noyau. Naomie est maintenant en appartement, Jade, au cégep, et la plus jeune est au secondaire. Mario me parle d’elles avec énormément de fierté.

Quand je lui demande ce que son rôle de père lui apporte, je n’ai pas le temps de finir ma phrase qu’il me répond: «Ça m’apporte tout! Ça fait de moi un homme meilleur. Avec les filles, je suis dans le moment présent. Je me concentre sur leurs besoins et leurs activités. Je m’efface. Les enfants, c’est sain, ça fait réaliser que tu n’es pas le seul au monde.»

L'authenticité d'abord

Être à l’écoute et faire des choix de vie implique souvent des remises en question. Pour Mario, c’est une façon de douter pour mieux avancer, parce qu’il lui arrive de se sentir vulnérable et pas si solide. Tiens, ça ferait un bon titre: «Je ne suis pas si solide!» On rit. «Ben oui! Le pire, c’est que c’est vrai! Je pense que j’ai l’air d’avoir confiance en moi, mais parfois, je me questionne. Quand ça arrive, j’apprends encore plus sur moi. De toute façon, je ne désire pas jouer de rôle: je veux juste être moi!»

Tel père, tel fils

Il se souvient, il n’y a pas si longtemps, quand il travaillait 90 heures par semaine. C’était un peu la folie et ce n’était pas toujours facile pour la famille. La cinquantaine approche et, même s’il se sent parfois coupable de faire des heures plus normales, ce choix de vie est celui qui lui convient. «Mon temps en famille est primordial, avec mes filles, ma blonde, ma maman, Madeleine, mon frère, Steve, et mes amis. Mes vieux copains...»

Il rit. «Je suis un sociable. J’aime le monde, tout comme mon père.»

Son papa, Jean-Louis, était son idole. Il allait partout avec lui. «Tu sais, avec mon père, il y a plein de choses que je n’ai jamais faites, comme des voyages ou jouer à la balle. Mais j’ai beaucoup travaillé avec lui. Je le suivais partout. Je l’aimais comme ça, c’est tout. Il me manque tellement! Je lui ressemble, surtout quand vient le temps de jaser.»

La mort... à 100 ans!

Mario n’avait que 19 ans quand son papa est décédé. Quand il voit le temps avancer, il se dit plus inquiet en pensant à la mort. «Ben oui, j’ai peur de mourir, et c’est pire depuis que j’ai des enfants. J’aimerais vivre jusqu’à 100 ans, mais en santé. Voir des gens qu’on aime souffrir à cause de la maladie sans pouvoir les guérir ou leur enlever la douleur, c’est vraiment dur. C’est pour ça que je veux être en santé, pour m’occuper de mes enfants, de ma blonde, de ma famille et de mes amis le plus longtemps possible! Faut juste que je me calme! Je suis tout sauf zen!»

Il éclate de rire. «Va falloir que je me parle si je veux me rendre à 100 ans!»

Vivre le moment présent

C’est sûrement pour ça qu’il vit chaque moment avec passion. «Quand je mange, je mange. Quand je ris, je ris. Quand j’aime, j’aime... Alors quand je réalise des choses, je réalise bien des choses! Je n’aime pas les gens malhonnêtes. Je suis fin, et des pas fins, je n’en veux plus dans ma vie. Je me tiens loin de la mesquinerie et de la méchanceté. Ça ¨m’énarve¨!»

Il a des amis de longue date qui font des métiers, comme enquêteur ou électricien, qui sont bien loin de sa job d’humoriste. Il aime les entendre jaser de leur boulot. Dans un party, contrairement à ce qu’on pourrait croire, il est plutôt tranquille.

«J’ai du fun, mais je ne cherche pas à être le centre de l’attention. Je préfère écouter mes amis de gars raconter leurs histoires ou voir mes filles s’amuser. Je les aime tellement! Près de ces personnes merveilleuses, c’est juste du vrai, du beau!»

Merci, Mario, pour cette rencontre belle et transparente, et pour les découvertes musicales!