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Les jeunes et l’indépendance

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Un nouveau sondage de Léger-L’actualité est un véritable coup de massue pour les souverainistes d’hier et d’aujourd’hui. Un sondage tellement révélateur du paysage politique québécois et de sa cassure générationnelle.

Auparavant, ce n’était pas si compliqué : être jeune et francophones voulait dire un appui à la souveraineté du Québec.

Bernard Landry estimait même que la souveraineté du Québec était inéluctable, puisque les plus jeunes appuyaient davantage la souveraineté et les plus vieux, moins. Les changements générationnels feraient en sorte que la barre des 50% serait dépassée tôt ou tard.

Or, ce ne fut pas le cas. Les Québécois, en particulier les jeunes, se sont détournés du projet indépendantiste. À la question « Quelle est votre option préférée quant au statut du Québec », 53% des moins de 35 ans affirment « Une province comme les autres ».

Vous avez bien lu : l’option la plus populaire chez les moins de 35 ans n’est ni la souveraineté, ni l’autonomiste revendicateur ou le fédéralisme amélioré, c’est celle de l’uniformisation du Québec dans le Canada. C’est pour le moins paradoxal dans un Canada qui fait de la diversité un horizon indépassable.

Cette nouvelle réalité va à l’encontre de ce par quoi nous nous définissons comme peuple depuis 400 ans.

Que ce soit par la différence religieuse, la différence linguistique ou la différence culturelle, les Québécois se sont toujours identifiés par leur différence du reste du Canada. À la question qu’est-ce qu’être Québécois, nous répondions souvent par la négation : c’est ne pas être Canadien.

L’indépendantisme québécois, devant ces résultats, doit se remettre en question et s’inquiéter.

***

Factuellement, les jeunes de moins de 35 ans désertent, année après année, le projet indépendantiste. N’ayant pas grandi avec les grands déchirements et les débats constitutionnels, jamais ils n’ont eu besoin de se définir comme souverainistes ou comme fédéralistes. La question ne clive plus notre paysage politique.

La plupart ne se sont jamais posé la question, qui était de toute façon l’affaire de leurs parents, donc plus ringarde et plus poussiéreuse. Question qui plus est, a été jalonnée de défaites ou au mieux de victoires morales depuis 1995. Pas surprenant que les plus jeunes soient devenus complètement indifférents à la question nationale du Québec.

Et donc, depuis 1995, l’indépendance est un projet perdant. Il ne faut jamais sous-estimer les conséquences des défaites en politique. La stratégie « on fera mieux prochaine fois » a certainement atteint ses limites.

En contrepartie, les jeunes ont vécu les côtés sombres de la politique et cela a infiltré leur subconscient. Ils n’ont jamais connu un Québec autre que celui du déficit zéro, de la corruption, de la commission Charbonneau et de l’austérité. Bref, un Québec sans moyen, sans vision et sans rêve collectif. Difficile de convaincre à la nécessité d’un État souverain dans ce contexte.

Changer les choses, améliorer sa collectivité, se libérer des chaînes qui nous fatiguent et remettre en cause nos limites établies ne passent plus par la politique pour bon nombre de jeunes. L’indépendantisme québécois souffre présentement de cette désaffiliation des jeunes envers la politique active.

Mais, il y a des raisons encore plus profondes. Le projet indépendantiste, dans sa forme actuelle, ne répond plus aux préoccupations de la jeune génération, comme il le faisait dans les années 60 pour la génération montante, les baby-boomers.

La lutte aux changements climatiques, l’évasion et la justice fiscale, les relations que nous entretenons avec les peuples autochtones, l’égalité des sexes et des minorités sont des sujets rapidement évacuées au profit, trop souvent, d’un nationalisme plutôt défensif.

Un nationalisme qui tient davantage à sauvegarder ses acquis, ses valeurs et son identité plutôt qu’à faire rêver et à se projeter vers l’avant. Un nationalisme qui s’apparente beaucoup plus à celui des années 1930 et 1940 que celui de la Révolution tranquille. Et vous vous demandez pourquoi ce n’est emballant pour une jeunesse qui souhaite plus que jamais se projeter dans le reste du monde.

Certes, les partis indépendantistes abordent ces enjeux. Des déclarations de principes ont même déjà été signées, des déclarations adoptées, des programmes pensés et repensés.

Mais cela demeure que le lien entre ces nouveaux thèmes et l’indépendance ne se fait pas dans la tête des Québécois de moins de 35 ans.

La question suivante mérite d’être posée : est-ce que ce sont les jeunes qui ont tourné la tête à l’indépendance, ou est-ce que c’est l’indépendance qui ne sait plus comment répondre à leurs aspirations ?

Alors, tant et aussi longtemps que le projet indépendantiste ne redeviendra pas un moyen d’atteindre un idéal, d’améliorer concrètement la vie des gens et de devenir une société modèle, il continuera sa descente aux enfers en attendant l’arrivée magique des conditions gagnantes.

On ne peut tenir vivant bien longtemps un projet qui ne répond plus aux désirs des jeunes, et des prochaines générations.