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Come on, Catherine Dorion!

J’ai l’impression de m’être fait mener en bateau par la dernière vidéo virale de la députée de Taschereau...

Come on, Catherine Dorion!
Photo Simon Clark/Agence QMI

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J’ai l’impression de m’être fait mener en bateau par la dernière vidéo virale de la députée de Taschereau...  

  

Come on, Catherine Dorion!
MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Nathalie Roy, ou l’art de «faire du temps»  

Plusieurs d’entre vous, lecteurs, auront vu la dernière vidéo virale de Catherine Dorion. Plus d’un million de visionnements, c’est assez impressionnant. Je parle ici de ce montage réalisé par la députée qsiste d’une interpellation à l’Assemblée nationale entre cette dernière et la ministre caquiste Nathalie Roy à propos de la place de l’opinion dans le financement étatique des médias.  

  • Écoutez ci-dessous l'entrevue accordée par la ministre Roy au micro de Benoît Dutrizac sur la vidéo de Catherine Dorion

En gros, c’est le portrait.    

Par un savant montage, très bien réalisé d’ailleurs, Catherine Dorion dénonce le fait que souvent, trop souvent, l’Assemblée nationale est le théâtre de discours hyper programmés, une rigide langue de bois, qui se moque bien des réels débats, des discussions de fond.     

La députée de Taschereau conteste et dénonce le fait que le financement des médias, par l’État, puisse servir à payer des chroniqueurs, des «opineurs», ces gens déjà souvent grassement payés, selon elle (c’est vraiment juste le bout de l’iceberg qui l’est, croyez-moi).     

Soit, cela se défend, et cet angle de l’interpellation est fort pertinent.     

Le montage réalisé par la députée qsiste montre une ministre qui pérore, qui déblatère, qui parle dans le vide, qui «fait du temps», comme on dit. Tout pour ne pas répondre à la question.     

À un certain moment, selon le montage toujours, on voit Dorion qui (re)pose une question sur le fond, car elle ne trouve toujours pas de réponse dans le flot de mots que l’on présente de la ministre. Dorion ne prend pas tout le temps qui lui est imparti, et la ministre semble déstabilisée. Et repars à «faire du temps».     

Disons que la ministre n’est pas présentée ici sous son meilleur jour. Comme bien d’autres, j’ai été interpellé par cette vidéo. Car ce n’est un secret pour personne que cette pratique existe dans nos parlements et que le recours à la langue de bois est l’un des irritants les plus nauséabonds de l’exercice parlementaire.    

J’aurais dû me taper les deux heures de cette interpellation. Et ne pas me fier au montage de Catherine Dorion.    

  

Come on, Catherine Dorion!
Simon Clark/Agence QMI

Catherine Dorion s’assure de ne pas montrer le principal  

Sur le compte YouTube de la ministre Nathalie Roy, la dernière vidéo n’atteindra pas un million de visionnements. Même pas proche. Quand j’ai écouté les quelques minutes de cette vidéo, si le compte est bon, j’étais dans les 10 seuls à l’avoir fait.    

Il s’agit bien d’un extrait de l’interpellation à partir de laquelle «l’égérie sulfureuse de la gauche déjantée» a monté sa dernière vidéo.     

Toutefois, et c’est très important, on s’aperçoit que le montage a savamment évité deux extraits capitaux de cette longue discussion. Deux extraits qui, s’ils avaient été ajoutés, auraient «tué le buzz», comme on dit.     

Et ces quelque trois minutes de la discussion que la ministre Nathalie Roy a cru bon de rappeler portent, justement, spécifiquement sur le fond de la question.     

Catherine Dorion insiste, la ministre a refusé net de répondre à sa question, refusant même d’aborder le sujet...    

Eh bien, c’est faux. Archi-faux.   

Voici un extrait de l’interpellation que Catherine Dorion aurait dû mettre dans son montage SI elle avait été de bonne foi:     

«Je sais que ma collègue se concentre uniquement sur la chronique, mais l’interpellation est beaucoup plus large que ça lorsque l’on parle de la qualité de l’information au Québec. Et elle fait donc une différence entre le différent genre. Vous savez, je vais me permettre ici une petite parenthèse, que fait-elle des éditoriaux? Je pose la question. Car l’éditorial, la plupart du temps, reflète la position politique du propriétaire de presse. C’est de commune renommée. Et ça, c’est dans le but d’influencer! Et ça s’appelle un éditorial. Alors, j’aimerais qu’elle m’explique pourquoi un éditorial ce serait acceptable, mais pas la chronique, alors que c’est le même but... »     

Le Sac de chips a pris soin de faire le verbatim d’une autre portion de la réponse de la ministre, de ce bout que Dorion s’est bien gardée de mentionner:     

«La collègue nous parle des chroniqueurs et nous dit qu’il ne faudrait pas que les chroniqueurs soient payés. Ça me fait un petit peu sourire quand on connaît le passé de notre collègue de Taschereau, qui a été chroniqueuse pour Le Journal de Québec, pour L’Actualité, pour Le Carrefour de Québec [...] Alors, Madame la Députée, vous étiez bien heureuse d’être payée pour les chroniques que vous faisiez. Par ailleurs, vous dénoncez les chroniqueurs, vous dites: “les gens sont écœurés”. Êtes-vous en train de nous dire que les gens seraient écœurés de vous entendre si vous faisiez encore de la chronique? Et êtes-vous de celles qui seront à la fois juges du bon goût et nous dire quelles sont les bonnes chroniques et quelles sont les chroniques que nous ne devrions pas écouter?   

Parce que, pour ma part, Madame la Députée, j’aime bien écouter vos chroniques et des chroniques de tout chroniqueur, parce que je considère que les chroniques font partie également de la liberté d’expression. Et, lors de mon entrée en matière, Madame la Présidente, au début de ces deux heures, je disais que c’est agréable de pouvoir être ici et de débattre, parce que nous vivons dans une démocratie où il y a des piliers fondamentaux, c’est-à-dire l’information, le droit de l’information et également la liberté d’expression. Et, même si nous ne sommes pas d’accord et même si je ne suis pas d’accord avec les chroniqueurs, pour moi, la chronique fait aussi partie de la liberté d’expression et à certains égards de l’information.»    

Ce n’était peut-être pas suffisant pour la députée de Taschereau, et je le répète, sur le fond, celle-ci n’a pas tort, mais c’est faux de prétendre, comme elle le dit, que «jamais la ministre n’a prononcé les mots chronique, chroniqueur» ou que l’on n’a «jamais abordé le cœur du problème».     

Vous savez quoi? J’ai l’impression de m’être fait entuber par la députée Catherine Dorion. Comme la quasi-totalité des centaines de milliers de gens qui ont visionné son montage, je ne suis pas allé écouter toute l’interpellation.     

On s’aperçoit que la députée qsiste s’est bien assurée de couper au montage les extraits les plus importants. Et en fin de compte, en écoutant la réponse de la ministre Roy, je me rends compte que ce montage coupe aussi un élément essentiel de cette interpellation...     

Catherine Dorion inclut-elle vraiment l’éditorial dans ce qu’il est acceptable de financer, mais pas la chronique?     

Un bien beau montage qui tombe à plat quand on y ajoute les bouts les plus essentiels que la députée qsiste s’est bien gardée de montrer.