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La NFL a eu raison de Colin Kaepernick

La NFL a eu raison de Colin Kaepernick
AFP

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Encore un peu de sport et de politique ce matin. J’y ajoute une petite dose de débat sur la question raciale en m’intéressant au sort du quart-arrière Colin Kaepernick.  

Jeudi, le commissaire de la NFL, Roger Goodell, affirmait que, dans le dossier Kaepernick, la ligue avait tourné la page. Après avoir tenté de contourner le problème pendant deux ans, la ligue organisait le mois dernier un entraînement public à Atlanta. Pour Goodell, le quart-arrière obtenait une occasion en or de se faire valoir.     

Pourtant, Kaepernick a préféré s’abstenir, organisant en catastrophe sa propre séance. Pourquoi ne pas accepter l’invitation de la NFL? Les conditions imposées au joueur et aux équipes intéressées avaient toutes les allures d’un piège. Kaepernick a été informé de la possibilité après les journalistes. Le joueur était d’ailleurs sans nouvelles de la ligue depuis plus d’un an.     

Non seulement les délais de préparation étaient très courts, mais Kaepernick devait renoncer à une couverture en cas de blessure et accorder tous les droits d’enregistrement à la ligue (l’entourage du joueur ne pouvait filmer). Le joueur perdant tout contrôle sur le déroulement, il a préféré organiser en catastrophe une séance gérée par son seul entourage.     

La ligue organisait cet entraînement public pour tenter de démontrer que Kaepernick n’était pas la victime d’une collusion entre les propriétaires. Ce qui devait constituer une opération de relation publique finement ficelée a tourné en cirque. Pourtant, lors de son entraînement, le joueur a démontré qu’il était toujours en bonne forme et que son bras n’avait rien perdu de sa puissance. Évidemment, les exercices étaient effectués sans contact, et les conditions ne se comparaient en rien à celles d’un vrai match.     

Résultats de l’opération? Absolument rien. Pourtant, bien des experts et analystes avancent que Kaepernick est meilleur que la majorité des quarts substituts et supérieur à certains quarts partants.     

Kaepernick a osé défier la ligue par son attitude pendant les hymnes nationaux. Celui qui voulait sensibiliser au racisme et à la brutalité policière à l’endroit des Noirs aux États-Unis doit maintenant payer de sa carrière son soutien à la communauté. Plus personne ne croit qu’il effectuera un retour, et la déclaration du commissaire le confirme.  

On peut se demander si cette ligue majoritairement composée de joueurs noirs saura éventuellement s’ajuster. Si les propriétaires sont en mesure de mettre au pas celui qui fait de l’ombre à la ligue, y aura-t-il d’autres joueurs qui porteront le flambeau?     

Plusieurs amateurs de football ont déploré toute cette saga parce qu’à leurs yeux, on ne doit pas mélanger sport et politique. Comment peut-on oser gâcher leur divertissement hebdomadaire au nom d’un enjeu social? Ce qu’ils oublient trop facilement, c’est que le sport et la politique sont associés depuis toujours.     

Si vous demandez à être convaincu de la relation étroite entre les deux univers, je vous suggère la lecture de l’excellent bouquin de Dave Zirin intitulé Une histoire populaire du sport aux États-Unis. Vous y lirez des histoires fascinantes, mais aussi les embûches surmontées par des athlètes comme Joe Louis, Ali, Jackie Robinson, Wilma Rudolf ou Billie Jean King.