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Le négociateur créatif: sortir le chéquier pour régler les griefs d’équité salariale

Christian Dubé, président du Conseil du trésor
PHOTO Simon Clark Christian Dubé, président du Conseil du trésor

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Christian Dubé veut régler des dizaines de milliers de griefs à la faveur des employés de l’État pour les convaincre d’accepter son offre salariale, et souhaite offrir des horaires plus stables aux infirmières, des exemples selon lui de son approche créative dans les négociations avec le secteur public.  

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«Ils pourraient obtenir non seulement leurs paramètres salariaux, mais en plus, un beau chèque qui dirait: “Regarde, on a trouvé la façon de régler ça”», laisse tomber le président du Conseil du trésor en entrevue avec notre Bureau parlementaire.    

Il existe «des dizaines de milliers de griefs», liés principalement à des manquements au principe de l’équité salariale. En cas d’entente, M. Dubé pourrait sortir le chéquier, ce qui peut représenter «des sommes très importantes» pour certaines travailleuses.    

Depuis l’arrivée au pouvoir de la CAQ, M. Dubé a convaincu Montréal, pour le financement du tramway de Québec, et les médecins spécialistes de rouvrir des ententes déjà signées. Un exemple de solution créative: la création de l’Institut de la pertinence, qui élimine des actes inutiles pour faire des économies.    

Jeudi, les syndicats ont tiré à boulets rouges sur son offre de 7 % sur 5 ans, en dessous de l’inflation. Il offre toutefois plus aux préposés et aux enseignants. Mais M. Dubé veut aller au-delà du salaire et jouer «dans un carré de sable plus grand». Déjà, il offre un chèque de 1000 $ aux employés qui sont au sommet de leur échelle salariale.    

Le chef des négos  

Et il a les coudées franches. «Le premier ministre a décidé de donner la coordination de toutes les négociations au Conseil du trésor. Le mandat que j’ai est très clair. Même si c’est en éducation et en santé, ça se rapporte à moi», lance-t-il. Un décret ministériel a confirmé ces pouvoirs.    

Les forums destinés aux enseignants et aux préposés seront dirigés par ses collègues Jean-François Roberge à l’Éducation et Danielle McCann à la Santé, mais on lui fera rapport à toutes les deux semaines.    

Pour convaincre, il a d’autres atouts dans sa manche. En santé, «on va regarder le temps supplémentaire obligatoire», a-t-il dit. Il va voir ce qu’il peut faire «pour donner plus de stabilité» aux infirmières.    

Il y aura également une table sur la santé et l’absentéisme. Réduire ce fléau pourrait bénéficier aux fonctionnaires. «L’absentéisme, le coût des assurances, tout ce que ça implique, ce sont des centaines et des centaines de millions. Au-dessus de 500 M$. J’aimerais mieux le donner aux employés», a-t-il dit. Il est même prêt à inclure d’autres corps d’emplois, comme les techniciens en informatique ou les ingénieurs du ministère des Transports, dans les groupes prioritaires, si la demande est faite aux tables sectorielles.    

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Les échelons salariaux, une promesse ouverte  

La CAQ a promis en élections de faire sauter les quatre premiers échelons salariaux des enseignants, ce qui pourrait coûter entre 40 et 60 M$. Cette somme est prévue dans le 100 M$ qui servira aux besoins particuliers des profs et des préposés. Mais cette offre pourrait être modifiée à la demande des syndicats qui seront présents au forum sur l’éducation. «Si la Fédération autonome de l’enseignement dit: trois paliers, c’est suffisant, et le reste de l’argent on le veut ailleurs, on peut bouger. C’est ça l’écoute», a-t-il dit.    

Se tourner vers les anciens  

Christian Dubé s’est tourné vers des modèles comme Lucien Bouchard et Monique Jérôme-Forget pour s’inspirer. «Monique a été sept ans au trésor. J’ai beaucoup appris d’elle. Pas tellement au niveau des chiffres, mais dans l’approche, l’écoute», a-t-il dit. Quant à Lucien Bouchard, M. Dubé a eu affaire récemment avec son «mentor» puisque l’ancien premier ministre représentait les médecins spécialistes. Une fois l’entente conclue, M. Bouchard a visité son bureau. «Pour les gens de mon cabinet, c’est comme si le pape était rentré», a-t-il dit. L’homme derrière le «déficit zéro» lui a dit «d’écouter beaucoup au début».    

Conscient de l’affrontement  

Lorsqu’il a négocié avec des syndicats français, comme patron chez Cascade, il a connu des «feux de pneus» dans des cours en usine. «Je suis prêt à prendre la chaleur», a-t-il dit. Il s’attend à des affrontements. Les syndiqués ont vertement critiqué ses offres. Il connaît déjà les embûches qui l’attendent, comme le principe de relativité salariale. Dans son war room, les murs sont tapissés des priorités à abattre. «J’ai un kaizen d’amélioration d’usine, c’est tout collé sur les murs», a-t-il indiqué.    

L’absence de front commun donne raison à Dubé  

Pour la première fois, il n’y a pas de front commun chez les syndicats. «Ils ont réalisé que c’était important pour nous de faire une offre différenciée. Au lieu de se regrouper, comme ils le font à l’habitude, eh bien, ils se disent, on va aller voir ce qu’ils ont à (nous) dire», a expliqué Christian Dubé.