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Deux façons de faire de la politique

Quand la partisanerie et la solidarité se croisent à deux jours d’intervalle.

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En début de semaine dernière, deux événements à quelques jours d’intervalle montraient à la fois le plus fatigant et le plus utile de la politique. La politique qui change le monde et la politique qui repousse.  

Le premier événement, c’était le bâillon de samedi dernier pour faire adopter le projet de loi 34 sur les trop-perçus d’Hydro-Québec. C’était la troisième fois en six mois que la CAQ suspendait les règles parlementaires et utilisait le bâillon.      

Au-delà du bien-fondé ou non du bâillon, c’était un exercice de pure partisanerie, où le gouvernement a bricolé un projet de loi pour satisfaire une promesse déjà irréalisable et hyper électoraliste à la base.       

Les partis d’opposition le savaient très bien. Les attaques étaient frontales, acrimonieuses. On a qualifié le projet de loi de «fiasco», de «bullshit», d’un «cadeau à Hydro-Québec», de «mensonge» et on a même dit que le gouvernement permettait aux patrons d’Hydro-Québec de continuer «d’arnaquer les gens sans se fatiguer».       

Ces déclarations provenaient de tous les partis politiques, sans exception. La partisanerie n’a indéniablement pas de couleurs.      

Bref, c’était le type de journée où l’on est désespéré par ce qui se passe à l’Assemblée nationale. Le type de journée qui décourage le citoyen à s’engager, à participer, à prêter attention, et qui alimente surtout le discours cynique et injuste du «sont tous pareils».       

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Le deuxième événement, deux jours plus tard, était aux antipodes du premier. Positif, collaboratif et utile. Il réunissait Véronique Hivon du PQ, Christine Labrie de QS, Hélène David du PLQ et Sonia Label de la CAQ.       

Le but? Trouver des solutions pour accompagner les victimes de violences sexuelles, trop souvent prises dans les dédales administratifs et juridiques qui ouvrent les plaies au lieu de les refermer.       

Trouver également des solutions pour régler le fait que seulement une agression sur 20 est rapportée à la police, que moins de 20% des plaintes ne se traduisent pas en accusation, que moins de 10% des plaintes retenues finissent par une condamnation, et qu’il s’agit du seul crime violent dont le taux n’est pas en baisse depuis 1999.       

Enfin, trouver des solutions pour rediriger les victimes vers d’autres solutions que la poursuite criminelle classique, comme la justice réparatrice, les services en psychothérapie ou une poursuite civile.      

Et ces élues ont finalement débouché sur une initiative: un projet-pilote de 2,6 millions confié à l’admirable OBNL Juripop, pour aider gratuitement les victimes de partout au Québec. Une initiative qui, nous dit-on, est le début d’une stratégie beaucoup plus large pour aider les victimes dans la foulée du mouvement #MeToo. Du moins, on l’espère.       

Les deux événements étaient comme grossis à la loupe. D’un côté, des politiciens qui se battent inutilement dans un ring, et de l’autre, le côté le plus noble de la politique. Celui qui sème le beau, l’utile et améliore la vie des gens et de la collectivité.      

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Le projet, comme le disait Hélène David, en est un qui est l’avant-garde pour protéger et conseiller les victimes de violences sexuelles.       

Comme quoi, au Québec, en matière de politiques sociales – que ce soit les COFIS (les jeunes en bas de 35 ans, allez voir sur Google), les CPE, les CLSC, l’aide médicale à mourir, l’économie sociale, le logement social et bien d’autres –, nous pouvons être fiers de nous.      

Et cela, on semble souvent l’oublier. Surtout quand on se définit collectivement comme peuple. On se dit fier de nos valeurs, de nos artistes, de nos réussites entrepreneuriales, du fait qu’on est consensuel et pacifique, mais nous oublions toujours nos nombreuses politiques sociales qui créent des solidarités entre nous.      

À ce propos, il faut, me semble-t-il, noter que ce genre de politiques sociales est quasiment toujours instauré par des femmes.       

Après tout, ce sont Pauline Marois et Nicole Léger qui ont créé de toute pièce les CPE, c’est Véronique Hivon qui a fait pivoter la loi «Mourir dans la dignité», et ce sont finalement quatre politiciennes qui ont mis sur pied ce projet-pilote.      

Sans cantonner les hommes et les femmes dans des comportements distincts, reconnaissons tout de même la propension des femmes en politique à travailler de concert et à porter à bout de bras les avancées sociales au Québec.      

Au Québec, récemment, ce sont la plupart du temps elles qui ont laissé de côté leurs gants de boxe pour travailler en collaboration et faire avancer le Québec. C’est le type de façon de faire qui donne envie d’y prêter l’oreille.      

Quand on voit qu’en Finlande la nouvelle première ministre de 34 ans, Senna Marin, mène une coalition de quatre partis dirigés par des femmes, que les ministres de l’Économie, de l’Éducation et de l’Intérieur sont également des femmes, on se dit qu’on a encore du travail à faire.      

Ici, quatre chefs (ou porte-parole) sur cinq de partis provinciaux sont des hommes, et parmi le gouvernement caquiste, les ministères névralgiques des Finances, de l’Économie, du Conseil du trésor et de l’Éducation sont tous dirigés par des hommes.      

Ah, et à Ottawa, tous les chefs de partis sont également des hommes.       

On a encore beaucoup de travail à faire.