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Donald Trump dans l'histoire

Donald Trump dans l'histoire
MIGUEL G. SAAVEDRA

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Depuis que j’ai commencé à nourrir ce blogue, à maintes occasions j’ai effectué des comparaisons entre Donald Trump et ses prédécesseurs.  

Lorsque je procède à l’examen de l’administration actuelle, j’en arrive presque toujours à la même conclusion: elle ne correspond en rien à ce que les États-Unis ont traversé avant. Vous pouvez considérer cette affirmation comme positive ou négative, mais les faits sont là.   

Quand je m’avance ainsi, je le fais rarement en m’appuyant sur mes seules connaissances ou ma seule expérience. Soucieux de confronter mes conclusions, je m’intéresse à ce que les historiens américains produisent comme analyses.    

Joseph Ellis est un historien dont j’aime bien m’inspirer. Gagnant d’un Pulitzer pour un ouvrage sur les Pères fondateurs (Founding Brothers), il partageait sa vision de l’administration actuelle sur le site de CNN plus tôt cette semaine. Pour Ellis, il n’y a aucun doute, si tous les présidents ont essuyé des critiques sur leur gestion du pays, Donald Trump se trouve dans une catégorie à part.   

En plus de son propre argumentaire, Ellis ajoute une référence à un ouvrage qui me semble incontournable dans le contexte actuel. Il s’agit de Presidential Misconduct: From George Washington to Today. Il s’agit d’une réédition qui fut d’abord le fruit d’un collectif d’historiens sous la direction de Comer Vann Woodward.   

Le livre fait autorité sur la question. On y découvre que les Américains entretiennent une relation trouble avec la fonction présidentielle et que tous les prédécesseurs de Donald Trump ont composé avec des critiques très sévères, et que tous se sont fait reprocher des abus de pouvoir, de la corruption, ou d'avoir brisé leur serment. Même George Washington a goûté à la médecine de ses opposants. Une fausse nouvelle voulant qu’il soit un agent double britannique a circulé pendant un moment.   

Ce survol de toutes les administrations démontre brillamment que malgré une peur maladive d’un retour à la monarchie, la partisanerie ou les orientations idéologiques différentes, le recours à la procédure de destitution est extrêmement rare. Accuser et destituer un président est difficile, ce qui correspond à la volonté des Pères fondateurs. Donald Trump deviendra cette semaine le troisième président seulement à être formellement accusé.    

Il est cependant important de faire remarquer qu’on menace plus souvent d’y recourir depuis la seconde moitié du 20e siècle. Richard Nixon a évité la destitution en démissionnant et Bill Clinton y a survécu en 1998. En considérant le vote contre Trump, deux des quatre derniers présidents y auront été confrontés.    

Si tous les présidents ont subi les rumeurs, les attaques ou, rarement, la procédure de destitution, qu’est-ce qui distingue Donald Trump des autres, selon Ellis? La gravité des fautes reprochées. Ce qu’on reproche à Trump c’est de s’être comporté comme un monarque, un président au-dessus des lois. Ellis est également troublé par le nombre élevé de pistes qui conduisent à Vladimir Poutine depuis le début de cette présidence. Les fameuses déclarations de revenus que le président refuse obstinément de produire permettraient-elles de faire la lumière sur cette situation?   

Après les services de renseignements, les employés de l’État, les diplomates de carrière et les constitutionnalistes, les historiens s’entendent également pour considérer comme dangereuse et anormale cette présidence. Pour ceux et celles qui croient toujours au complot, ça fait pas mal de conspirationnistes à gérer. Ne me répondez pas que ces gens représentent des élites. Depuis quand est-ce mal d'étudier et de développer une expertise?   

En début de semaine, je refusais de comparer Trump à Hitler, ça ne m’empêche pas cependant de croire que l’homme n’est pas la solution aux défis américains du 21e siècle et qu’il représente bel et bien un danger. Le lien pour le texte d'Ellis ici.