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L’art de faire perdurer les problèmes

Christian Dube
Photo d'archives, Simon Clark Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, en entrevue sur les négociations avec le secteur public, jeudi dernier.

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Le président du Conseil du trésor, Christian Dubé, se dit créatif dans l’art de la négociation et voudrait innover dans les solutions à proposer aux employés de l’État.

Le dépôt patronal, fait cette semaine en non-réponse aux demandes syndicales, montre plutôt des parties rejouant le même psychodrame auquel les négociations du secteur public nous ont habitués.

Des demandes syndicales exorbitantes et des offres gouvernementales insultantes sont les prémisses observées à presque toutes les rondes de négociation depuis le milieu des années 1980. Cependant, l’histoire nous apprend qu’après quelques mois de discussions et d’âpres luttes, il surgit un règlement où la satisfaction des parties s’avère mitigée.

Aussi, beaucoup de travailleurs demeurent avec un goût amer de l’aventure en ayant le sentiment que leurs problèmes persisteront. Il s’ensuit alors la morosité, l’épuisement, la désertion professionnelle et la faible attraction pour certains métiers du secteur public.

Faible crédibilité

Si Martin Coiteux donnait l’air d’un poltron à la seule écoute de lui-même, Christian Dubé fait plus baveux en baignant dans l’argent et en se montrant radin. 

Le président du Conseil du trésor a eu droit à une prime de rendement d’un million de dollars pour ses huit derniers mois de travail à la Caisse de dépôt et à une pension annuelle de 57 000 $ en la quittant après quatre ans. Un enseignant a droit à une telle rente après 35 ans de service !

Les finances publiques sont toutes aussi prolifiques que les finances personnelles de monsieur Dubé, mais cela ne l’empêche pas d’être pingre et de vouloir attiser la concurrence entre les employés de l’État en promettant plus à certains qu’à d’autres. Pire, son offre maintient le sommet des échelles salariales grandement en deçà de l’inflation. 

Le président du CT est loin de manifester le même souci avec ses travailleurs qu’avec les médecins spécialistes. Il a réglé avec la FEMSQ sur la base de la parité avec les autres provinces, mais se montre rébarbatif à offrir cette parité pour les employés de l’État.

Perdant-perdant

Les demandes syndicales sont effectivement exorbitantes. Elles sont toutefois le fruit de consultations et du cumul des problèmes rencontrés par leurs membres. La plupart des demandes ne trouveront pas écho aux tables de négociation et seront ramenées avec de nouvelles exigences dans les rondes suivantes. Elles paraîtront alors encore plus déraisonnables et non acceptables pour l’employeur, avec les frustrations mutuelles conséquentes. 

En s’amorçant selon les rites habituels, ces négociations devraient confirmer l’aphorisme attribué erronément à Einstein : « La folie, c’est de répéter les mêmes erreurs en espérant obtenir un résultat différent ». Peut-on croire qu’en quelques semaines, tous les cinq ans, les parties négociantes puissent apporter les ajustements nécessaires à l’efficience des institutions et au bien-être des travailleurs ? C’est mission impossible !

La centralisation excessive opérée par l’État et la durée des conventions collectives éloignent les parties de solutions adaptées aux réalités des différents milieux au moment opportun.