/opinion/columnists
Navigation

​Un feu roulant à Ottawa

Coup d'oeil sur cet article

La session parlementaire fédérale qui s’est terminée vendredi a été aussi brève que mouvementée. Entre le départ fracassant d’Andrew Scheer, la signature de l’ALÉNA 2.0 et l’étonnante tenue du Bloc Québécois, les couloirs du parlement à Ottawa ont grouillé d’activité. À cela s’ajoutent les jeux de coulisses inhérents au gouvernement minoritaire en place. Voici un bilan des partis fédéraux.  

Marketing libéral 

Photo Chantal Poirier

Comme en 2015, les libéraux de Justin Trudeau ont profité de leurs premiers jours au pouvoir pour annoncer une baisse d’impôt. Un coup de maître, du point de vue de l’image. Lorsqu’on y regarde de plus près, l’allègement fiscal aura un impact limité dans le portefeuille des familles canadiennes, qui auront l’équivalent d’à peine deux cafés par semaine de plus dans leurs poches. Cette mesure creusera le déficit structurel de plusieurs milliards de dollars. Un coup de marketing politique cher payé. Le départ d’Andrew Scheer à la tête du Parti conservateur simplifie les choses pour les libéraux de Justin Trudeau, du moins à moyen terme. Le premier ministre aura le loisir de mettre de l’avant son programme sans craindre des élections. 

Le Bloc en contrôle

Photo Agence QMI, Steve Madden

Le Bloc Québécois doit à intervalles réguliers justifier sa pertinence à Ottawa. Dans les dernières semaines, force est de constater que le parti souverainiste a su se montrer utile. D’un point de vue des politiques, le Bloc a défendu l’aluminium québécois et milité pour des prestations d’assurance-emploi plus généreuses pour les personnes touchées par le cancer. D’un point de vue du jeu parlementaire, le Bloc a rapidement appuyé le discours du Trône, sans faux-fuyant, coupant court aux vaines spéculations à savoir si le gouvernement libéral minoritaire survivrait à son premier test. Un geste aussi étonnant que rafraîchissant. Seule ombre au tableau, le chef Yves-François Blanchet a perdu patience à quelques reprises face aux questions des journalistes. Il nous avait habitués à plus de mesure.

Les conservateurs en reconstruction 

Photo AFP

Avec le départ d’Andrew Scheer, le Parti conservateur se cherche un nouveau chef, mais aussi une nouvelle identité. Plusieurs au sein du parti croient qu’il est temps de faire plus de place aux progressistes-conservateurs (à droite sur les questions économiques, pas nécessairement sur les questions morales). Sous l’égide de M. Scheer, la formation politique a été identifiée davantage aux conservateurs sociaux, antiavortement et contre le mariage gai. Or, ces questions ont complètement plombé la campagne de M. Scheer. Plusieurs en ont pris bonne note, particulièrement au Québec et en Ontario. Cela étant dit, les courses à la direction sont hautement imprévisibles. En 2017, les candidats « vedettes » de la famille conservatrice sont restés à la maison. Maintenant que Justin Trudeau a perdu de sa superbe, auront-ils le courage de se lancer ? 

Le NPD pris en souricière  

Photo Sarah Bélisle

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, a vite constaté les limites de son pouvoir de négociation au sein de ce parlement minoritaire. Le discours du Trône était à peine prononcé que le Bloc Québécois décidait de l’appuyer, coupant ainsi l’oxygène au NPD. De façon générale, le parti a été plutôt absent des débats. Où étaient les néo-démocrates lorsque bloquistes et conservateurs ont fait cause commune en faveur de l’aluminium québécois ? Si on en croit le discours du Trône, qui énonce les grandes priorités du gouvernement, les libéraux continueront de chasser sur les terres du NPD, à gauche. Les néo-démocrates devront se montrer habiles s’ils veulent éviter de se faire manger la laine sur le dos. Plus habiles qu’ils ne l’ont été dans les dernières semaines.