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Une engelure changera le destin d’un camionneur

Un problème de chauffage sur un long trajet a failli forcer l’amputation de son pied

Gilles Rheault
Photo Magalie Lapointe Gilles Rheault sur son lit d’hôpital dans les Laurentides hier, là où il restera pendant plusieurs mois sans savoir s’il sera en mesure de reprendre ses activités normales.

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Un camionneur du Centre-du-Québec qui songeait à prendre sa retraite craint de perdre l’usage de sa jambe droite après avoir conduit un camion à des températures ressenties d’environ -28 degrés Celsius sans chauffage pendant plusieurs heures en revenant du Manitoba.   

« Je souffre physiquement et mentalement. J’ai peur de perdre ma jambe. Tous les soirs, je pleure 15 minutes. J’ai peur de l’avenir », confesse le camionneur Gilles Rheault, sur son lit d’hôpital.  

 Âgé de 53 ans, il conduit des poids lourds depuis 33 ans.   

Dans le jargon des camionneurs, il fait du coast to coast. Il part de Montréal et peut se rendre jusqu’à Vancouver avec un camion réfrigéré.  

Marié depuis le mois de septembre, il rêvait de s’arrêter en décembre pour un temps indéterminé.   

Retraite ou semi-retraite, il n’était pas encore décidé.   

Voilà pourquoi il avait planifié un voyage de 21 jours dans le sud avec son amoureuse.   

Or, il y a trois semaines, alors qu’il quittait l’arrondissement LaSalle avec le camion de la compagnie, il a remarqué un bris du système de chauffage.   

À ce moment, son employeur aurait dit au camionneur de prendre la route et de s’arrêter si jamais le problème s’aggravait.  

Se réchauffer dans la cabine  

Après avoir roulé pendant plusieurs heures, l’entreprise de M. Rheault l’a autorisé à arrêter dans un garage pour faire réparer le camion.   

Ce qu’il a fait, en Ontario. Malheureusement, à peine trois heures plus tard, le chauffage cessait à nouveau.  

 « Pendant les 12 heures de route, j’arrêtais, j’allais en arrière dans ma cabine, là où je pouvais me réchauffer. Puis, je remettais ma tuque, mes grosses bottes, mon gros manteau d’hiver et je repartais », explique-t-il.  

Selon le camionneur, jamais la compagnie pour laquelle il avait été engagé n’a accepté qu’il s’arrête dans un motel.   

On lui aurait demandé d’aller chercher une cargaison de 600 000 œufs à Winnipeg et de revenir ensuite.  

Souffrant d’engelure, le camionneur du Centre-du-Québec avait imploré sa femme d’appeler les autorités si elle n’avait de nouvelles de son mari.   

Jambe grosse comme un ballon  

On voit un drain qui a été installé dans son talon.
Photo Magalie Lapointe
On voit un drain qui a été installé dans son talon.

« J’avais mal à la jambe droite. À partir du genou jusqu’à mon pied c’était gros comme un ballon de football. Je ne pouvais pas enlever ma paire de jeans », décrit l’homme blessé.  

Le 28 novembre, six jours après avoir quitté Montréal, toujours sans chauffage, le camionneur a décidé que sa vie valait plus cher que les 600 000 œufs.  

Il a composé le 911. À l’hôpital de Dryden, en Ontario, il a subi trois opérations et on lui a enlevé une partie de son talon.  

Depuis son transfert en avion au Québec il y a quelques jours, rien ne le rassure. Tout ce qu’il espère c’est que la pompe installée à son pied qui draine le sang puisse être assez efficace pour empêcher l’amputation.  

« J’espère que mon histoire fera bouger les choses. Peut-être qu’un jour la population va finir par comprendre le travail d’un camionneur », poursuit-il.