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Du respect pour l'Est

Le F.-A.-Gauthier qui devait recommencer à relier Matane à Baie-Comeau et Godbout avant Noël fera encore attendre les gens de l’Est-du-Québec.

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Ainsi, le F.-A.-Gauthier qui devait recommencer à relier Matane à Baie-Comeau et Godbout avant Noël fera encore attendre les gens de l’Est-du-Québec. Le traversier, qui a été livré avec d’importants dépassements de coût et dont le vaudeville d’avaries nous a jusqu’ici coûté plus de 60 millions $, a encore des problèmes de moteurs.   

Ça fait plus d'un an que ça dure.   

La Gaspésie et la Côte-Nord, c’est peut-être loin (je suis certain que j’ai déjà perdu des lecteurs), mais pas assez pour rester sourd à la frustration d’une population qui a besoin de ce lien essentiel à l’approche des Fêtes, autant pour son économie que pour permettre aux familles de se réunir.    

Priorité électorale  

Quand on parle de la désaffection du Québec francophone à l’endroit du Parti libéral, on évoque beaucoup la question identitaire, à raison. Pourtant, il faudrait également penser au formidable mépris qu’on a souvent eu pour les régions, et ce dossier en témoigne éloquemment .    

La Société des traversiers du Québec qui gère ces services était devenue un dépotoir à nomination politique pour les amis les moins brillants du PLQ. Ces incapables ont opté pour un système de propulsion inadéquat pour un tel équipement, un choix qui empêchait en plus les chantiers navals québécois et canadiens de soumissionner. On a plutôt donné le contrat à un constructeur italien qui ne connaissait rien de la navigation en eau glacée. Les collègues de l’émission Enquête ont démontré que de nombreuses malfaçons ont été constatées sur le chantier, mais que les patrons ont préféré faire la sourde oreille et prendre la livraison du citron. On les avait nommés là pour les récompenser, pas pour les faire travailler, quand même.   

Sérieusement, il y en a qui s’en tirent à très bon compte.   

Pendant ce temps, le ministre François Bonnardel s’arrache les cheveux de la tête et voudrait certainement voir disparaître ce dossier de son champ de vision. Sauf qu’alors que la traverse Baie-Sainte-Catherine–Tadoussac connaît aussi des ratés et que la Côte-Nord se mobilise pour avoir un pont sur le Saguenay, son chef juge le projet irréaliste. Il s’était pourtant engagé dans la dernière campagne à mettre en place un bureau de projet, lequel ne fait rien jusqu’à présent.    

À la CAQ, on a plutôt choisi de travailler sur un 3e lien à Québec qu’on construira à n’importe quel prix. Il y a manifestement là l’expression d’une priorité, électorale, cela s’entend. Il y a plus d’une dizaine de circonscriptions à Québec et à Lévis, mais il n’y en a que deux sur la Côte-Nord.   

Bref, les libéraux ont fait des choix qui ont contribué à enclaver l’Est-du-Québec. Les caquistes s’assurent que la situation perdure.   

Mépris  

À un moment donné, il va falloir se demander si on veut l’occuper ou pas, notre territoire. Les gens du Bas-Saint-Laurent, de la Gaspésie et de la Côte-Nord paient des impôts eux aussi et, non, un nouveau pont à Québec ne changerait rien à leur vie. Prétendre le contraire avoisine le mépris. Il faut vraiment mal connaître sa géographie pour penser que gagner 20 minutes sur un trajet de plus de 9 h apparaîtra un jour plus avantageux qu’une traversée de 2 h.   

Une autoroute 20 prolongée jusqu’à Rimouski puis un jour à Mont-Joli; une 138 qui serait autre chose qu’un pointillé; une évaluation sérieuse du projet de pont sur le Saguenay et une liaison maritime de nouveau fiable, c’est le respect minimal que l’Est mérite. Sauf qu’à voir la priorité accordée au troisième lien et la difficulté à mettre à l’eau un bateau qui a du bon sens, ce n’est pas demain la veille que ça va arriver.