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Les grands centres commerciaux ne sont pas morts

Selon une étude, la bouffe et le divertissement leur donneront un second souffle pour plusieurs années

Promenades St-Bruno
Photo Courtoisie Le nouveau marché alimentaire des Promenades Saint-Bruno coûtera 67,5M$ à son propriétaire, Cadillac Fairview. Il regroupera des «producteurs artisanaux et spécialisés» (boucherie, fromagerie, pâtes), des restaurants, une terrasse et un espace extérieur conçu pour accueillir des agriculteurs.

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Les grands centres commerciaux du Québec sont loin d’avoir dit leur dernier mot, misant sur de nouvelles expériences de destination comme la bouffe et le divertissement pour attirer de nouveaux clients.  

«On constate que les centres commerciaux importants sont en train de se redéfinir comme des mini centres-villes avec de bons restaurants, des grands cafés, des centres de yoga, des espaces de travail et des tours de condos à proximité», observe l’analyste et vice-président de la firme de marketing numérique Absolunet, Charles Desjardins.  

Selon ce dernier, le modèle classique du bon vieux centre d’achats où le magasinage se voulait l’activité principale est révolu. «On parle davantage d’un milieu de vie et d’un milieu d’expériences», précise-t-il.  

Aux États-Unis, avec des pieds carrés à très bon marché, les grandes entreprises pensent maintenant à relocaliser leurs employés dans des centres commerciaux. Par exemple, Google relocalisera des milliers d’employés au Westside Pavilion de Los Angeles, créant ainsi un hub dynamique et une densification instantanée dans ce centre commercial en perte de vitesse.   

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Des investissements massifs   

Au Québec, les grands propriétaires de centres commerciaux ont compris cette tendance en injectant des dizaines de millions de dollars pour se moderniser.  

Aux Promenades Saint-Bruno, en banlieue de Montréal, Cadillac Fairview investira 67,5 millions $ dans un nouveau marché alimentaire qui fera place l’an prochain aux produits artisanaux et spécialisés.  

Aux Galeries de la Capitale, à Québec, un projet de galeries gourmandes de plus de 16 millions $ vient d’ouvrir ses portes. Une vingtaine de marchands spécialisés offrent charcuteries, viandes, fromages, poissons, fruits de mer, pâtisseries, etc.    

D’ici 10 ans, le Groupe Oxford croit que les investissements pourraient atteindre les 100 millions $ aux Galeries de la Capitale avec un projet d’hôtel et de complexe multifonctionnel (condos et bureaux).  

LES 10 TENDANCES À SURVEILLER EN 2020, SELON ABSOLUNET  

1. Amazon arrêtera d’être inarrêtable  

Des failles commencent à apparaître dans l’armure auparavant impénétrable d’Amazon. Les grandes marques se rendent compte qu’elles n’ont pas besoin du géant du web. Des voix s’élèvent pour dénoncer les pratiques anticoncurrentielles d’Amazon, et d’autres marques commencent à mettre en doute la valeur et le coût de leur collaboration avec le détaillant en ligne de Seattle. Le mois dernier, Nike a annoncé la fin de son association avec Amazon et a décidé de retirer tous ses produits de la plateforme. De nombreuses grandes marques accusent également Amazon de créer un marché noir de produits contrefaits.  

2. La renaissance des centres commerciaux  

Travailler, vivre, s’amuser: les centres commerciaux renaissent en tant que centres urbains. Qu’il s’agisse d’espace de travail partagé ou de divertissement, les destinations qui placent l’expérience et le trio «travail, vie, loisirs» au cœur de leur mission remplaceront les centres commerciaux. Les établissements connectés deviennent des destinations épicuriennes. Les espaces de restauration avec chefs connus, les bars à sushis et les cafés branchés représentent maintenant 25% de la superficie des centres commerciaux de classe A.  

3. Votre virée en magasin jumelée à vos données  

La reconnaissance faciale et le suivi des appareils convertissent les visites en magasin en données précieuses. Si le détaillant en ligne peut analyser le comportement des utilisateurs sur leur site, les établissements physiques peuvent utiliser le WiFi, les capteurs, les bornes RFID et plus encore dans le même but. L’objectif est d’identifier les zones à haute fréquentation, les produits négligés, les temps d’arrêt et même le mouvement des produits des rayons à la salle d’essayage.  

4. La guerre de la livraison  

L’année 2020 sera un moment décisif pour «l’expédition rapide et gratuite». Amazon veut faire de la livraison une option pour chaque commerçant. Amazon, qui a été le pionnier de la livraison gratuite le jour même, permettra aux marchands concurrents de proposer la même chose à leurs clients... en devenant leur transporteur. On peut donc s’attendre à voir beaucoup de logos d’Amazon sur les véhicules de livraison.  

5. Vos données sont à vendre  

On assiste à l’ascension du Privacy by Design et les consommateurs choisissent les marques qui auront accès à leurs informations. On passe d’une ère où les marques et les commerçants tentent de mettre la main sur beaucoup de données à une autre où les deux parties participent à un échange de valeur.   

6. La Chine s’en vient  

Plus de 42% des transactions en ligne dans le monde se font en Chine. Les Chinois utilisent le paiement mobile à 100%. L’influence chinoise se fera bientôt sentir partout sur la planète. Les consommateurs et les technologies chinoises commencent à s’aventurer au-delà de leurs frontières.  

7. La distribution d’abord  

Le traitement des commandes et la logistique sont le nouveau champ de bataille du consommateur. La livraison gratuite et rapide (moins de trois jours) est devenue la norme. Les détaillants investissent dans les centres de distribution axés sur le numérique afin de répondre à la pression liée au traitement rapide des commandes. La Maison Simons a investi plus de 100M$ dans son centre de distribution à Québec.  

8. Trop de pub en ligne  

Les marques et les détaillants commencent à regarder au-delà du duopole Google/Facebook pour annoncer. Les Américains voient entre 4000 et 10 000 publicités par jour (contre 500 dans les années 1970). Il devient de plus en plus coûteux et inefficace d’interrompre les consommateurs sursollicités. Les marques et les commerçants créent des contenus et des expériences différentes plus subtiles et intégrées.   

9. Se faire livrer au frigo  

Après l’expédition gratuite en deux jours, en 24 h et le jour même, nous voyons émerger la livraison directement dans le coffre de la voiture, dans le garage ou encore dans le réfrigérateur du consommateur. Ces méthodes de livraison visent à rendre les achats d’épicerie plus faciles, voire plus sûrs, ainsi qu’à réduire le vol de colis.  

10. Vos courriels deviendront des pages web interactives  

Il sera de plus en plus facile de naviguer à même la boîte de réception de vos courriels. Par exemple, le statut de livraison d’un produit acheté sur le web se mettra à jour automatiquement. Home Depot utilise déjà des courriels interactifs pour envoyer des demandes d’évaluation de produits.   

Les ventes en ligne vont doubler d’ici quatre ans  

Les revenus en ligne des détaillants et des grandes marques devraient doubler d’ici 2023 au Canada pour atteindre 20% de leurs ventes totales. L’an dernier, les ventes en ligne ont généré 10% des revenus totaux des commerçants au Canada.  

Selon la firme eMarketer, les achats en ligne effectués par les consommateurs canadiens devraient franchir la barre des 108 milliards de dollars en 2023, dans à peine quatre ans.  

«À l’échelle du Canada, c’est un dollar sur dix qui transige de manière numérique dans le commerce du détail, hissant le pays presque ex aequo avec les États-Unis (10,7%)», signale Charles Desjardins de la firme de marketing numérique Absolunet.   

Au Québec, le géant du web Amazon continue de dominer, alors que 44% des consommateurs qui magasinent en ligne le font sur sa plateforme chaque mois. Amazon devance ainsi de très loin ses concurrents sur le web, eBay (9%), Walmart (5%), La Baie (4%), Wish (3%), Best Buy (2%), Chapters/Indigo (2%), La Maison Simons (2%) et Costco (2%), selon des données compilées par le Centre facilitant la recherche et l'innovation dans les organisations (CEFRIO).  

Chaque fois qu’ils transigent sur la plateforme d’Amazon, les cyberacheteurs québécois réalisent des transactions d’une valeur moyenne de 112$.  

Le commerce de détail au Québec   

  • 132,4 milliards $: ventes totales des détaillants en 2019  
  • 30% des ventes réalisées dans le secteur automobile  
  • 22% des ventes réalisées dans le secteur de l’alimentation  
  • 510 000 travailleurs salariés et autonomes    

 Source: Conseil québécois du commerce au détail (CQCD)