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Un ex-policier pourrait avoir fait une centaine de victimes

Un conseiller municipal de Longueuil veut que les gens continuent de dénoncer

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La police de Longueuil a identifié 16 nouvelles victimes potentielles d’un ex-policier soupçonné d’agressions sexuelles, un nombre qui pourrait continuer d’augmenter jusqu’à la centaine, selon un des plaignants.  

 Plusieurs langues se sont déliées depuis l’arrestation de l’ex-policier du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) François Lamarre, le 3 décembre dernier, pour des crimes sexuels. Il aurait agressé quatre garçons âgés de 9 à 16 ans, entre 1972 et 1997, dans l’arrondissement Greenfield Park, à Longueuil. À l’époque, il était entraîneur au hockey mineur.    

 « Les enquêteurs croient, au moment où on se parle, avoir identifié 16 potentielles nouvelles victimes, et croient qu’il pourrait y en avoir beaucoup d’autres », souligne le sergent Patrick Barrière du Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL).    

Le conseiller municipal de Longueuil Wade Wilson affirme avoir été agressé une douzaine de fois par Lamarre il y a 45 ans, mais il ne fait pas partie des quatre dossiers initiaux.     

Le conseiller municipal  de Longueuil Wade Wilson, photographié dans son bureau hier, aurait été agressé sexuellement par l’ex-policier François Lamarre.
Photo Agence QMI, Steve Madden
Le conseiller municipal de Longueuil Wade Wilson, photographié dans son bureau hier, aurait été agressé sexuellement par l’ex-policier François Lamarre.

Il a porté plainte à la police mercredi dernier et estime qu’effectivement, cela ne pourrait être que la pointe de l’iceberg.    

« Je suis certain qu’il n’a pas commencé avec moi ni arrêté avec moi. Je ne serais pas surpris qu’il y ait plus d’une centaine de victimes au total », mentionne-t-il, soulignant à quel point Lamarre était toujours entouré d’enfants.     

D’autres plaignants avec qui Le Journal s’est entretenu, mais qui ont préféré garder l’anonymat, ont abondé dans le même sens.    

D’un peu partout  

François Lamarre, qui a été policier de 1969 à 1994, était âgé entre 24 et 49 ans à l’époque des faits allégués. Il a aujourd’hui 71 ans.      

Des photos de l’ex-policier François Lamarre qui ont été prises entre 1972 et 2019.
Photo d'archives
Des photos de l’ex-policier François Lamarre qui ont été prises entre 1972 et 2019.

 La police avait reçu un total de 27 appels pertinents hier. Du Québec, mais aussi de l’Ontario, de l’Alberta, de Colombie-Britannique et des États-Unis.     

Les victimes alléguées sont généralement des anglophones qui ont fréquenté Greenfield Park quand ils étaient enfants.    

 « Ces personnes-là, 20, 30, 40 ans plus tard, elles sont rendues un peu partout au Canada et aux États-Unis », précise le sergent Barrière.    

 Il rappelle que les gens qui auraient été agressés sexuellement doivent continuer à faire des dénonciations à la police et que chaque plainte est importante.    

Comparution  

 François Lamarre doit comparaître jeudi au palais de justice de Longueuil pour les quatre premiers dossiers.     

Il n’est pas prévu qu’il y ait des accusations supplémentaires en lien avec les 16 nouvelles victimes potentielles pour l’instant, puisque les délais sont courts pour préparer les dossiers et les soumettre au Directeur des poursuites criminelles et pénales, qui déposera ou non des accusations.    

Ne pas avoir honte de briser le silence    

 « Je ne veux pas que personne se sente comme moi. J’ai traîné ça pendant 45 ans et je vais regretter ne pas avoir été à la police plus tôt, probablement de maintenant jusqu’au jour de ma mort », dit le conseiller Wade Wilson, qui affirme avoir été agressé une douzaine de fois par François Lamarre.     

Il incite les victimes à ne pas avoir honte d’aller à la police, pour permettre aux enquêteurs de monter un dossier en béton.     

« Tu es une victime. Parle à quelqu’un et va chercher de l’aide. Ensuite, essaie de tourner la page et d’avancer avec ta vie », ajoute-t-il.    

M. Wilson affirme avoir connu François Lamarre dans les années 70. Le policier entraînait alors des enfants de son groupe d’âge au hockey, mais pas lui directement. Ils ont quand même développé une complicité, puis les gestes auraient commencé.    

« La plupart du temps, c’était dans son auto. Il te demandait si tu voulais une crème glacée ou un hot-dog. Et une fois que tu étais dans l’auto, il commençait à se chamailler avec toi pour ensuite te toucher », raconte-t-il.    

Dénoncer sur le moment  

 « À l’époque, tu ne parlais pas vraiment à tes parents des choses comme ça. Et tu ne pouvais pas aller à un policier parce qu’il en était un. Il était une figure d’autorité, il était un entraîneur et un policier. Même les parents le respectaient », poursuit-il.    

Wade Wilson ne se sent pas tellement soulagé, depuis sa sortie publique la semaine dernière.    

« C’est difficile. Pendant les 45 dernières années, j’ai mis ça de côté et je n’ai jamais vraiment pensé à ça. Je l’ai bloqué de ma mémoire. La vie a continué et moi aussi. Mais quand l’histoire est sortie, c’est beaucoup de souvenirs vifs qui me sont revenus en tête, et j’ai le sentiment que c’est arrivé hier », souligne-t-il.      

« On comprend que ce n’est vraiment pas évident pour les victimes de ce type de geste de dénoncer. Par contre, on tient à rassurer d’éventuelles victimes que les enquêteurs sont là pour les aider, les encadrer et les soutenir », partage finalement le sergent Patrick Barrière.     


► Toute personne qui aurait des informations pertinentes sur ce dossier peut contacter un enquêteur au 450 463-7211.