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Un Américain courageux

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Samedi soir, j’ai croisé un homme d’honneur. Cela s’est passé dans un lieu insolite où ne s’affichent jamais les convictions politiques. C’était au méga casino Hard Rock, à Fort Lauderdale, où l’on croise beaucoup de Québécois toujours de bonne humeur, qui s’amusent loin des soucis du Québec en train de geler. 

J’étais assise seule à un bar pour manger une bouchée afin de conserver mon énergie avant de commencer de jouer aux cinq ou six mille machines à sous, toutes de dernier cri technologique. En levant les yeux, j’ai aperçu un homme qui venait de prendre place face à moi. Il portait un t-shirt noir sur lequel je ne voyais que deux mots, « Jesus hates... », le reste du message étant caché par son bras. Après quelques minutes, j’ai découvert à ma stupéfaction le mot qui manquait : « Trump ». 

Samedi soir, le casino luxueusement rénové était bondé de gens. Des milliers de personnes de tous âges y circulaient. J’ai alors compris que cet homme était courageux ou provocateur ou bien les deux. Car la Floride est un des châteaux forts de Donald Trump. C’est le troisième État le plus peuplé des États-Unis et, qui plus est, l’État où la population armée est une des plus élevées. D’ailleurs, c’est le refuge du lobby des armes à feu et l’État où le président américain a déclaré le domaine de Mar-a-Lago comme sa résidence officielle. 

Liberté 

J’avais donc devant moi un représentant de l’Amérique démocratique, celle qui incarne la liberté et l’égalité. Celle des Américains, toujours naïfs, certes, mais antiracistes et ouverts au monde. 

Je me suis présentée à lui, intéressée d’en savoir plus sur quelqu’un qui osait afficher si dramatiquement ses convictions malgré les risques. Harley Loventhal a 49 ans et vit en Floride avec sa femme et ses parents. C’est, à l’évidence, un héros pour certains et une cible pour d’autres. « Vous faites-vous harceler constamment ? » lui ai-je demandé. « Let’s say people try to communicate with me », a-t-il répondu avec un sourire ironique. Sur sa casquette rouge était écrit, « Grab them by the pussy », des mots de Trump enregistrés à son insu au moment où il se vantait de ses « exploits sexuels » auprès des femmes. 

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Mon nouvel ami représente en quelque sorte les Américains qui vivent dans la honte et qui souffrent dans leur chair de patriote à cause de Donald Trump, un président au comportement inqualifiable. 

Intrépide 

Monsieur Loventhal a accepté d’être photographié et était heureux que je parle de lui dans Le Journal. Il n’ignore certainement pas les réactions violentes des pro-Trump à son égard. Mais il n’a pas peur. 

Même si la destitution du président ne pourra se faire à cause de la majorité républicaine au Sénat, une grande proportion d’Américains incarne aussi une Amérique résistante. En risquant sa vie, Harley, lui, commande l’admiration. 

Nous sommes solidaires de tous ces Américains traumatisés, humiliés, mais bagarreurs qui luttent contre les anti-démocrates, qui se sont emparés des institutions, ont flétri le rêve américain et instrumentalisé le pays pour leurs vils intérêts personnels.

À écouter : Denise Bombardier à QUB Radio