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Don d’organes: elle veut savoir qui a eu la vie sauve grâce à son conjoint

Une veuve aimerait rencontrer les receveurs des organes offerts par son conjoint

PH-Facebook dons d'organes
Photo tirée de Facebook Stéphane Brasseur, 49 ans, est décédé subitement la semaine dernière d’un anévrisme au cerveau. Sa conjointe des 18 dernières années, Linda Bouchard (à gauche), a consenti à ce que ses organes soient donnés afin d’aider des personnes en attente de greffe.

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Une veuve qui rêve de prendre dans ses bras celui ou celle qui a reçu le foie de son conjoint, mort subitement la semaine dernière, déplore être incapable de se faire confirmer son identité par Transplant Québec.  

«Ça m’aiderait de savoir que mon conjoint vit en quelqu’un d’autre, que cette personne vit bien grâce à ses organes», lance Linda Bouchard.  

Son conjoint Stéphane Brasseur est décédé le 8 décembre dernier d’un anévrisme au cerveau. En accord avec le reste de sa famille, Mme Bouchard a consenti au don d’organes.   

Réconfortée par le fait d’apprendre que des personnes malades vont peut-être avoir la vie sauve grâce à ces dons, Mme Bouchard aimerait en savoir davantage sur les receveurs. Elle a ainsi lancé un appel à tous sur les réseaux sociaux.  

«Je crois au miracle. Si vous pensez connaître la personne qui a reçu le don, j’aimerais vraiment pouvoir savoir, ce serait le plus beau cadeau pour aider à passer au travers de mon deuil», a-t-elle écrit dimanche.  

Sa publication a été partagée de nombreuses fois. Et en quelques heures, elle a pu retrouver les proches d’un homme qui a reçu un foie la même journée que le décès de Stéphane, dans un autre hôpital de Montréal.  

Pas de confirmation  

Selon elle, l’autre famille souhaiterait lui parler. Mais malgré tout, Transplant Québec refuse de confirmer ou infirmer s’ils sont les donneur et receveur respectifs.  

Le fait de rencontrer celui qui a reçu une greffe de foie grâce à Stéphane l’aiderait à oublier le traumatisme de son décès, insiste Mme Bouchard.  

En pleine nuit, l’homme de 49 ans s’est effondré devant elle.   

«Je m’étais endormie devant la télévision et je me suis réveillée quand je l’ai entendu tomber au sol», a-t-elle raconté.  

Le résident de Sainte-Sophie, dans les Laurentides, a été transporté d’urgence jusqu’au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Il est décédé cinq jours plus tard. Son foie et ses reins ont notamment été prélevés.   

Juste un câlin  

«Moi, tout ce que je veux, c’est donner un câlin à la personne qui a reçu la vie grâce à mon Stéphane. J’ai perdu mon amoureux, mais au moins, une ou des personnes ont peut-être gagné des années de qualité», souffle Mme Bouchard.  

Selon elle, si les règles de confidentialité étaient plus souples, cela pourrait peut-être encourager des familles à faire don des organes de leurs proches. Malgré tout, la femme ne regrette pas d’avoir accordé le don d’organes. «J’ai l’impression qu’il n’est pas mort en vain», a-t-elle dit.  

Transplant Québec, qui n’encourage pas ces initiatives de retracer la famille d’un donneur ou d’un receveur, privilégie l’échange de lettres anonymes par l’entremise de l’organisme.  

Transplant Québec veut éviter les chocs émotifs  

Si Transplant Québec refuse de mettre en contact les receveurs avec les familles de donneurs qui le souhaitent, c’est avant tout pour éviter un bouleversement émotif ou une situation qui tourne mal.  

«On sait par expérience, de ce qu’on voit ailleurs, que ça peut très bien aller. Mais on sait aussi que la rencontre peut ne pas bien se passer», expose le directeur général de Transplant Québec, Louis Beaulieu.  

Selon lui, le sujet est sensible et ce genre de rencontre doit nécessiter de l’encadrement et de la préparation. Et présentement, Transplant Québec n’a pas les ressources pour assurer un tel suivi.  

Après une greffe, le risque de rejet de l’organe est présent. Le receveur doit donc accepter cet organe biologiquement, «mais aussi psychologiquement», insiste M. Beaulieu.  

«Bien souvent, un receveur doit se réconcilier avec le fait que quelqu’un a dû mourir pour qu’il survive», rappelle-t-il. Dans le cas d’une prise de contact avec la famille du donneur, cela peut ainsi amener un bouleversement émotif, ajoute M. Beaulieu.  

Selon lui, il faut aussi prendre conscience que les intérêts des parties peuvent différer à un moment ou l’autre. Par exemple, il craint qu’un receveur s’oblige à accepter simplement par peur d’avoir l’air ingrat. Ou que la famille d’un donneur soit déçue de l’allure du greffé.  

Et dans une même famille, cela peut aussi amener de la division.  

Désirs opposés  

«Ce désir de voir la famille du donneur ou le receveur est souvent plus grand au début, puis il se résorbe. Mais chez certaines personnes, il n’est jamais là», illustre M. Beaulieu.  

Ces lignes directrices sur l’anonymat ont été réexaminées plus d’une fois par le passé par un comité d’éthique. Et selon M. Beaulieu, le sujet sera étudié à nouveau dans la prochaine année.  

«On doit se demander : y a-t-il une pertinence à changer cette règle-là? Et sous quelles conditions? On ne doit pas faire comme si les réseaux sociaux n’existent pas», assure-t-il.  

Il insiste : l’objectif de Transplant Québec n’est pas d’être «trop paternaliste» dans les relations entre les gens.  

«Mais il y a des risques inhérents, et ces risques doivent être compris», dit-il.