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Chanceuse mais voleuse: elle rembourse ses victimes grâce à un gain d’un million à la loterie

Lise St-Pierre a plaidé coupable, le mois dernier, d’avoir fraudé pour près de 900 000 $ en trois ans à son employeur des 20 dernières années. 
Photo Martin Alarie Lise St-Pierre a plaidé coupable, le mois dernier, d’avoir fraudé pour près de 900 000 $ en trois ans à son employeur des 20 dernières années. 

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Une fraudeuse récidiviste, qui a provoqué pour 900 000 $ de pertes en pigeant dans les comptes de l’entreprise familiale pour laquelle elle travaillait depuis 20 ans, a ironiquement pu rembourser son vol grâce au million qu’elle a gagné à la loterie.

Lise St-Pierre a plaidé coupable le mois dernier au palais de justice de Montréal à des accusations de fraude et de falsification de documents.

« On l’a bien payée, on l’a bien traitée et elle nous a volés. Je me sens trahi », laisse tomber Daniel Paquet, président de Construction Irénée Paquet et fils, l’entreprise victime de cette fraude d’envergure.

La dame de 67 ans a commencé à travailler comme secrétaire-comptable pour la compagnie de M. Paquet en 1995. Elle avait le contrôle du système de comptabilité de la petite entreprise du quartier Rosemont à Montréal.

Dès mars 2011, elle a profité de la confiance de son employeur pour se remplir les poches. Le stratagème malsain a duré trois ans.

Chaque mois, elle falsifiait des chèques de la compagnie et les déposait dans son compte bancaire personnel. Elle imitait alors la signature du fondateur de la compagnie, Irénée Paquet, le père de Daniel.

Pour camoufler ses vols, Lise St-Pierre a fait « de la fausse facturation de sous-traitants fictifs dans les livres comptables », a résumé devant le tribunal le procureur de la Couronne au dossier, Me Nicolas Ammerlaan.

Les montants transférés servaient à rembourser ses cartes de crédit. De 2011 à 2014, elle a encaissé 628 339 $, a-t-on appris à la cour.

« On a pu voir toutes les dépenses dans ses comptes. Par mois, elle nous prenait parfois jusqu’à 25 000 $ et 30 000 $. C’est énorme », a dit Daniel Paquet.

« La grande majorité de l’argent dépensé était pour acheter des billets de loterie », se souvient aussi le patron de Construction Irénée Paquet et fils.

Grâce au fisc

Si les vols ont cessé en 2014, c’est d’abord parce que le poste de la femme a été aboli après une restructuration de l’entreprise. Sans quoi, la fraude aurait perduré, croit M. Paquet.

Étonnamment, c’est à la suite d’une vérification aléatoire de Revenu Québec, quelques mois après le renvoi de Lise St-Pierre, que les gestionnaires ont réalisé que certaines factures étaient introuvables.

En retraçant les spécimens de chèques des années passées, ils ont découvert le pot aux roses, puis identifié le stratagème mis en place par la fraudeuse.

M. Paquet et ses associés ont alors décidé de ne pas appeler les policiers immédiatement. Ils ont plutôt fait affaire avec une firme de détectives privés, et des avocats. Rapidement, ils ont procédé au gel des comptes de Lise St-Pierre.

« On voulait agir avant qu’elle apprenne qu’on avait découvert ses magouilles, pour être certains de revoir la couleur de notre argent », explique l’homme d’affaires.

Même millionnaire

En ajoutant les taxes sur les profits volés que la compagnie a dû rembourser à Revenu Québec, le total de la perte s’élevait à 889 239 $.

Par un drôle de retour du hasard, Lise St-Pierre a gagné un million de dollars au loto, il y a près de 10 ans. Même millionnaire, elle a continué à frauder.

Mais grâce à cet important gain, elle a pu rembourser ses anciens patrons.

Elle leur a en effet versé 1 162 203 $, pour compenser les pertes, mais aussi pour « troubles et inconvénients », a expliqué Me Ammerlaan.

Mais même s’il a pu récupérer l’argent volé, Daniel Paquet espère que Lise St-Pierre sera maintenant punie par la justice criminelle.

► La sexagénaire a déjà été condamnée à la prison pour une affaire de fraude en 1993. Elle a aussi écopé d’une sentence avec sursis en 1997 pour une autre accusation de fraude.

► Lise St-Pierre revient au tribunal le 11 février prochain pour fixer la date des observations sur la peine.

« Je regrette ce que j’ai fait »

Après avoir reconnu qu’elle avait fraudé son employeur, Lise St-Pierre dit aujourd’hui avoir des remords.

« Je regrette ce que j’ai fait. Je l’ai fait sur un coup de tête », a-t-elle lancé, lors d’une brève rencontre avec Le Journal.

La dame a profité de son accès privilégié aux livres comptables de la compagnie Construction Irénée Paquet et fils pour régler le solde de ses cartes de crédit.

Elle a ainsi subti­lisé des centaines de milliers de dollars.

Compulsions

« J’ai fait une erreur. Je ne pouvais plus m’arrêter », a-t-elle tenté d’expliquer.

Confrontée sur le fait que la fraude a perduré pendant trois ans, elle a ajouté :

« Aujourd’hui, j’essaie de chercher la raison pour laquelle j’ai fait ça, et je ne trouve pas. »

Tout en niant avoir eu un problème de jeu, Lise St-Pierre a insisté sur le fait qu’elle a, depuis, tout remboursé.

« Tout perdu »

« J’ai tout perdu. J’ai tout remis, même la maison que ma mère m’a donnée, ajoute-t-elle. J’ai donné plus que ce que j’ai pris. »

Elle admet avoir notamment pu rembourser grâce à un gros lot d’un million de dollars gagné « en 2010 ou 2011 ».

En effet, avant de porter plainte au criminel, la compagnie fraudée a d’abord intenté des procédures civiles pour récupérer l’argent volé.

Construction Irénée Paquet et fils a fait saisir les comptes bancaires de Mme St-Pierre, ainsi que sa résidence du quartier Villeray à Montréal.

L’entreprise du quartier Rosemont a pu la revendre au coût de 339 000 $, selon un acte notarié public dont Le Journal a obtenu copie.

Des fraudés chanceux dans leur malchance

Daniel Paquet, président de Construction Irénée Paquet et fils (au centre sur la photo), en compagnie de ses deux fils, Jonathan et Alexandre, avec qui il gère maintenant l’entreprise du quartier Rosemont fondée par son père il y a plus de 40 ans.
Photo Chantal Poirier
Daniel Paquet, président de Construction Irénée Paquet et fils (au centre sur la photo), en compagnie de ses deux fils, Jonathan et Alexandre, avec qui il gère maintenant l’entreprise du quartier Rosemont fondée par son père il y a plus de 40 ans.

« Dans un sens, on a été chanceux de se faire frauder par une millionnaire. On a pu aller récupérer ce qu’on nous avait enlevé », constate avec un certain soulagement Daniel Paquet, le président de Construction Irénée Paquet et fils.

Malgré le trouble et l’angoisse occasionnés par la fraude et la trahison d’une employée de longue date, l’homme d’affaires se réjouit aujourd’hui de s’en sortir sans aucune perte.

« À part un peu de notre honneur qui a été effrité », avoue-t-il.

Grâce au travail de ses avocats, il a pu obtenir des saisies dans les comptes de Lise St-Pierre dès que la supercherie a été découverte. Ils ont aussi pu saisir une maison qu’elle avait reçue en héritage.

Irréprochable... en apparence

S’il a accepté de parler publiquement de cette fraude d’envergure dont son entreprise a été victime, c’est qu’il souhaite sensibiliser d’autres entrepreneurs aux risques d’être victime d’un tel crime.

La secrétaire-comptable semblait en effet irréprochable.

« C’était une bonne employée, elle faisait bien son travail. En presque 20 ans, elle n’a pas manqué une seule journée d’ouvrage », explique M. Paquet.

Pourtant, pendant les trois dernières années où elle était employée de la compagnie, elle a profité de la bonne santé financière de son employeur pour s’enrichir.

« Elle vivait avec mon argent. D’abord avec son salaire d’environ 40 000 $ que je lui versais. Puis avec l’argent qu’elle me volait », déplore M. Paquet.

« On a un gros volume de travail, on peut faire entre 125 et 150 jobs d’entrepreneur général par année, en industriel et en commercial. L’argent qu’elle prenait, on ne le voyait donc pas sur nos états financiers », explique M. Paquet.

Pas suspicieux

Malgré tout, même si sa confiance a été ébranlée, il refuse de devenir suspicieux.

« Ce n’est pas parce qu’on s’est fait frauder une fois que je vois chaque être humain comme un voleur. Si je me mets à douter de mes employés, ça ne fonctionnera pas », ajoute-t-il, précisant être malgré tout plus vigilant depuis.

« Dans toute cette histoire, ce qui me dépasse le plus, c’est que pour moi, l’honnêteté, c’est important. Si je trouve un portefeuille rempli d’argent, c’est certain que je le rends au propriétaire, sans même prendre un sou. Alors je n’en reviens pas de m’être fait faire ça », dit-il.