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Fils d’espions russes: il est citoyen canadien, tranche la Cour suprême.

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La Cour suprême du Canada a finalement tranché en faveur du fils d’un couple d’espions russes illégaux qui voulait que sa citoyenneté canadienne soit reconnue. Alexander Valivov, 25 ans, est né à Toronto en 1994 alors que ses parents y travaillaient comme espions.  

J’ai raconté cette extraordinaire histoire d’espionnage dans un épisode de ma série de balados de Qub radio sur l’espionnage russe au Canada.    

Un couple de sympathiques Canadiens et leurs deux adolescents vivaient à Cambridge, au Massachusetts, depuis une dizaine d’années lorsqu’en fin d’après-midi, le 27 juin 2010, on sonne à la porte. La mère, qui ouvre la porte, est bousculée par des hommes, fusils d’assaut au poing qui se précipitent dans la maison en criant «FBI!»   

Les deux ados découvrent alors que leurs parents ne sont pas de vrais Canadiens, mais des espions russes. Maman et papa étaient vraiment leurs parents, mais leurs noms n'étaient pas Donald Heathfield et Tracey Foley, des identités volées à des enfants morts en bas âge inhumés dans des cimetières de Montréal, mais bien Elena Vavilova et Andrei Bezrukov. Le KGB avait introduit le couple d’espions au Canada dans les années 80. En juin 1990, la prétendue Tracey Foley, a donné naissance à un garçon, Tim. Puis en 1994, le couple avait eu un second fils, Alexander.    

Le couple va ensuite s’établir à Boston où, en bons Canadiens, ils inscrivent leurs deux fils dans une école privée bilingue français-anglais. À la maison d’ailleurs le couple d’espions tente de parler les deux langues afin que les enfants se sentent vraiment canadiens. La famille revenait régulièrement au Québec afin que leurs deux enfants gardent contact avec leur racine. Elena expliquait à ses voisins de Boston son léger accent en disant qu’elle était canadienne-française.    

Dans un livre intitulé Une femme qui sait garder des secrets publié à Moscou cette année, Vavilova raconte, sous forme de fiction, sa vie d’espionne russe sous identité canadienne .    

On y apprend qu’elle et son co-espion et mari sont d’origine sibérienne et qu’ils ont été recrutés par le KGB lorsqu’ils étaient encore étudiants. Ils se sont mariés en Russie avant de s’introduire séparément au Canada sous leurs fausses identités. Ils ont ensuite simulé une première rencontre qui a mené à un nouveau mariage.     

Imaginez la situation épouvantable des deux garçons. Ils ne savaient absolument rien des activités d’espionnage de leurs parents. Ils étaient culturellement des Canadiens qui avaient grandi en croyant l’être. Lorsque leurs parents ont été échangés contre des espions occidentaux détenus en Russie, dont Serguei Skripal qui a survécu à une tentative d’assassinat par agent neurotoxique en Angleterre, ils ont dû les suivre à Moscou. Là, les deux garçons qui s’appelaient maintenant Alexander et Timofei Vavilov ont tenté de devenir citoyens russes, apprendre la langue et les habitudes de vie du pays de leurs parents.    

L’affaire a cheminé dans le système judiciaire canadien après qu’une fonctionnaire eut refusé la citoyenneté canadienne à Alexander Vavilov même s’il était né ici parce que la loi ne la confère pas aux enfants dont les parents sont au service d'un gouvernement étranger. Dans ce cas-ci, ils étaient des espions au service de la Russie.    

La Cour suprême confirme maintenant une décision de la Cour d’appel : la Loi sur la citoyenneté ne s’applique pas dans le cas de Vavilov parce que ses parents n’avaient pas de privilèges ou d’immunité diplomatiques au Canada. Ils étaient des espions, pas des diplomates.   

Alexandre Vavilov espère maintenant venir vivre et travailler au Canada. Comme la Cour fédérale avait déjà statué que tout jugement le concernant devait aussi s’appliquer à son frère Timofei, il pourrait obtenir lui aussi la citoyenneté canadienne. Mais dans son cas, il pourrait y avoir des complications. Les autorités ont déjà suggéré qu’il connaissait la véritable identité des parents et qu’il se préparait à devenir lui-même espion. Ce qu’il nie avec véhémence.