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L’argument manquant à la défense de Donald Trump

L’argument manquant à la défense de Donald Trump
AFP

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Pour s’opposer à la destitution de Donald Trump, les républicains du Congrès ont rivalisé de passion et de vigueur en multipliant les arguments, dont certains sont raisonnables et d’autres sont carrément farfelus. Pourtant, il est un argument tout simple qu’on n’a pas entendu dans leur défense et son absence en dit long sur le président et ses apologistes.  

Donald Trump est accusé d’abus de pouvoir pour avoir compromis la sécurité nationale des États-Unis en demandant au gouvernement ukrainien d’intervenir pour son bénéfice politique personnel en annonçant des enquêtes sur son principal rival politique et sur une théorie discréditée qui réduirait la portée de l’assistance qu’il a reçue de la Russie en 2016. Il est aussi accusé d’entrave au travail du Congrès, pour avoir refusé toute collaboration avec les enquêtes du Congrès sur ses actions et celles de son administration.   

Lors de la longue journée de débat sur l’«impeachment» du président Trump, on a entendu toute la gamme des arguments que les républicains brandissent pour le défendre, dont je ne peux donner ici qu’un échantillon.   

Dénoncer le processus, tirer sur le messager  

Les républicains ont insisté sur le fait que la preuve présentée était largement basée sur des ouï-dire et de l’information de seconde main. Ils ont nié que le président a dit ce qui est écrit en noir sur blanc dans le sommaire de son appel au président Zelensky. Ils ont soutenu que la livraison de l’aide militaire (après que l’affaire a été découverte) rendait les accusations caduques.   

Les défenseurs du président ont attaqué le processus. Ils ont dit qu’il était injuste, biaisé, inconstitutionnel, trop rapide selon certains, trop long selon d’autres, trop secret à certains moments ou trop axé sur le spectacle public à d’autres moments. On a évidemment accusé les médias d’être dans le coup et de jouer le jeu des démocrates en rapportant les faits incontestables qu’ils avaient devant les yeux.  

On a accusé les démocrates d’avoir nié au président son droit à un processus équitable. On a soutenu que l’«impeachment» réclamé par les démocrates n’était ni plus ni moins qu’un coup d’État pour renverser les résultats d’une élection (petit détail: la destitution d’un président est prévue dans la constitution et un président ne peut être qu’un élu).  

Preuves insuffisantes, aucun crime  

Les républicains ont soutenu qu’il n’y avait pas assez de témoins directs ou de documents importants à l’appui de la preuve. Ils ont dit que les démocrates ont manqué de patience en refusant d’attendre des mois afin d’obtenir un jugement des tribunaux pour forcer la participation du président. On a accusé plusieurs témoins et le lanceur d’alerte d’être biaisés contre Trump ou de servir les intérêts de «l’État profond».  

On a beaucoup attaqué les démocrates eux-mêmes en les accusant de détester Trump et de n’avoir jamais accepté le verdict de l’électorat. Les défenseurs du président accusent les démocrates d’avoir saisi le premier prétexte du bord pour déclencher un processus de destitution qu’ils auraient voulu démarrer le soir même de sa prestation de serment.   

Les républicains ont soutenu que le président n’était accusé d’aucun crime, même si la définition constitutionnelle d’offenses passibles de destitution ne suppose nullement que celles-ci soient définies comme des crimes dans le code fédéral. On a ajouté que l’abus de pouvoir n’est pas un crime (ce qui suppose que les seules limites au pouvoir du président sont celles qu’il veut bien lui-même se fixer, à l’image de Louis XIV).  

L’argument manquant  

Alors, quel est-il cet argument qui n’a jamais été prononcé et qui constituerait une défense tout à fait honorable et convaincante du président Trump devant les accusations qui ont été dirigées contre lui? Qu’est-ce qu’aucun républicain n’a songé à dire pour tenter de convaincre ses vis-à-vis démocrates et ses concitoyens que le président ne mérite pas d’être mis en accusation et éventuellement sanctionné?   

Pas un seul des républicains qui s’opposent haut et fort à la destitution du président n’a vraiment présenté une défense de l'homme qu'est Donald Trump. Personne n’a soutenu que le président est foncièrement intègre et honnête, qu’il est un homme d’honneur à qui il ne viendrait jamais à l’esprit de mettre son intérêt propre devant l’intérêt de son pays. Les arguments favorables à la destitution du président portent sur ses actions et non sur son caractère, mais le fait que personne ne songe à le défendre en mettant l'accent sur son caractère en dit long sur le président des États-Unis et ses apologistes.  

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM