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Anticosti: 80 % moins de chevreuils

Bien que les chiffres demeurent alarmants, il faut savoir que c’est en 2015 que la population de chevreuils d’Anticosti aurait été à son plus bas. Depuis ce temps, elle a remonté jusqu’à environ 37 137 bêtes.
Photo courtoisie Bien que les chiffres demeurent alarmants, il faut savoir que c’est en 2015 que la population de chevreuils d’Anticosti aurait été à son plus bas. Depuis ce temps, elle a remonté jusqu’à environ 37 137 bêtes.

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Le cheptel de la réputée île de 8000 km² qui comptait 166 000 cerfs de Virginie selon le dernier inventaire de 2006 a drastiquement chuté à 37 135.

À la fin des années 1800, un riche chocolatier français a introduit 220 cervidés sur ce lopin de terre ceinturé d’eau de 222 km de longueur par 56 de largeur. Une réelle explosion démographique s’ensuivit. En 1958, on avançait même le chiffre de 350 000 !

Toutefois, au cours de la dernière décennie, les guides, les pourvoyeurs et de nombreux clients avaient observé une diminution des cervidés présents au cœur du Saint-Laurent. Plusieurs intervenants estimaient que le cheptel était constitué de moins de 100 000 bêtes.

Longue attente

La biologiste du MFFP Catherine Ayotte et son équipe ont effectué un inventaire entre le 20 et le 28 août 2018. Au total, 426 parcelles ont été survolées en hélicoptère pour dénombrer les cerfs. « Il aura fallu 18 mois pour produire ce rapport d’inventaire, compiler et analyser le tout. L’ampleur de l’écart a forcé les spécialistes à procéder à plusieurs contre-vérifications » précisait Catherine Thibeau, conseillère aux communications.

Tout le monde trouvait vraiment curieux et s’interrogeait à savoir pourquoi les autorités gouvernementales ne divulguaient pas les résultats. Selon plusieurs, la baisse était trop marquée pour être annoncée avant, et surtout pas durant la saison de chasse. C’est d’ailleurs pour cette raison que le ministère a essayé de noyer le poisson en les présentant subtilement sur son site web, le vendredi, en fin de journée, la veille des fêtes, deux jours après avoir lancé leurs plans de gestion assurément novateurs. On nous donne quasiment l’impression qu’ils voulaient que cette nouvelle majeure glisse entre deux chaises et ne fasse pas trop de bruit.

Causes et effets

« On évaluait la capacité de support de l’habitat à l’époque à 125 000 bêtes, explique Mme Ayotte. Au-delà de ce chiffre, l’île était en surpopulation en fonction de la disponibilité de la nourriture sur le terrain, ce qui rendait les spécimens plus fragiles et moins aptes à survivre aux saisons hivernales. Aujourd’hui, avec les habitats qui se sont fortement dégradés et le surbroutage, on ne sait plus vraiment quelle est la capacité de support. »

L’ancien directeur de Sépaq Anticosti, Gilles Dumaresque, m’avait confié ceci à l’époque : « En 2003, après un hiver beaucoup trop rigoureux, entre 40 000 et 50 000 bêtes ont péri. Trois ans plus tard, à la suite d’un inventaire aérien, on dénombrait 166 000 chevreuils. Plusieurs surnomment cet endroit l’île magique, parce que le cheptel semble toujours se régénérer malgré l’adversité. Il faut savoir qu’il meurt annuellement une vingtaine de milliers de spécimens sur ce lopin de terre de 8000 km². Le cycle naturel emporte malheureusement les plus faibles ou trop âgés ».

Le cheptel a été lourdement touché à répétition par la rigueur des hivers 1987, 1989, 1994 et 2003. Puis, depuis 2006, on a constaté qu’il y a eu six hivers rigoureux, dont quatre, 2014, 2015, 2017 et 2018, au cours des cinq dernières années. Le tout était suivi de périodes de verglas et de printemps tardifs. On croyait toutefois à tort que la population avait un pouvoir de régénération extraordinaire.

Chasse plus difficile

Gaétan Laprise, technicien de la faune à la retraite m’a expliqué il y a quelques années que « si on importait un cerf de l’Estrie ou de n’importe où au Québec à Anticosti, il ne pourrait pas survivre à l’hiver, puisqu’ils ont pris l’habitude de se regrouper et de bouffer tout au long de la saison froide dans les ravages.

À l’île magique, les chevreuils ont plutôt développé une capacité à accumuler une couche de gras assez épaisse qui leur permet de subsister aux conditions austères citées précédemment.

Par contre, dès que leur réserve est épuisée, ils métabolisent une partie de leur masse musculaire, puis ils consomment leur moelle osseuse et la mort s’ensuit. Lorsqu’on atteint une densité de 20 cerfs au km², la nature a de la difficulté à se régénérer et à être florissante, car elle a trop de bouches à nourrir. Les chevreuils doivent alors être plus téméraires et s’exposer plus longtemps dans des zones à découvert afin de se nourrir. C’est pour cette raison que les amateurs voient autant de bêtes lorsqu’ils chassent ».

À 4,76 chevreuils au km², pour un total de 37 137 individus, la végétation poussera littéralement partout. Les bêtes pourront demeurer dans les sous-bois, à l’abri des regards, tant et aussi longtemps qu’ils le souhaiteront. La chasse sera plus difficile, car on en verra moins.

Les 2100 chasseurs qui se rendent annuellement à Anticosti ne prélèvent pas un nombre assez élevé (1,6 cerf par détenteur de permis) pour mettre en péril le cheptel.

Seul point positif

Parmi les énoncés de la biologiste Ayotte, voici le plus étonnant. « Les différents indicateurs annuels de suivi des populations laissent présager que l’année 2015 a été celle où le cheptel a atteint son niveau le plus bas. Depuis ce temps, ces animaux résilients ont réussi à reprendre du poil de la bête et le cheptel a repris de l’ampleur. On aperçoit de nombreux faons, ce qui est un indicateur fort encourageant. Bien que la situation demande de la vigilance, elle n’est pas encore inquiétante. Anticosti demeure un des endroits de la province avec la densité la plus élevée. »


Question et réponse

À la question que j’ai posée « pourrait-il y avoir une maladie quelconque, un taux de consanguinité trop élevé, un virus ou autres calamités du genre », la biologiste responsable du dossier m’a répondu n’avoir aucune idée.