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«Merii Kurisumasu» de Steven Butler

Steven Butler se prépare avec soin dans un gymnase de Tokyo.
Photo Martin Alarie Steven Butler se prépare avec soin dans un gymnase de Tokyo.

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La voix a la bonne humeur du matin. Sept heures et demie du soir à Montréal, neuf heures et demie le lendemain matin à Tokyo.

Steven Butler entreprend une autre journée le menant à son combat de championnat du monde contre le Japonais Ryota Murata.

« Il y a trois combats de championnat du monde. Mon combat fait la finale. On prévoit 20 millions de téléspectateurs et 15 000 spectateurs sur place. C’est énorme, mais je reste calme. Je pense que je vais avoir juste la bonne dose d’adrénaline quand ça va être le temps de monter dans le ring », raconte Butler.

Il ajoute : « Je suis calme parce que j’ai fait tout ce qu’il fallait faire pendant mon camp. Je ne peux pas mieux me préparer. Le reste, c’est le combat. »

Butler a fait tatouer sur son bras gauche les noms de gens très chers.
Photo courtoisie
Butler a fait tatouer sur son bras gauche les noms de gens très chers.

DES ARBRES DE NOËL... SANS NOËL

Son combat aura lieu le 23 décembre au Québec. Vers sept heures du matin. Il se retrouve donc à Tokyo en pleine semaine des Fêtes.

« C’est curieux. C’est plein d’arbres de Noël, plein de chants et de cantiques des Fêtes, et pourtant, ils ne fêtent pas Noël », dit-il.

C’est que les Japonais sont bouddhistes ou shintoïstes et que Noël est beaucoup plus la fête de Saint-Nicolas... ou Santa Claus. Une fête héritée de l’occupation américaine après la Deuxième Guerre mondiale. Comme la Saint-Valentin et l’Halloween. Au Japon aussi il faut vendre des gugusses pour faire rouler l’économie.

« Mais de toute façon, je ne me laisse pas aller à la période des Fêtes. Je ne verrai pas ma famille parce qu’on approche de Noël. Je ne pense pas à la fête ni aux célébrations. Je suis concentré sur mon combat, concentré sur mon objectif. Si je veux fêter, ce sera après la victoire », reprend le jeune Québécois.

Les souvenirs de Noël, les rêveries, c’était avant de quitter Montréal que l’aspirant au titre de Murata se les était permis.

Steven Butler a trouvé un arbre de Noël à sa taille à Tokyo.
Photo courtoisie
Steven Butler a trouvé un arbre de Noël à sa taille à Tokyo.

LES NOËLS AVEC GRAND-PÈRE

Parce que se battre à Tokyo un 23 décembre n’a rien de très festif. On vient de le voir. Drôle de façon de se préparer pour le réveillon. Mais la roue de la vie tourne. Cette fois, c’est Steven Butler le jeune père qui a hâte de retrouver ses deux fils Mason et Jason pour leur faire sentir que Noël, ça reste spécial.

Mais lui, dans ses rêves de championnat, quels Noëls a-t-il vécus quand il était enfant ? Un gamin turbulent qui était une parfaite graine de petit voyou ?

« Les plus beaux Noëls, ceux dont je me souviens en premier, c’est ceux avec mon grand-père Marshall. Il était malade, il souffrait de démence ou d’une forme d’Alzheimer et vivait en institution. Mais pour les Fêtes, mes parents allaient le chercher et je passais mon temps avec lui. Je l’adorais. Il était très médicamenté, mais des fois, mon père coupait dans sa médication et mon grand-père était plus allumé. Mais des fois, ça le rendait très agressif. Ça lui est déjà arrivé en plein hiver de s’en aller en caleçon dans les rues en criant : “Where is my car ?” Tu sais, je me considère blanc, mais avec mon grand-père, je retrouvais mon sang noir, mes racines si on veut », raconte Steven. Les yeux brillants et parfois, la voix légèrement éraillée par l’émotion.

Karim Hlimi, responsable de la condition physique, Steven Butler, le coach Jean-François Bergeron, Claudio Misischia, adjoint à Bergeron, et Hugo Lettre, le physiothérapeute. Ils forment Team Butler.
Photo courtoisie
Karim Hlimi, responsable de la condition physique, Steven Butler, le coach Jean-François Bergeron, Claudio Misischia, adjoint à Bergeron, et Hugo Lettre, le physiothérapeute. Ils forment Team Butler.

DE L’ARGENT EN CADEAU

On était dans un restaurant quelques jours avant le départ de Steven Butler pour Tokyo. Le grand garçon de 24 ans fait maintenant six pieds et un pouce. Et il se bat chez les 160 livres. Pas besoin de préciser que ça demande une discipline de fer. Cuisse de poulet sans peau et quelques légumes. Trois cafés latte par semaine. Et Steven soutient que ce n’est pas difficile quand on est assez motivé.

Son combat pour le titre mondial WBA à Tokyo contre le Japonais Ryota Murata va occuper toutes ses pensées. Au moment où vous lisez ces lignes, Butler vit dans un hôtel. Sa femme et sa famille sont installées dans un autre établissement. Pour pouvoir mieux se concentrer et se préparer.

Mais là, on est encore à Montréal et on peut rêvasser un peu.

« Enfant, je jouais dans la rue. J’étais toujours dans la rue. Sauf quand je jouais à Super Mario sur ma console Nintendo. Même à neuf ou dix ans, je ne voulais pas recevoir de cadeaux. Je ne cherchais pas à savoir, c’est pas ce que j’aimais. Ce que je voulais, c’était recevoir de l’argent. J’adorais l’argent et j’aimais en avoir », dit-il.

C’est parfait, il va en obtenir des centaines de milliers le 23 au soir. La vie est bien faite des fois...

Les Noëls du jeune Steven avec son grand-père Marshall Butler sont les plus précieux de sa vie…
Photo courtoisie
Les Noëls du jeune Steven avec son grand-père Marshall Butler sont les plus précieux de sa vie…

VOLER UN CHAR

Steven Butler a la force de caractère d’un adulte bien plus vieux que ses 24 ans. Faut dire que le chemin a été long et tortueux. Quand il avait dix ans, George Cherry l’a accueilli à son gym Champion. Sans jamais lui demander un sou noir. Alors que les enveloppes remplies de cash circulaient dans le gym. Mais George avait un grand cœur pour ce gamin aux yeux farouches.

« C’était toujours gratuit. Des fois, il me donnait une paire de gants usagés. Mais j’étais mal à l’aise de recevoir un tel cadeau. J’ai jamais aimé me sentir redevable de quelque chose. C’est dans ma nature. C’est certain que j’étais un petit bum. Si je voulais un BMX, j’en volais un. À 13 ans, j’ai volé un char. J’ai été condamné à des travaux communautaires. On m’a envoyé nettoyer les sacs et les miroirs au gymnase d’Ali Nestor ! Mettons que j’étais content de cette punition, j’aimais ça être dans un gym de boxe. Et Ali Nestor aidait tout le monde qui était dans le besoin. À part mes parents, c’est la boxe qui m’a aidé à me relever.

La boxe m’a obligé à marcher plus droit », de raconter Butler.

La boxe et Camille Estephan, il le précise deux fois plutôt qu’une. Ce qui fait qu’à 24 ans, il est fiancé, est père de deux beaux enfants et qu’il est le fier propriétaire d’une maison dans un beau quartier.

DES MAUVAIS 23 DÉCEMBRE

Si tout se passe comme espéré, le 23 décembre 2019 sera un 23 décembre mémorable. Et agréable à partir de la fin du combat.

« Je veux gagner pour une autre raison. C’est le 23 décembre 2016 que mon ami d’enfance Alexandre Tremblay s’est fait tuer. Je l’aimais. Je pense à lui souvent. J’ai même fait tatouer un hommage pour lui sur mon bras gauche », dit-il.

Il y a trois noms. Cizzy, Marshall, le grand-père et Slim, le surnom d’Alexandre. Avec la date tatouée en chiffres romains : XXIII-XII-XVI. Le 23 décembre 2016.

« Aujourd’hui, quand je pense au 23 décembre, c’est toujours triste. En gagnant, ça va mettre un beau moment sur la date », d’expliquer Steven.

Et puis, à Tokyo, il risque de retrouver un homme qu’il a battu difficilement dans son dernier combat à Las Vegas. Vitali Kopylenko est en effet le partenaire d’entraînement de Matura.

« Ce combat contre Kopylenko a été le combat de l’apprentissage avec les grandes ligues. J’ai été obligé d’apprendre pendant le combat à résoudre des problèmes. Quand je suis allé au plancher, je suis resté calme, je n’ai pas paniqué. Et je boxais contre un athlète qui maîtrisait parfaitement la distance dans un ring. Je n’arrivais pas à ajuster ma droite. J’étais toujours à une couple de pouces de la cible. Mais ça m’a préparé », de dire le boxeur.

LE PLUS BEAU DES CADEAUX

Il va rentrer à la maison au début de la soirée du 24 décembre. Pour retrouver Mason et Jason. A-t-il acheté des cadeaux pour les deux enfants ?

« Non. Je vais leur rapporter une ceinture de champion du monde. C’est le plus beau des cadeaux. Plus tard, ils comprendront comment c’est difficile et exigeant à aller chercher... »

Pourvu que le père Noël soit bon cette année...