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Photographes de plateaux : la première image

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Ils sont aux premières loges d’une scène. Premiers spectateurs privilégiés. Ils en captent l’essence, l’émotion. Les photographes de plateaux bombardent les acteurs à coups de clics de caméra à la recherche d’images qui représenteront un projet. La première image véhiculée dans les médias, elle vient d’eux. Zoom sur un métier qui demande discrétion, minutie et un regard bien aiguisé sur ce qui se vit sous leurs yeux. Deux talentueux capteurs d’images très courus, qui se fondent dans les décors de nos émissions préférées, nous parlent de leur métier et de beaux moments de leur année.

À quel moment une production fait-elle appel à vos services ?

Éric Myre : Dès le début d’un tournage, l’équipe de production sait quelles scènes elle souhaite mettre en valeur. Il y a aussi une question d’horaire avec les acteurs afin d’avoir du matériel pour chacun d’entre eux.

Yan Turcotte : Pour certaines productions, il peut y avoir seulement une journée à l’horaire. Une production annuelle comme Une autre histoire, c’est une présence sur 25-28 jours. Pour une série comme Épidémie, c’est 18 jours.

Quelles sont les principales qualités d’un photographe de plateau ?

Éric Myre : La discrétion est au top de la liste. Tu n’existes pas. Je m’habille d’ailleurs toujours en noir pour ne jamais attirer les regards. C’est important de ne déranger ni l’équipe technique ni les acteurs. D’ailleurs, les meilleures photos sont souvent celles que personne ne savait qu’elles étaient prises. Il faut aussi avoir une belle complicité avec l’équipe. Il m’arrive de passer 10 heures collé sur le directeur photo !

Yan Turcotte : La discrétion, c’est certain. Mais il faut aussi bien comprendre la hiérarchie. C’est important de savoir où se placer. Je dois me placer derrière le cadreur et le perchiste. Et il faut être sympathique. C’est un métier pour lequel on est souvent appelé à demander des faveurs (garder des lumières allumées, avoir un espace pour faire des portraits, demander des retouches aux maquilleurs-coiffeurs). La bonne entente est essentielle.

Quels sont les principaux défis ?

Éric Myre : On travaille dans un environnement qu’on ne contrôle pas puisqu’il est mis en place pour le tournage. Il faut donc trouver le bon axe pour avoir la bonne lumière et rester cohérent avec l’ambiance de la série et la vision du réalisateur et du directeur photo. L’espace est aussi un défi : comme on ne doit pas déranger, il arrive qu’on ait peu de place pour bouger.

Yan Turcotte : Le temps est un défi selon le type de photos à prendre. Il y a plusieurs types de photos pour lesquelles on nous engage. Les photos de scènes où l’on suit l’axe de la caméra, les photos dites accessoires (comme une photo dans un cadre dans le décor), des photos de making of pour montrer les coulisses, des photos-portraits pour la promotion et qui représentent un défi de temps supplémentaire. Comme elles sont plus organisées, je dois profiter des changements de scène ou d’éclairage pour créer un environnement en peu de temps selon la disponibilité des comédiens.

Eric Myre

Photo courtoisie, Eric Myre

Photographe bien connu de plusieurs médias, c’est en 2006 qu’il se joint à un premier plateau, celui de Lance et compte. Cette année, il a été le photographe d’En direct­­­ de l’univers, La faille, Fragile, Studio G, Fugueuse­­­ 2, Les cartes blanches Juste pour rire, L’Échappée, L’heure bleue, Mon fils, La vraie nature, Trop, Les Pays d’en haut, Ouvrez les guillemets.

On le retrouve aussi régulièrement sur des plateaux de cinéma et des séries anglophones.

3 moments de l’année commentés par Eric Myre

La faille

Photo courtoisie, Eric Myre

 

« On ne tourne pas beaucoup en extérieur l’hiver, car les conditions sont difficiles. Ici, nous sommes à Saint-Zénon, que l’on fait passer pour Fermont. Il y a beaucoup de neige, un lac gelé. C’était une scène compliquée parce qu’il faisait -35 °C et qu’il ventait. Nos deux enquêteurs doivent se rendre en raquette dans un ­chalet. On a passé la journée dehors, de 7 h du matin à 18 h. Le plateau était à 15 minutes de motoneige du stationnement. Ça demande beaucoup de logistique. C’est un beau look d’affiche qui vend bien le show, le nord, l’extérieur. »


Les Pays d’en haut

Photo courtoisie, Eric Myre

 

« C’est sans aucun doute une des plus belles séries à ­photographier parce que c’est une série d’époque. On n’a pas souvent l’occasion d’être plongé en 1880. Comme on le voit ici avec ­Séraphin, les costumes, maquillages, ­coiffures, décors, éclairages, on est ­visuellement dans quelque chose ­d’impressionnant. C’est du ­bonbon. »


Mon fils

Photo courtoisie, Eric Myre

 

« Sur cette photo, c’est l’émotion qui est importante. Tu comprends bien l’esprit de la série. Tu comprends que ça ne va pas bien. Le personnage d’Antoine L’Écuyer ne va pas. Celui d’Élise Guilbault est là pour lui. C’est un arrêt sur ­moment. »

Yan Turcotte

Photo courtoisie, Yan Turcotte

Habitué au photojournalisme, il ­travaille sur les plateaux de télé depuis une quinzaine d’années, soit depuis son premier contrat sur La chambre #13 à laquelle participaient une dizaine de ­réalisateurs. Une autre histoire, ­Épidémie, Alerte Amber, Escouade 99, Fil d’attente, La dérape, Max et Livia, Victor Lessard, Passe-Partout, la Fête nationale à Québec, quelques documentaires, Transplant sur CTV et le film Le club Vinland ont fait partie de ses projets cette année.

3 moments de l’année commentés par Yan Turcotte

Alerte Amber

Photo courtoisie, Yan Turcotte

 

« J’ai passé un beau moment sur le quai avec Logan (Lévi Doré) et Eliot (Elijah Patrice-­Baudelot). À l’intérieur, l’équipe s’activait pour un changement ­d’éclairage alors j’ai proposé aux gars de faire une petite séance de photo. La lumière était parfaite, les gars généreux. Un ­moment magique de ce tournage. »


Victor Lessard

Photo courtoisie, Yan Turcotte

 

« C’est ce qu’on appelle une photo de making of. On voit la clap et des membres de l’équipe. Au loin, c’est une scène d’action, de cascade dans Ghetto X. Jacinthe est sur la table et se fait torturer devant Victor. Je trouvais la lumière­­­ très belle. On voit l’action­­­ et le travail. »


Le club Vinland

Photo courtoisie, Yan Turcotte

 

« C’est une photo d’un film, mais ça m’a ­rendu très heureux de voir qu’elle avait été retenue sur l’affiche puisque je n’avais fait qu’une ­journée. C’était une belle journée de ­début de printemps à la ­Petite-Rivière-St-François. Cette photo-là, j’ai eu 5 ­secondes pour la prendre. C’était entre deux scènes, tout le monde était dans le pick-up. J’aime travailler avec des jeunes. Ils sont toujours partants pour prendre des photos. »