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Toute une chasse au trésor!

Cercles de feu
Photo courtoisie Cercles de feu
Thierry Dimanche
Le Quartanier
444 pages
2019

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C’est un roman plein de fièvre, digne d’une ruée vers l’or. Mais ici, c’est la quête d’un champignon, la morille de feu, qui fait perdre la tête.  

Seuls les passionnés le savent, mais il y a au Québec des terres où l’on peut se ramasser un joli magot en cueillant des champignons.  

Mais il faut des conditions particulières : avoir une forêt – idéalement de pins gris – et un incendie qui la fait brûler en profondeur ; puis laisser le temps – environ un an – faire son œuvre. Si le sol est assez sablonneux, si le bon équilibre entre la pluie et l’ensoleillement est -atteint, alors surgira la morille de feu, champignon extrêmement prisé des gourmets, donc qui rapporte gros à ceux qui le trouvent. 

Les cueilleurs s’y lancent par curiosité, mais en font vite une obsession. Ils suivent les feux de forêt, mesurent leurs ravages, calculent le temps qui s’écoule et, une fois sur place, se disputent le territoire avec la concurrence. On est en business ici, pas dans le bucolique ! 

univers méconnu 

Thierry Dimanche, auteur qui signe son premier roman, est lui-même mycologue ; il a d’ailleurs à son actif un guide sur les champignons sauvages. Une telle maîtrise de son sujet permettra aux amateurs de pleinement savourer son récit. 

Or les néophytes s’y plairont aussi tant se dévoilera pour eux un univers plein de rebondissements, où l’on découvre des bois peuplés de travailleurs, de chasseurs, d’ermites et de petits bums. Et une nature où tout craque, souffle, se décompose, respire. 

Les Cercles de feu, qui font le titre du livre, ce sont les limites tracées autour des coins susceptibles de cacher les précieuses morilles qui, lorsqu’elles surgissent, le font par milliers. Le Grand Caboum !, comme dit le roman. 

travail d’équipe 

Trois personnages s’allient pour trouver ce trésor. Ils ne sont pas vraiment amis, plutôt liés par -intérêt car c’est par équipe qu’on est le plus efficace dans ce type -d’expéditions, autant pour récolter que pour faire face aux intrus ! 

Il y a Thomas, enseignant un brin désœuvré et cueilleur d’instinct. Puis Paul-Marie, Breton installé au Québec depuis des décennies, le plus âgé, le plus grognon et le plus organisé du trio, mais le moins expérimenté. Et Claude, l’affairiste qui veut « se refaire », mais qui s’abrutit d’alcool et de drogue.  

La relation entre les gars passe du soutien à l’exaspération, des sentiments que l’on suit avec précision puisque chaque chapitre aura, à tour de rôle, son narrateur. Oui, ça va déraper, parce que trouver prend du temps – la longueur du roman en fait foi – et que la découverte rend fou ! 

Le personnage principal reste toutefois la forêt, incroyablement décrite. La chaleur, les marécages, les larves, les mouches noires, les racines dans lesquelles on se prend les pieds, les troncs calcinés... La terre est hostile : GPS ou pas, on peut s’y égarer. 

Elle est en fait d’une impitoyable beauté. Et quand le livre se referme, le parfum des champignons reste, entêtant.