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Ne pas perdre le sport de vue

goalball aveugle
Photo courtoisie, Association sportive des aveugles du Québec Au goalball, deux équipes de trois joueurs s’affrontent et tentent de faire rouler le ballon sonore dans le but de l’équipe adverse. Chaque joueur porte un bandeau pour être sur le même pied d’égalité.

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Les sports individuels se pratiquent en tandem lorsqu’on vit avec une déficience visuelle, alors que les sports d’équipe se font entendre. Dans les deux cas, la communication est primordiale. 

Pour une personne atteinte de cécité ou de malvoyance, les sports individuels deviennent des sports en duo, fait remarquer Nathalie Chartrand, directrice générale de l’Association sportive des aveugles du Québec (ASAQ), qui a perdu la vue à 20 ans. On n’a qu’à penser au vélo en tandem, au kayak double, à une sortie de ski alpin et de raquettes à deux, par exemple. «C’est une belle motivation, dit-elle, de savoir que quelqu’un t’attend.» 

En tandem sur un vélo, un guide voyant prend place à l’avant, tenant les guidons et dirigeant le vélo, tandis que la personne aveugle s’assoit à l’arrière et reçoit les indications de son guide afin de synchroniser leurs mouvements. La confiance, la sécurité et la communication sont primordiales, comme dans tous les autres sports partagés par un sportif non voyant et son guide. 

À la Fondation des Aveugles du Québec (FAQ), les moniteurs et bénévoles qui accompagnent les skieurs alpins ayant une déficience visuelle ont plusieurs méthodes pour bien les orienter sur les pentes. Le guide se place devant le skieur privé de la vue, à reculons, puis le dirige à l’aide de commandes vocales concises ou en lui prenant les mains pour transmettre ses indications, explique Alexandre Saint-Arnaud, adjoint à la programmation à la FAQ. Des skieurs plus avancés préfèrent souvent être guidés par une personne qui les suit, ce qui leur permet de mieux l’entendre. 

En natation, lorsque le nageur non voyant approche du mur, un complice utilise une perche pour lui indiquer qu’il doit s’arrêter pour éviter les collisions. Le judo est également une discipline pratiquée par des aveugles, en raison de son importante composante physique impliquant le toucher. Sans oublier l’athlétisme, qui fait partie du programme paralympique depuis 1960. 

Escalade, trampoline, golf... 

Que ce soit la raquette, le ski de fond, la course, la randonnée pédestre, l’escalade, le trampoline, le golf, la mise en forme et même le tennis sonore, il est possible de s’initier à une multitude de sports individuels ou d’équipe, même lorsqu’on est privé de la vision, par le biais de différents organismes comme Adaptavie, le Carrefour québécois des personnes aveugles, l’ASAQ et la FAQ. Les personnes vivant avec une déficience visuelle peuvent ainsi «prendre confiance en elles, apprendre les techniques et nommer leurs besoins», explique Mme Chartrand, ce qui facilite ensuite leur intégration au club de sport de leur quartier. 

Jouer en équipe au goalball 

Parmi les sports d’équipe destinés aux personnes aveugles figure le goalball. Inventé après la Seconde Guerre mondiale pour favoriser la réadaptation des personnes ayant perdu la vue sur le champ de bataille, le sport a fait son entrée aux Jeux paralympiques de 1976, à Toronto. 

Pendant une partie, deux équipes de trois joueurs s’affrontent et tentent de faire rouler le ballon sonore dans le but de l’équipe adverse. Les joueurs en défense doivent intercepter le ballon en se couchant sur le côté au bon moment. Le terrain est délimité par une bande de ruban adhésif noir couvrant une ficelle pour créer une ligne tactile, afin que les joueurs puissent s’orienter sur le terrain. Des joueurs atteints de cécité complète, de malvoyance et des voyants peuvent s’adonner à ce sport, chacun portant un bandeau pour être sur le même pied d’égalité. 

À l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ), le lundi soir, six joueurs sont à l’œuvre et recherchent d’autres participants pour se joindre à eux lors de la session qui débutera en janvier, en collaboration avec Adaptavie. «C’est un sport où les athlètes n’ont pas besoin de guide. Ils sont autonomes sur le terrain», constate Nathalie Séguin, entraîneuse de l’équipe masculine du Québec, qui évoque également le sentiment d’appartenance qu’ils développent et la possibilité de se mesurer à des gens qui ont le même handicap qu’eux. 

Il s’agit d’un sport très physique, qui attire des joueurs n’ayant «pas peur des contacts, de l’intensité», affirme Mme Séguin. Les protège-coudes et genoux, des protecteurs de hanches, une coquille pour les hommes et pour les femmes un plastron sont de mise. 

Le sport est basé sur la communication, «car les joueurs ne peuvent pas communiquer en se regardant dans les yeux, mais plutôt en parlant et en écoutant. Pour faire une passe, il faut savoir où l’autre se trouve», souligne Mme Séguin, qui estime que toutes les équipes de sport auraient intérêt à essayer le goalball pour mieux communiquer. 

D’autres sports comme le cécifoot s’inspirant du football et le hockey sonore, représentés par le Club des Hiboux de Montréal, sont davantage joués dans la métropole. 

Bien plusque bouger 

Judo, escrime, natation, raquette... l’éventail de sports pouvant être pratiqués par des personnes atteintes de malvoyance ou de cécité est large.
Photo courtoisie, Association sportive des aveugles du Québec
Judo, escrime, natation, raquette... l’éventail de sports pouvant être pratiqués par des personnes atteintes de malvoyance ou de cécité est large.


Une déficience visuelle peut survenir à différents moments dans une vie. Le sport s’avère alors un moyen de gagner la confiance en soi, de socialiser, de s’amuser et de bouger. 

À la Fondation des Aveugles du Québec (FAQ), des jeunes de 6 à 25 ans ayant une déficience de la vue pratiquent «les activités physiques qu’ils désirent, de façon encadrée et en formule clé en main pour les parents», explique Alexandre Saint-Arnaud, adjoint à la programmation. 

«Ils vont aimer se retrouver avec leurs confrères, sortir de la maison, rencontrer leurs amis. C’est beau à voir, leur sentiment d’appartenance. Leur priorité, c’est de s’amuser, mais sans s’en rendre compte, ils font du sport et prennent soin de leur santé», poursuit-il. 

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Photo courtoisie, Association sportive des aveugles du Québec

Même son de cloche du côté d’Adaptavie, dont la mission est de «prévenir, maintenir, améliorer et promouvoir la santé et le bien-être des personnes avec des limitations fonctionnelles». «Les bienfaits généraux du sport sont là, comme pour monsieur et madame Tout-le-Monde», précise Mélanie Beaudoin, coordonnatrice des programmes, qui constate l’importance marquée de l’aspect social.  

«Le sport devient un prétexte pour faire des sorties, rencontrer des gens qui ont la même problématique», dit-elle. 

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Photo courtoisie, Association sportive des aveugles du Québec

Ces rencontres s’avèrent d’ailleurs très enrichissantes. «Les gens qui ont le même handicap vont beaucoup s’apporter, en partageant leurs expériences de vie et leurs outils», explique Danielle Lessard, coordonnatrice du Carrefour québécois des personnes aveugles, qui organise une multitude d’activités, dont un club de marche, un cours de mise en forme, les quilles et même des activités qui gardent la mémoire en alerte. Bien que l’organisme accueille des personnes de tous âges, la majorité de sa clientèle est âgée entre 50 et 60 ans. 

Continuer de bouger 

Lorsqu’on perd la vue à cet âge, en raison du diabète ou d’une maladie des yeux dégénérative, par exemple, «il est possible de reprendre ce qu’on faisait avant, mais en l’adaptant, car il faut continuer de bouger», dit-elle.  

«J’ai fait des Jeux paralympiques, je sais l’importance de se tenir en forme. En vieillissant, on perd de la forme physique, de la souplesse, de l’équilibre, les os sont plus fragiles», poursuit celle qui vit avec un handicap visuel. Les personnes qui pratiquaient déjà un sport avant de perdre la vue sont déjà très habiles. Motivées par les gens qui les entourent et leur nouveau cercle social, elles peuvent reprendre confiance en elles et continuer de bouger. 

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Photo courtoisie, Association sportive des aveugles du Québec

 

Être bien accompagné 

La déficience visuelle peut donc être innée ou survenir plus tard. Elle peut être complète ou partielle. Chaque personne a une expérience, des sensations et des références différentes. Une personne qui n’a jamais vu un vélo, une autre qui en a déjà fait avant de perdre la vue et celle qui voit partiellement n’auront pas besoin des mêmes indications pour pédaler en tandem. Même chose pour le judo, la natation, le ski alpin ou le goalball, par exemple. Mais toutes auront besoin de plus de temps et de l’aide d’un guide ou d’un entraîneur pour s’adapter. 

Le guide, qui peut être un ami, un membre de la famille ou une personne bénévole liée à un organisme devient alors les yeux de la personne aveugle. Elle assure sa sécurité, a continuellement son regard posé sur elle, lui fournit des indications précises au bon moment, va à son rythme, respecte ses capacités et limites, la rassure, puis établit un lien de confiance avec elle. 

L’Association sportive des aveugles du Québec (ASAQ) propose d’ailleurs une formation pour apprendre à bien les accompagner, destinée aux proches d’une personne aveugle, à des entraîneurs, des intervenants et des techniciens en loisirs qui travaillent avec une clientèle vivant avec une déficience visuelle.