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Une mère Noël pour ados en thérapie

GEN - ANNIE MARCOTTE
Photo Martin Alarie Chaque année depuis 2004, la coordonnatrice du centre Le Grand Chemin, Annie Marcotte, organise une fête de Noël mémorable pour ses ados en thérapie.

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Chaque année depuis 15 ans, Annie Marcotte passe son Réveillon avec les jeunes en thérapie au Grand Chemin. L’instant d’un soir, la coordonnatrice de ce centre de traitement des dépendances devient leur mère Noël. L’intervenante comprend toute l’importance d’une fête chaleureuse pour ces jeunes puisqu’elle a elle-même séjourné au Grand Chemin, il y a 25 ans.

D’ordinaire, Annie Marcotte incarne la principale figure d’autorité entre les murs de cet organisme qui héberge des jeunes de 12 à 17 ans aux prises avec une problématique de drogue, d’alcool ou de cyberdépendance. Mais pour le Réveillon, elle troquera son chapeau de coordonnatrice pour celui de mère Noël à l’occasion d’une fête spéciale qui a pour but de leur redonner espoir. « Pour nous au centre, c’est important de créer un souvenir positif dans une période plus difficile de leur parcours. Qui sait ? Ça va peut-être les ramener dans le bon chemin dans un moment de détresse », explique-t-elle.

Annie sait à quel point ces instants de réjouissance peuvent influencer de façon positive le cheminement d’un jeune. À 16 ans, elle suivait une thérapie au Grand Chemin de Québec pour affronter ses démons. « Quand je suis entrée, j’avais un problème de consommation de cocaïne et de cannabis. J’étais une ado renfermée et je pensais au suicide. Ça m’a pris du temps avant de m’ouvrir et de raconter ce que j’avais sur le cœur, mais mon séjour là-bas m’a transformée. J’ai trouvé la confiance en moi de ne plus mentir ou de décevoir mes proches », raconte la femme de 41 ans.

Après un séjour de deux mois au centre, Annie a surmonté ses problèmes de dépendance. Elle a aussi bénéficié d’un suivi avec une intervenante tout au long de l’année, ce qui l’a aidée à se prendre en main. Peu de temps après, elle partait vivre en appartement et se trouvait du travail. « À la fin de cette épreuve, j’avais énormément gagné en maturité. »

Un premier Noël sans consommer

À la fin de l’année, Annie a demandé à son intervenante si elle pouvait participer à la fête de Noël qui s’organisait au Grand Chemin. « C’était une façon de revenir au lieu où le changement avait commencé. Je voulais retrouver cette ambiance d’amour inconditionnel, de réconfort et de sécurité. Je souhaitais aussi pouvoir encourager les autres à persévérer et leur dire que c’était possible de réussir leur parcours sans sombrer. »

Voir les intervenants et d’autres jeunes réunis autour d’un sapin de Noël l’a profondément émue. « C’était mon premier souvenir de Noël sans consommer depuis des années. En mettant les pieds au Grand Chemin quelques mois plus tôt, je ne pensais même pas que j’allais finir l’année en vie. C’était une façon de boucler la boucle. » Dès cet instant, Annie a su ce qu’elle ferait plus tard : aider les jeunes.

Redonner au suivant

Après des études en éducation spécialisée, Annie a rapidement décroché un poste d’intervenante au centre de l’organisme à Montréal. Lorsque l’occasion s’est présentée en 2004 d’organiser la fête de Noël, Annie a cru intéressant de proposer une formule à la fois touchante et originale qui permettrait aux jeunes de renouer avec la magie du temps des Fêtes, un peu comme elle l’avait vécue quelques années auparavant.

« On a demandé aux jeunes d’écrire une lettre au père Noël dans laquelle on les invitait à décrire ce qu’ils vivaient en cette période de l’année et de mentionner ce
qu’ils souhaitaient. »

Le 24 décembre au soir, les intervenants ont réuni les jeunes dans le salon, où se trouvait un sapin décoré de leur lettre. C’est à ce moment que le père Noël a fait son apparition. « Évidemment ils n’y croyaient plus, mais ils trouvaient drôle d’essayer de reconnaître lequel de nos bénévoles était déguisé. »

Le père Noël s’est mis à lire à voix haute les lettres des jeunes. « Ce qui ressortait de ces lettres était très touchant. Ils exprimaient leurs vœux envers leurs proches. Un jeune a demandé que son père se prenne en main et règle ses problèmes de dépendance. Un autre a souhaité la fin d’un conflit familial. Beaucoup espéraient tout simplement retrouver le goût de vivre », relate-t-elle.

À l’écoute de leur lettre, les jeunes ont eu des réactions très différentes. Certains, plus timides, se cachaient la figure, tandis que d’autres se mettaient à pleurer. Une chose est sûre, ils étaient tous attentifs et respectueux les uns envers les autres. « Chaque lecture était suivie d’une discussion ouverte. C’était vraiment beau de voir que tout le
monde s’écoutait. »

Après quoi, chaque jeune a reçu un cadeau. Sur tous les visages, on pouvait lire de la joie et de la reconnaissance.

Souder le groupe

L’intervenante a constaté que l’expérience avait soudé le groupe mieux que tout autre type d’activité. « Ce moment autour du partage et de l’empathie a permis aux jeunes de passer à une autre étape. Ils ont vécu des émotions fortes,
mais positives. »

Encouragée de ce premier succès, l’équipe du Grand Chemin de Montréal a réitéré la formule les années suivantes. La rédaction d’une lettre et la visite du père Noël font désormais partie des traditions du centre. « Pour les jeunes, cette expérience est très significative. Ils s’en souviennent longtemps. Pour plusieurs qui viennent d’une famille éclatée, il s’agit d’un premier Noël sans conflit. Aussi, c’est probablement la première fois depuis quelques années qu’ils vivent ce moment-là sans consommer. Avec le recul, ils comprennent qu’ils avaient négligé leur famille », poursuit-elle.

Revenir à l’essentiel

À voir les étoiles dans les yeux de l’intervenante lorsqu’elle parle de la fête au Grand Chemin, on comprend vite que les jeunes ne sont pas les seuls à renouer avec la magie de Noël. « Célébrer cette journée-là avec eux est devenu très important pour moi, reconnaît-elle. Chacun d’eux m’aide à devenir une meilleure personne. Ça me ramène à mon cheminement et à l’essentiel de la vie. Il faut profiter de chaque moment qui passe. On ne sait jamais quand sera le dernier moment où l’on pourra dire notre amour aux
êtres chers. »

Qu’est-ce que Le Grand Chemin ?

Le Grand Chemin est un organisme à but non lucratif qui héberge gratuitement des jeunes de 12 à 17 ans qui ont un problème de drogue, d’alcool ou de jeux. Plusieurs d’entre eux ont déjà été hospitalisés ou commis une tentative de suicide en raison de leur dépendance. En acceptant de recevoir de l’aide, les jeunes se soumettent à une discipline de vie plus stricte, en plus d’être suivis par des intervenants pendant et après leur séjour. Ils réapprennent à dormir à des heures normales, à manger sainement et à faire leurs devoirs. Les cellulaires sont interdits et les communications extérieures sont limitées à deux appels par semaine. Le but est de briser leur isolement pour qu’ils développent un sens de la communauté.

legrandchemin.qc.ca