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L’échange de cadeaux

L’échange de cadeaux
Photo d’archives, Ministère des Ressources naturelles

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L’Action boréale milite depuis 20 ans à l’épanouissement d’une intelligence forestière en ce pays et à la protection des milieux naturels. Nous avons d’abord appelé à l’établissement d’une enquête publique qui a, par la suite, fait émerger la notion de gestion écosystémique de la forêt. S’en sont suivis un relatif renouvellement du régime forestier et l’amorce d’un réseau d’aires protégées.  

C’est quand même quelque chose d’avoir accompli ce parcours en dépit de gouvernements qui persistent à considérer la forêt comme un simple réservoir de mètres cubes de bois à mettre à la disposition de l’industrie. (Car, voyez-vous, c’est en territoires forestiers que se gagnent ou se perdent les élections).   

Mais bon. L’arrivée de la toute nouvelle CAQ allait-elle changer la donne?   

Nous y avons cru un court instant quand le nouveau ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), Pierre Dufour, a demandé à l’Action boréale de concevoir un plan de sauvegarde des caribous de Val-d’Or. Ce que nous avons fait avec la participation d’éminents biologistes retraités du MFFP: messieurs Marcel Paré et Serge Couturier. Un beau cadeau, déposé en novembre 2018.   

Tout ça bénévolement.   

Depuis, aucune réaction du ministère sauf un petit cadeau, un peu moins beau que le nôtre: une lettre de mise en demeure en date du 10 décembre de cette année, enjoignant l’Action boréale de retirer un communiqué de sa page Facebook et ce, dans les 24 heures sinon... Nous avons obtempéré sans reconnaître aucune accusation de libelle, notre organisme ne disposant pas du même arsenal juridique qu’un ministère doté d’un budget de 500 millions.   

Le communiqué s’intitulait: La réelle menace à la survie du caribou: Francis Forcier.   

Contexte: À notre avis, le nouveau ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs maîtrise difficilement ses dossiers. Ses interventions sont régulièrement incohérentes et semblent être compensées par des propos intempestifs. C’est lui qui vient de déclarer que de couper encore plus d’arbres est un geste écologique, qui autorise maintenant des opérations forestières dans le territoire des caribous forestiers, alors que celui-ci est à l'étude pour encore trois autres années.   

Mais, est-ce vraiment lui qui décide de tout ça, nous sommes-nous demandé quand ses déclarations publiques viraient trop souvent en farces plates? Ou bien - comme c’est fréquemment le cas – s’agirait-il d’un haut fonctionnaire non élu qui fait rouler la «patente» à sa guise ?   

Dans l’organigramme du ministère, il existe un poste un peu bizarre, flottant, qui ne semble rattaché à aucun département précis: «Directeur des mandats stratégiques». Et un des mandats, c’est le caribou forestier. Nous aurions aimé connaître le parcours professionnel de ce directeur, entre autres, s’il avait reçu une quelconque formation en biologie pour piloter un dossier comme celui du caribou. Sous prétexte de la confidentialité de la vie privée, on nous a refusé toute information sur le parcours de ce haut fonctionnaire fantôme.   

Nous savons cependant qu’il est un ingénieur forestier et que, durant les années 90, en poste à Val-d’Or, il accordait déjà des droits de coupe dans le territoire des caribous forestiers qu’il savait pertinemment menacé.   

La journée même où l’Action boréale recevait la lettre de mise en demeure, le MFFP annonçait notre exclusion du Groupe opérationnel régional (GOR) portant sur la suite à donner à la protection des caribous, qui réunit actuellement un Autochtone, la municipalité de Val-d’Or, les industries, le ministère. Et à laquelle participait loyalement l’Action boréale.   

Nous y serions remplacés par un organisme directement subventionné par le gouvernement, le Conseil régional en environnement (CRE), qui saura sans doute mieux que nous se prosterner devant le ministère.   

Nous faire fermer la gueule?   

À suivre.   

Henri Jacob, président  

Richard Desjardins, vice-président