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États-Unis: la conquête génocidaire de l’Ouest

Le général Philip Henry Sheridan
Photo Wikimedia Commons Le général Philip Henry Sheridan

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L’intérêt suscité par mon précédent blogue sur le rôle prééminent des guerres dans l’histoire américaine m’amène à y apporter ce complément d’information.  

À l’origine, les États-Unis sont constitués de 13 colonies anglaises agglutinées sur la côte est de l’Amérique. C’est par la guerre qu’elles deviennent un pays qui s’étend jusqu’au Pacifique. Le Sud-Ouest est volé à la pointe des baïonnettes au Mexique, qui doit leur céder le tiers de son territoire. Le Texas, le Nouveau-Mexique, le Nevada, l’Utah, le Colorado, l’Arizona, la Californie et le Wyoming deviennent ainsi américains manu militari.  

À coups de Colt 45 et de Winchester, les États-Unis s’emparent en parallèle des grandes plaines. L’armée américaine mènera, dans l’Ouest des États-Unis, plus de 40 guerres du début à la fin du XIXe siècle. Cette extermination des peuples autochtones sera connue sous l’euphémisme de Guerres indiennes (Indian Wars),  

Le général Philip Henry Sheridan qui deviendra le général commandant de l'armée américaine, doit en partie sa notoriété à la férocité avec laquelle il a mené ces guerres génocidaires. On lui attribue l’aphorisme «The only good indian is a dead Indian» sans doute à cause de sa politique d’extermination des femmes et des enfants autochtones... Quelque 45 000 Amérindiens sont abattus durant la conquête de leurs territoires ancestraux par les colons américains soutenus par l'US Army.  

Un épisode particulièrement troublant de ces événements tragiques se produit à la suite de la proclamation par le président Andrew Jackson en 1830 de l’Indian Removal Act (La loi sur l’expulsion des Indiens) qui contraint la déportation à grande échelle des peuples autochtones qui vivent à l’est du Mississippi. Les cinq nations expulsées sont les Cherokees (les plus nombreux), les Chickasaws, les Choctaws, les Creeks et les Séminoles. Ces indigènes sont pourtant qualifiés de «tribus civilisées» par les Américains, parce qu’ils ont adopté beaucoup de pratiques des Blancs, dont la possession d’esclaves noirs. Dix-sept mille Cherokees sont chassés de leurs maisons et de leurs anciennes terres qui sont remises à des Américains blancs en Alabama, en Géorgie, en Caroline du Nord et au Tennessee. Huit mille Cherokees meurent durant ses déplacements forcés, soit environ la moitié de la population totale.  

C’est l’US Army qui se charge de l’expulsion/extermination des Indiens, aidée par les milices blanches des différents États, sous les acclamations des Américains blancs qui les habitent. Le président Jackson tente de se justifier en disant que les Cherokees risquent d’être exterminés s’ils restent en Géorgie et présente sa décision de les déporter comme un acte de généreuse miséricorde.  

L’histoire se rappelle le déracinement de ces nations de leurs terres ancestrales entre 1831 et 1838 par l’US Army par l’expression The Trail of Tears (La Piste des larmes). Les historiens David Stannard et Barbara Mann affirment que l’US Cavalry a délibérément acheminé les Indiens à travers des zones ravagées par une épidémie de choléra. Le médecin missionnaire Elizur Butler, qui les a accompagnés, estime que 4000 en sont morts. Cette marche forcée serait aujourd’hui considérée comme un acte de génocide.  

Les Séminoles de Floride sont les seuls à réussir à conserver leurs terres en menant pendant des décennies (1817-1850) une guérilla contre l’armée américaine.  

Depuis 1776, les États-Unis ont participé à 105 guerres, dont une, la guerre de Sécession, contre eux-mêmes. Même cette guerre, menée dans un but on ne peut plus noble, l’abolition de l’esclavage, reflète leur disposition à recourir à la violence et sa présence dans tout ce que ce pays entreprend. L’esclavage est aboli aux États-Unis par un conflit qui a tué 620 000 personnes, soit 2% de la population américaine. Cette guerre a provoqué la mort de 6,4% des hommes nordistes et de 18% des sudistes, âgés de 13 à 43 ans. Il s’agit de la guerre la plus meurtrière des États-Unis. À la même époque (1861), le tsar Alexandre II de Russie émancipe plus de 23 millions de serfs, sans que personne soit tué.