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Robert Lepage fait taire les critiques

Le Diamant a connu un succès qui dépasse largement les attentes

Robert Lepage, dans les locaux du Diamant, qui a ouvert ses portes en septembre dernier à Québec.
Photo Jean-François Desgagnés Robert Lepage, dans les locaux du Diamant, qui a ouvert ses portes en septembre dernier à Québec.

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Trois mois après l’ouverture du Diamant, Robert Lepage est toujours habité par un sentiment de fierté et d’euphorie. Le rêve s’est réalisé et le succès dépasse toutes les attentes. 

«Tout est plus beau, plus gros, plus lumineux et plus le fun que tout ce qu’on avait prévu. C’est une surprise extraordinaire», a lancé le créateur, qui vient de fêter ses 62 ans. 

Dans la salle de conférence du Diamant, quelques heures avant de monter sur scène pour une des représentations de son spectacle solo 887, Robert Lepage revient sur une année 2019 qui aura été marquante.  

Le vent tourne 

«Durant dix ans, pendant qu’on essayait de mener à terme ce projet, j’ai entendu des critiques qui provenaient de partout et plein de monde qui était contre moi», a-t-il indiqué, lors d’un entretien. 

Et tout à coup, il a constaté, dans les six derniers mois avant l’ouverture, que les choses étaient en train de changer. 

«Le projet s’est mis à sentir bon. On a perçu que les gens étaient pour, que c’était “moins pire” que ce qu’ils pensaient et qu’ils voulaient se coller au projet. C’est correct, c’est normal et c’est comme ça», a-t-il fait remarquer, précisant que Québec devait faire son entrée dans le 21e siècle. 

Robert Lepage jette un coup d’œil à travers la fenestration qui donne sur Place d’Youville, où quelques patineurs tournent en rond sur la surface glacée. 

Il a l’impression de se retrouver dans l’action, faisant référence aux différents festivals qui ont animé l’endroit tout au long de l’été.  

«Avant, on était caché dans le bas de la ville avec quelques touristes perdus. Ici, on se sent plus comme un joueur du milieu culturel. On est dans le trafic», a-t-il fait savoir. 

Le spectacle de demain 

Le créateur est conscient qu’une partie de cet engouement, avec trente mille personnes qui se sont pointées aux visites inaugurales, aux spectacles et lors des activités connexes, est aussi liée à l’aspect tout neuf et tout beau du Diamant. Il dit sentir, encore, la curiosité des gens. 

«On essaie, en même temps, de garder les pieds sur terre. Il n’y a encore rien de gagné. On a présenté beaucoup de notre répertoire et nous allons bientôt commencer à prendre de gros risques et faire de la création», a-t-il mentionné. 

Robert Lepage travaille sur quelques projets, dont un mariage entre les arts de la scène et le cinéma. 

«Je crois que cet alliage représente le spectacle de demain. Le spectateur va assister à une pièce de théâtre et avoir l’impression d’être au cinéma. Il y a une façon de faire rencontrer ces deux mondes. Il faut avoir les lieux pour expérimenter tout ça, et nous avons les équipements et les ressources pour ça au Diamant», a-t-il mentionné, ajoutant qu’il n’avait pas envie de faire un retour au cinéma. 

«Je veux faire quelque chose qui ressemble à du cinéma, mais sans les problèmes de production et tout ce qui vient avec ça. J’ai du fun autrement», a laissé tomber le réalisateur des films Le Confessionnal, Le Polygraphe, , Mondes possibles, La face cachée de la Lune et Triptyque

Avec le Diamant, Robert Lepage sera beaucoup plus souvent chez lui.  

«C’est sûr que ça m’oblige à être plus souvent à Québec, mais je dois aussi aller ailleurs afin que le Diamant puisse fonctionner. Avant, je passais un tiers de mon temps ici, et là, ça va être plus moitié-moitié. Je suis plus outillé ici pour faire mes affaires», a-t-il dit.  

En quelques lignes 

L’élection de la CAQ 

«Je suis assez optimiste. On a eu des rencontres avec la ministre et elle est extrêmement bien intentionnée. Je ne connais pas leurs projets, mais je vois d’un très bon œil les initiatives de relancer les programmes pour que les enfants puissent aller voir du théâtre et des choses comme ça qui ont été coupées dans le passé. J’ai l’impression qu’ils ont une bonne attitude. Ils ont été très ouverts avec nous jusqu’à maintenant.» 

Les dépassements de coûts 

 «On a l’habitude de financer ce qui est déficitaire, et nous ne le sommes pas. Il y a eu des retards, la grève dans la construction et des dépassements comme il y en a dans n’importe quel projet. Les nouveaux investissements ne sont pas pour quelque chose qui est à perte. On vend nos billets et on a tenu nos promesses. Dix pour cent de nos ventes sont auprès de gens qui viennent de l’extérieur du Québec. Des gens qui se déplacent, qui passent des nuitées, mangent dans les restaurants et qui achètent ici.» 

La lutte 

«C’est le fun, la lutte. On peut en voir ailleurs, mais c’était super d’accueillir des gens qui ne vont jamais à la Haute-Ville et qui étaient mélangés avec du monde du Vieux-Québec et des snobs. Le spectacle de la lutte est aussi dans la salle, et ça, c’était le fun et mobilisant.» 

Coup de cœur culturel 

«J’ai vu, le printemps dernier, au Théâtre d’Aujourd’hui, à Montréal, un collage poétique avec des artistes de la musique populaire, classique, du monde du théâtre, de la télévision et du cinéma. Ça s’intitulait Chansons pour filles et garçons perdus. C’était une espèce d’étalement de ce qu’est la culture au Québec. C’était fantastique et magnifique. J’espère que ce spectacle va pouvoir être vu par tout le monde au Québec et que l’on pourra présenter ça au Diamant éventuellement.» 

Un projet avec les Russes 

«On travaille avec les gens du Théâtre des nations de Moscou sur une création qui sera jouée dans un an là-bas. C’est un projet très audacieux avec le roman Le Maître et Marguerite de Mikaïl Boulgakov, qui a des milliers de pages. On essaie de faire une pièce de théâtre avec ça. C’est en russe et ça va prendre un moment avant de venir au Diamant.» 

Première mondiale au Japon 

«J’ai travaillé avec le collectif de percussionnistes japonais Kodo pour la mise en scène du spectacle Nova, qui sera présenté le 23 mai 2020, en première mondiale, à Tokyo. C’est une commande des Jeux olympiques. On a répété avec eux au Diamant et ils vont venir éventuellement le présenter ici...»

L’après Slav et Kanata

«C’est derrière moi, mais on aura toujours, tout le monde, les pieds dedans, parce que ça a amené l’attention sur une nouvelle réalité. Les gens, aujourd’hui, remettent tout en question. Est-ce qu’un homme peut jouer une femme? C’est un débat qui est légitime. Ça va trouver sa place et son équilibre à un moment donné. Je peux comprendre qu’il y a eu des maladresses et des torts et je le reconnais. Je suis plus alerte. Je me suis honnêtement fait plus d’amis que d’ennemis dans toute cette affaire-là. Ça m’a rapproché des communautés noires et autochtones.»