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Autant en emporte le vent ...et Ali

Jean Pascal
Photo coutoisie, JEAN-LUC LEGENDRE

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ATLANTA |  On revenait de l’invraisemblable bordel de la pesée officielle des boxeurs vers le centre-ville d’Atlanta quand notre Uber a quitté l’immense autoroute urbaine pour prendre la sortie du boulevard Jesse Hill.  

J’ai demandé au chauffeur qui était ce Jesse Hill. Il ne le savait pas. Je me suis dit qu’il devait être un politicien quelconque.

 Pourtant, Jesse Hill a participé à une des grandes histoires d’Atlanta. Pas la plus grande, bien sûr, parce qu’il n’était pas né quand se déroule l’action d’Autant en emporte le vent, sans doute le plus grand roman de la littérature américaine. 

 Roman qui a donné un film éternel dont l’action se passe pendant le siège d’Atlanta lors de la guerre de Sécession. Un livre dans la lignée de Guerre et Paix. Une épopée grandiose.

  L’autre grande histoire d’Atlanta, Evander Holyfield venait de nous en parler abondamment. Des confrères trouvaient qu’il était interminable, je trouvais fascinante l’histoire qu’il racontait.

MUHAMMAD ALI ET ATLANTA

Holyfield racontait donc son histoire dans le night-club surchauffé et enfumé de pot. Il rappelait comment il avait vécu son enfance pauvre à Atlanta. Comment, quand il avait sept ou huit ans, sa mère lui racontait tout ce qui se tramait autour du combat de retour de Muhammad Ali après avoir été banni de la boxe par le gouvernement fédéral américain. Pas une ville, pas un État ne voulait donner un permis de boxe à Ali. Il n’avait pas le droit de sortir des États-Unis parce que son passeport avait été saisi. Il avait 28 ans et gaspillait les plus grandes années de sa carrière pour avoir refusé d’aller tuer des Vietcongs... qui, eux, ne l’avaient jamais traité de « nègre ».

 Et Holyfield donnait des détails. Comment il avait appris le lendemain matin à la télévision qu’Ali avait passé le knock-out à Jerry Quarry, l’espoir blanc des poids lourds. Et que toute sa vie avait été changée.

LA RENAISSANCE D’ATLANTA

 Jamais personne n’aurait osé imaginer organiser le retour d’Ali dans une ville ségrégationniste, une des villes fortes du Sud rebelle pendant la guerre. Une ville qui maugréait devant les nouvelles lois votées par les frères Kennedy pour mettre un terme à la ségrégation raciale. 

 Pourtant, un promoteur de New York, Robert Kassel avait entendu parler d’un sénateur noir progressiste à Atlanta. Sa première femme venait d’Atlanta, il téléphona à son ancien beau-père pour se faire donner un bon topo sur la situation des Noirs à Atlanta. Il fut rassuré et contacta le sénateur Leroy Johnson qui avec l’aide de son ami, le président de l’Atlanta Insurance company... Jesse Hill, approcha le maire et les leaders noirs d’Atlanta. Oui, le même Jesse Hill qui a son nom sur la grosse affiche sur l’autoroute urbaine d’Atlanta.

 Le combat Ali-Quarry fut un véritable électrochoc pour Atlanta. Les Flames y vécurent dans la LNH, Ted Turner y créa CNN et la ville grandit tellement qu’en 1996, elle présenta les Jeux olympiques.

 Et invita Muhammad Ali à allumer la vasque olympique. 

UNE PESÉE... HONTEUSE

 J’espère que le grand Evander Holyfield n’a pas eu trop honte hier après-midi. On a eu droit à la pire pesée jamais vue de toute ma carrière. Régis Lévesque faisait 100 fois plus classe. 

 Jean Pascal devait grimper sur le pèse-personne à 14 h 15. Au plus. Mais Floyd Mayweather, le promoteur, n’avait pas prévu que son protégé Tank Davis pèserait trois livres de trop à 13 h 30. Au lieu d’appliquer les règlements comme l’aurait fait un Michel Hamelin, on a improvisé une invraisemblable pesée en commençant par le premier combat de la soirée et en entrecoupant les pesées par des chansons (?) tonitruantes et tchernobyliennes d’un rappeur vêtu de rose et portant fièrement des lunettes de ski sur le côté de la tête. 

 On voulait donner une chance au chouchou local de Maeweather de perdre ses trois livres. En vain, à 16 h, il pesait encore 136,2 livres. On lui a alors donné l’heure officielle à laquelle il avait droit. Deux heures plus tard dans les Maritimes.

 À 17 h, Gervonta Davis est remonté sur la même balance que tout le monde avait déplacée quand une bagarre a éclaté et il a fait le poids. C’était couru d’avance surtout que le représentant de la commission athlétique n’était plus sur place.  

JEAN PASCAL SEREIN

 Ça nous a donné la chance de passer un bon moment avec Jean Pascal. Le Québécois était serein. Il mangeait quelques fruits en buvant de l’eau et du liquide riche en électrolytes : « Ce genre d’incidents peut arriver. J’ai assez d’expérience pour calmer mon monde et attendre le plus calmement possible que les choses se placent », a-t-il dit.

 Il portait sa veste militaire comme les membres de son équipe. Le mot d’ordre est on ne peut plus clair : Badou Jack est un gentleman, mais on est ici pour faire la guerre, pas des mignonneries. 

-« Écoute, c’est simple. J’affronte un boxeur de Floyd Maeweather, on est dans le Sud des États-Unis, loin de chez nous, le promoteur est Floyd Maeweather et vous venez de le voir, tout est contrôlé par Floyd Maeweather. Si on ne fait pas la guerre, on n’a aucune chance de gagner. Je voulais qu’ils le sachent ».

 Le message a été passé haut et clair.

Victoire par décision

ATLANTA-  Jean Pascal a fait rire tout le monde après la pesée quand il a dit que le style de Badou Jack rappelait la trappe de Jacques Lemaire : « Alors, je vais faire plaisir à Stéphan Larouche en boxant comme les Big Bad Bruins », a-t-il lancé avec un éclat de rire. 

Mais dans le fond, Pascal ne faisait que dire la vérité. Normalement, le combat devrait se rendre à la décision. Badou Jack a une défensive très étanche et finit souvent très fort après avoir épuisé ses adversaires. C’est arrivé avec Adonis Stevenson. Et Jean Pascal est un boxeur rugueux qui distribue coups de tête et coups à la limite de la légalité...

 Donc, je prévois un combat qui va atteindre la limite...