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L’ultime requête de Marc Boucher

Andrée Boucher
Photo d'archives Andrée Boucher n’est pas qu’une ancienne mairesse, elle est aussi une pionnière de la politique municipale au Québec.

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Deux semaines avant son décès, survenu à quelques jours de Noël, Marc Boucher, veuf de la mairesse Andrée P. Boucher, m’a écrit dans l’espoir de voir son ultime requête exaucée.

M. Boucher se savait atteint d’un cancer du poumon de stade quatre, ce qui laissait peu de place à l’espoir, m’a-t-il écrit. Tous les maires de Sainte-Foy, a-t-il rappelé, ont eu droit, à titre d’hommage posthume, à une rue portant leur nom. « N’y aurait-il pas lieu, au moment où on parle d’iniquité, d’en réparer une, celle qu’il n’y ait pas de rue nommée Andrée P. Boucher », demandait Marc Boucher, qui souhaitait voir le boulevard Hochelaga ainsi rebaptisé.

Sensible, moi aussi, à cette cause concernant cette admirable femme politique, cause que M. Boucher aura portée jusqu’à son dernier souffle, j’ai demandé à le rencontrer dans le but d’écrire un papier sur le sujet. N’ayant pas reçu de réponse, ce qui n’était pas dans les habitudes de M. Boucher, je me suis bien doutée que la maladie était plus avancée que je ne l’avais anticipé.

Cette volonté qui a su animer cet homme jusque sur son lit de mort m’a convaincue de sortir de mes vacances pour écrire ces lignes et porter ce message empreint de beaucoup de sens.

Pionnière de la politique

L’ancien conseiller municipal et vice-président du comité exécutif à la Ville de Québec, François Picard, avait proposé, en hommage à Mme Boucher, de donner son nom à une rue du développement du plateau de Sainte-Foy, près de l’école secondaire De Rochebelle.

Après le départ de M. Picard de la politique, plus personne n’a évoqué cette possibilité.

Régis Labeaume a souvent objecté, face à cette requête, que Mme Boucher avait eu droit à un édifice portant son nom — en l’occurrence l’ancien hôtel de ville de Sainte-Foy — et que c’était suffisant.

Toutefois, plusieurs raisons me poussent à croire très sincèrement qu’il y aurait lieu d’être plus généreux. Notamment parce que Mme Boucher n’est pas qu’une ancienne mairesse, elle est aussi une pionnière de la politique municipale au Québec. En plus d’avoir été mairesse de Sainte-Foy pendant 16 ans, elle demeure, à ce jour, la seule femme à avoir dirigé la Ville de Québec.

Hommage

Rares sont les femmes qui occupent ces fonctions encore aujourd’hui, alors imaginez à son époque. Or, on parle constamment de l’importance d’attirer plus de femmes en politique. Ne devrait-on pas commencer par rendre hommage à celles qui leur ont pavé la voie ?  

Le maire de Québec a maintes fois démontré sa sensibilité à l’égard de la cause des femmes et n’a jamais hésité à s’entourer de femmes fortes.

Certes, des différends ont fait en sorte que les ponts ont été coupés entre Régis Labeaume et la famille Boucher. Ce conflit personnel ne devrait toutefois pas faire ombrage à la nécessité de rendre à cette pionnière l’hommage qui lui revient.